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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2413201

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2413201

lundi 6 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2413201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGILLIOEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 décembre 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 2 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Gillioen, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 26 décembre 2024 par laquelle la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans dans l'attente d'une décision du tribunal judiciaire sur sa nationalité française ou à tout le moins, de la suspendre dans l'attente d'une décision du tribunal judiciaire sur sa nationalité française ;

3°) de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il est de nationalité française, et qu'en application de l'article 29 du code civil, seule la juridiction judiciaire est compétente pour connaître des questions de nationalité ; il y a donc lieu de surseoir à statuer dans l'attente du jugement du tribunal judiciaire en vertu de l'article R. 771-2 du code de justice administrative ;

- le préfet devra justifier des délégations de signature ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la préfète n'a pas pris en compte sa demande de nationalité française en cours ;

- il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit en vertu des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il dispose de garanties de représentation suffisantes ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la durée de quatre ans est disproportionnée au regard de sa situation personnelle ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n°93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 2 janvier 2025, présenté son rapport et entendu les observations de Me Gillioen, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que dans les écritures par les mêmes moyens qu'il développe oralement. Il fait valoir en particulier que le requérant a souscrit une déclaration de nationalité avant sa majorité et qu'il peut se prévaloir de la nationalité française à la date de la décision attaquée.

La préfète de l'Ain n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 13 octobre 2006 en Algérie, demande l'annulation des décisions du 26 décembre 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de quatre ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur la demande de sursis à statuer :

3. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont considérées comme étrangers au sens du présent code les personnes qui n'ont pas la nationalité française () ". Aux termes de l'article 21-12 du code civil : " L'enfant qui a fait l'objet d'une adoption simple par une personne de nationalité française peut, jusqu'à sa majorité, déclarer, dans les conditions prévues aux articles 26 et suivants, qu'il réclame la qualité de Français, pourvu qu'à l'époque de sa déclaration il réside en France. / () / Peut, dans les mêmes conditions, réclamer la nationalité française : / 1° L'enfant qui, depuis au moins trois années, est recueilli sur décision de justice et élevé par une personne de nationalité française ou est confié au service de l'aide sociale à l'enfance ; () ". Aux termes de l'article 26 du même code : " Les déclarations de nationalité souscrites en raison soit du mariage avec un conjoint français, en application de l'article 21-2, soit de la qualité d'ascendant de Français, en application de l'article 21-13-1, soit de la qualité de frère ou sœur de Français, en application de l'article 21-13-2, sont reçues par l'autorité administrative. Les autres déclarations de nationalité sont reçues par le directeur des services de greffe judiciaires du tribunal judiciaire ou par le consul. (). Il en est délivré récépissé après remise des pièces nécessaires à la preuve de leur recevabilité. ". Aux termes de l'article 26-3 : " () / La décision de refus d'enregistrement doit intervenir six mois au plus après la date à laquelle a été délivré au déclarant le récépissé constatant la remise de toutes les pièces nécessaires à la preuve de recevabilité de la déclaration. / () ". Aux termes de l'article 26-4 : " A défaut de refus d'enregistrement dans les délais légaux, copie de la déclaration est remise au déclarant revêtue de la mention de l'enregistrement. / () ". Aux termes de l'article 26-5 : " () les déclarations de nationalité, dès lors qu'elles ont été enregistrées, prennent effet à la date à laquelle elles ont été souscrites ". Selon les termes de l'article 29 du même code " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. / Les questions de nationalité sont préjudicielles devant toute autre juridiction de l'ordre administratif ou judiciaire à l'exception des juridictions répressives comportant un jury criminel. ". Enfin, selon les dispositions de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 771-2 du code de justice administrative : " Lorsque la solution d'un litige dépend d'une question soulevant une difficulté sérieuse et relevant de la compétence de la juridiction judiciaire, la juridiction administrative initialement saisie la transmet à la juridiction judiciaire compétente. Elle sursoit à statuer jusqu'à la décision sur la question préjudicielle. ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'exception de nationalité ne constitue, en vertu de l'article 29 du code civil, une question préjudicielle que si elle présente une difficulté sérieuse.

4. M. B soutient qu'il a la nationalité française par déclaration en vertu de l'article 21-12 précité du code civil. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été confié à sa grand-mère, Mme C par un acte de recueil légal (kafala) du tribunal de Mostaganem du 4 décembre 2009. Si les déclarations de l'intéressé ont varié sur la date de son entrée en France, il justifie avoir été scolarisé à partir du 13 février 2020 et était alors recueilli et élevé par sa grand-mère de nationalité française. Il a été confié, par jugement du 4 janvier 2022 du juge des enfants, à l'aide sociale à l'enfance de la Métropole de Lyon dans le cadre d'un jugement assistance éducative, sa grand-mère bénéficiant d'un droit de visite et d'hébergement. Ce placement a été renouvelé par jugement des 9 janvier 2023 et 29 janvier 2024. Il ressort également des pièces du dossier et notamment des courriers électroniques datés des 25 et 26 septembre 2024 dont l'authenticité n'est pas contestée, que M. B a souscrit auprès du tribunal judiciaire de Lyon, avant son 18ème anniversaire, une déclaration de nationalité en vertu de l'article 21-12 du code civil et que cette demande a été transmise au greffe du tribunal de proximité de Villeurbanne alors territorialement compétent, le 25 septembre 2024. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué que cette déclaration aurait fait l'objet d'une décision de refus d'enregistrement, le directeur des services du greffe judiciaires du tribunal de proximité de Villeurbanne ayant seulement indiqué le 26 septembre 2024 que l'acte de naissance du requérant " a été transis au Consulat Général de France à Oran - Algérie, le 26 septembre 2024, afin de vérifier son authenticité ".

5. Dans ces conditions, la question de la nationalité du requérant présente une difficulté sérieuse qui relève, en vertu de l'article 29 du code civil, de la compétence exclusive de l'autorité judiciaire. La solution du présent litige dépend de la réponse qui sera donnée à cette question qu'il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de trancher. Eu égard au caractère sérieux de la contestation soulevée, il y a lieu de surseoir à statuer sur la requête de M. B tendant à l'annulation des décisions en litige jusqu'à ce que la juridiction compétente se soit prononcée sur cette question préjudicielle.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est sursis à statuer sur la requête de M. B jusqu'à ce que l'autorité judiciaire se soit prononcée sur la question de savoir si celui-ci possède la nationalité française.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain. Copie en sera transmise au Tribunal de proximité de Villeurbanne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2025.

La magistrate désignée,

C. Rizzato,

La greffière

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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