lundi 13 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2500181 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | ROSSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2025, M. C A demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 3 janvier 2025 par lesquelles le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour pendant cinq ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros par application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise sans examen préalable, réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- cette décision porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;
- elle est entachée d'erreur de fait en ce qu'elle relève qu'il ne justifie pas de la réalité de son adresse ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision le privant d'un délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- cette décision a été prise sans examen préalable, réel et sérieux de sa situation ;
- sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- le risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement n'est pas avéré ;
- l'interdiction de retour est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- cette décision a été prise sans examen préalable, réel et sérieux de sa situation ;
- elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;
- la durée de cette interdiction de retour est disproportionnée ;
- cette décision est enfin entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Le préfet de la Haute-Savoie, représenté par Me Tomasi, a produit des pièces, qui ont été enregistrées le 9 janvier 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 10 janvier 2025, Mme B a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Rossi, avocate de M. A, qui a repris les conclusions et moyens de la requête, mais a renoncé à invoquer le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire des décisions contestées ;
- et les observations de Me Coquel, avocate du préfet de la Haute-Savoie, qui a conclu au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant congolais de République démocratique du Congo né le 21 août 2003, déclare être entré en France en 2021, pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 13 décembre 2023. Par les décisions attaquées, prises le 3 janvier 2025, le préfet de la Haute-Savoie a obligé M. A à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour pendant cinq ans.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision aurait été prise sans examen préalable réel et sérieux de la situation personnelle de M. A, qui a bien été prise en compte par l'autorité administrative.
4. En deuxième lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". M. A est entré en France en 2021, à l'âge de 18 ans, pour y demander l'asile. S'il se prévaut de ce que l'ensemble des membres de sa famille réside sur le territoire français, il est seulement établi que sa mère y réside. Par ailleurs, l'intéressé ayant été condamné à deux reprises par la juridiction pénale, il ne peut se prévaloir d'aucune intégration dans la société française. M. A, qui est célibataire et sans charge de famille en France, n'est, au regard de l'ensemble de ces circonstances, pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son encontre porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée. Cette décision n'est, pour les mêmes motifs, pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.
5. En troisième lieu, si M. A se prévaut de ce que la décision attaquée ferait mention, à tort, de ce qu'il n'aurait pas justifié de la réalité de son adresse, cette erreur, à la supposer établie, n'ayant pas été déterminante, elle est insusceptible d'entacher d'illégalité la mesure d'éloignement.
En ce qui concerne la décision privant M. A d'un délai de départ volontaire :
6. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la mesure d'éloignement, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Haute-Savoie l'a privé d'un délai de départ volontaire.
7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision aurait été prise sans examen préalable, réel et sérieux de la situation personnelle de M. A.
8. En troisième lieu, selon les 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquels le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et selon les 7° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, sur lesquels s'est également fondé l'autorité administrative : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
9. D'une part, M. A a été condamné, par des jugements des 9 novembre 2023 et 9 décembre 2024 du tribunal correctionnel de Thonon-les-Bains, pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, et offre ou cession non autorisée de stupéfiants. Il est également défavorablement connu des services de police et de gendarmerie pour des faits de rébellion. Compte tenu de la nature des faits pour lesquels M. A a été condamné, et de leur caractère récent et répété, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet de la Haute-Savoie a considéré que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Le requérant pouvait dès lors, pour ce premier motif, être privé d'un délai de départ volontaire.
10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un document d'identité ou fait usage d'un tel titre, et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, en raison de l'absence de possession de document d'identité ou de voyage en cours de validité, de la dissimulation de son identité par le passé, et de l'absence de justification d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principal. A cet égard, l'attestation d'hébergement dont se prévaut M. A, rédigée par sa mère, ne saurait constituer la preuve d'une résidence effective et permanente au sens des dispositions précitées du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'interdiction de retour pendant cinq ans :
11. En premier lieu, eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour serait illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre.
12. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision aurait été prise sans examen préalable, réel et sérieux de la situation personnelle de M. A.
13. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, cette décision ne porte pas d'atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale.
14. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
15. M. A a été privé d'un délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français, de sorte que seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Savoie a fixé la durée de l'interdiction de retour au regard des critères énoncés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La durée de cinq ans d'interdiction de retour ne présente pas un caractère disproportionné, dès lors que M. A ne justifie pas d'attaches familiales sur le territoire français autre que sa mère, qu'il est entré récemment en France pour y solliciter l'asile, et que sa présence est constitutive d'une menace pour l'ordre public. La décision attaquée n'est, enfin, pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme réclamée sur leur fondement par M. A au profit de son avocate.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2025.
La magistrate désignée,
A. B
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026