Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2500144

mardi 21 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2500144
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDA LUZ SOUSA CAROLINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. A visant à suspendre la décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) du 8 novembre 2024 lui refusant une carte professionnelle d'agent privé de sécurité. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés par le requérant, notamment ceux tirés de l'incompétence, de l'irrégularité de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, ou de l'erreur manifeste d'appréciation, n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. Par conséquent, la condition relative à l'existence d'un doute sérieux n'étant pas remplie, la demande de suspension a été rejetée, sans qu'il soit nécessaire d'examiner la condition d'urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2025, et un mémoire complémentaire enregistré le 20 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Da Luz Sousa, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, la suspension de l'exécution de la décision du 8 novembre 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une carte professionnelle d'agent privé de sécurité ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle provisoire valable jusqu'à ce qu'il soit statué sur les conclusions de la requête au fond ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il existe une situation d'urgence dès lors que son contrat de travail est suspendu depuis le 3 décembre 2024, ce qui l'empêche de poursuivre son activité et le prive de sa rémunération ; il ne percevra plus aucun revenu à la fin de son arrêt maladie, le 17 janvier 2025, et il ne pourra alors plus faire face à ses charges qui s'élèvent à 1 350 euros par mois ; il risque de perdre définitivement son travail, la poursuite de son activité de convoyeur-messager étant subordonnée à la possession de cette carte professionnelle ; le montant de l'aide au retour à l'emploi (ARE) auquel il pourrait prétendre s'élève à 1200 euros ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision en litige dès lors que :

* elle est entachée d'incompétence ;

* elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ; il n'a pas été mis en mesure de s'expliquer sur tous les faits retenus dans la décision en litige ;

* la consultation de ses données à caractère personnelle figurant au fichier de traitement des antécédents judiciaires est irrégulière dès lors que le CNAPS ne justifie pas de l'obtention préalable de l'autorisation du ministère public ni ne justifie de l'identité des agents ayant consulté de telles données et de ce qu'ils étaient individuellement et spécialement habilités à cette fin par le directeur général de la police ; les données figurant dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires ne pouvaient pas être consultées dans le cadre d'une enquête administrative en raison de l'inscription d'une mention de non consultation ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, les faits reprochés s'inscrivant dans un contexte exceptionnel de difficultés familiales avant sa séparation ; ils ne relèvent pas du contexte professionnel ; ils sont isolés ; les conséquences de la décision en litige sur sa situation personnelle sont très graves.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2025, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors qu'il convient de tenir compte de l'intérêt public s'attachant à veiller à la bonne moralité de la profession d'agent de sécurité ce qui implique, en raison du comportement de l'intéressé, de ne pas lui délivrer de carte professionnelle ; en cas de rupture de son contrat de travail, l'intéressé pourra percevoir des allocations chômage ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 7 janvier 2025 sous le n° 2500142 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience, Mme Rizzato a lu son rapport et entendu les observations de Me Bonato, substituant Me Da Luz Sousa, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe oralement.

Le Conseil national des activités privées de sécurité n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui occupe un poste de convoyeur-messager au sein de la société Loomis depuis 2008, demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 8 novembre 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de lui délivrer une carte professionnelle d'agent de sécurité.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés invoqués par M. A n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que la requête de M. A doit être rejetée, en ce compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Fait à Lyon, le 21 janvier 2025.

La juge des référés,

C. Rizzato

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,