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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2413215

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2413215

vendredi 3 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2413215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 décembre 2024, M. A C, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125 Lyon - Saint Exupéry), demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) de prononcer la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à l'expiration du délai de recours contre la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, jusqu'à la lecture en audience publique de la décision de la Cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de notification de celle-ci ;

4°) de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la préfète devra justifier des délégations de signature ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé, en particulier la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée en tant qu'elle ne prend pas en compte les quatre critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne suffisent pas à caractériser une menace pour l'ordre public et qu'il n'existe pas de risque de soustraction à la mesure d'éloignement ; il acceptera de quitter la France mais a besoin de temps pour partir avec son père qui est malade ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les faits qui lui sont reprochés ne suffisent pas à caractériser une menace pour l'ordre public et il n'a pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, d'une erreur d'appréciation et est disproportionnée ;

La préfète de l'Ain a produit des pièces, enregistrées le 31 décembre 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le tribunal a été informé du refus de M. C de se présenter à l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 3 janvier 2025, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Bonnet, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en insistant sur le caractère disproportionné de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

- les observations de Me Coquel, substituant Me Tomasi, représentant la préfète de l'Ain qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant géorgien né le 6 août 1991, demande l'annulation des décisions du 27 décembre 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. B, directeur de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, qui bénéficiait d'une délégation de signature selon un arrêté du 16 décembre 2024 de la préfète de l'Ain, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de ladite préfecture, à l'effet de signer l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Il résulte de ce qui précède et en l'absence d'autres moyens assortis de précisions suffisantes, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en tant qu'elle porte obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

7. M. C, qui ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, d'une résidence effective et permanente relève des prévisions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces éléments sont de nature à établir l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement. Par ailleurs, le comportement du requérant qui est entré en France en mars 2024 selon ses déclarations et est défavorablement connu des services de police pour des faits de vol à l'étalage commis le 25 mai 2024, de vol avec destruction ou dégradation commis le 17 août 2024, de vol dans un local d'habitation ou dans un lieu d'entrepôt commis le 22 août 2024, de vol à l'étalage et menace de mort avec ordre de remplir une condition commis le 2 septembre 2024, de vol à l'étalage commis le 27 septembre 2024, de vol commis le 29 septembre 2024 et a été placé en garde à vue le 26 décembre 2024 pour des faits de vol en réunion, constitue bien une menace pour l'ordre public. Dès lors, ces motifs, mentionnés par la préfète de l'Ain dans la décision attaquée, suffisent à fonder la décision contestée et c'est sans méconnaître les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a pu lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucune circonstance particulière au sens des dispositions précitées. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. M. C s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre. Dès lors, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Ain a fixé la durée de l'interdiction de retour au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Or l'intéressé qui ne produit aucun élément à l'appui de ses déclarations relatives aux conséquences de l'interdiction de retour sur le territoire français sur sa situation personnelle. Par ailleurs sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et en tout état de cause, il n'est pas établi que des circonstances humanitaires justifieraient que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. La préfète de l'Ain n'a ainsi pas méconnu les dispositions précitées en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. Alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à cinq ans, la durée fixée à trois ans n'est pas disproportionnée. Le préfet n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant, alors même qu'elle ferait obstacle à son séjour dans d'autres pays de l'espace Schengen.

Sur les conclusions à fin de suspension :

10. Les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à l'expiration du délai de recours contre la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, jusqu'à la lecture en audience publique de la décision de la Cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de notification de celle-ci ne sont, en tout état de cause, assorties d'aucune précision. Il y a lieu de les rejeter.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin de suspension et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 janvier 2025.

La magistrate désignée,

C. Rizzato,

La greffière

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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