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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2500186

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2500186

lundi 13 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2500186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 janvier 2025, M. G E, représenté par Me Salas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il remplit les conditions prévues par l'article 6 de l'accord franco-algérien pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ;

- l'arrêté contesté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant alors qu'il est père de trois enfants français ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et il s'est engagé dans un parcours de réinsertion professionnelle ;

- son éloignement porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et à l'intérêt de ses enfants ;

- son état de santé et celui de sa compagne fait obstacle à son éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré, le 10 janvier 2025, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Bardad en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les observations de Me Salas, avocat de M. G E, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;

- les observations de M. G E ;

- les observations de Me Tomasi, avocat de la préfète de l'Allier.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. G E, ressortissant algérien né le 29 janvier 1990, demande l'annulation de l'arrêté du 30 décembre 2024, par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4°) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an. ". Les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

3. D'une part, aux termes de l'article 371-1 du code civil : " L'autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l'intérêt de l'enfant. Elle appartient aux parents () ". Aux termes de l'article 372 de ce code : " Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale. () ". En outre, il résulte des stipulations précitées du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 que le respect de la condition qu'elles posent tenant à l'exercice même partiel de l'autorité parentale n'est pas subordonné à la vérification de l'effectivité de l'exercice de cette autorité.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. E est père d'une enfant C E F, née le 31 mai 2012, issue de sa relation avec Mme F. Par un jugement du 16 juin 2023, le tribunal correctionnel de Montluçon a condamné l'intéressé à un emprisonnement de huit mois pour des faits de violence sans incapacité en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 10 juillet 2022 et prononcé notamment le retrait de l'autorité parentale exercé par le requérant à l'égard de sa fille C E F.

5. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier, et en particulier du livret de famille produit par M. E, qu'il a reconnu sa fille B née le 19 mars 2017, le 22 mars 2017, sa fille D née le 3 mars 2019, le 8 mars 2019, sa fille A née le 14 décembre 2021, le 20 décembre 2021. L'intéressé est ainsi titulaire de l'autorité parentale à l'égard de ces trois filles en l'absence de tout élément au dossier établissant qu'il aurait perdu cette autorité parentale. Par ailleurs, il n'est pas contesté que les enfants mineures de M. E sont de nationalité française.

6. Il résulte de ce qui précède que M. E remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des stipulations précitées du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, sous réserve de l'absence de menace à l'ordre public. Or, en l'espèce, la préfète de l'Allier a opposé dans sa décision de refus de titre de séjour la circonstance que la présence en France de M. E constitue une menace pour l'ordre public.

7. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

8. Les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme l'article L. 423-7 dudit code, de portée équivalente en dépit des différences tenant au détail des conditions requises, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " aux parents d'un enfant français mineur résidant en France. Si le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.

9. D'autre part, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

10. La préfète de l'Allier n'a pas saisi la commission du titre de séjour avant de prononcer le refus de titre de séjour en litige alors qu'elle était tenue de le faire dès lors que M. E remplit les conditions prévues par le 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien quand bien même la présence en France de l'intéressé constituerait une menace à l'ordre public. La consultation de la commission du titre de séjour constitue une garantie pour les étrangers qui remplissent les conditions pour bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour mentionné au 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, M. E, qui a été privé d'une garantie, est fondé à demander l'annulation, pour vice de procédure, du refus de titre de séjour qui lui a été opposé par la préfète de l'Allier ainsi que, par voie de conséquence, des autres décisions contenues dans l'arrêté du 30 décembre 2024.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 30 décembre 2024 doit être annulé.

Sur les injonctions :

12. Le présent jugement implique, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, qu'après remise d'une autorisation provisoire de séjour, la préfète de l'Allier réexamine la demande de titre de séjour de M. E, après avoir consulté la commission du titre de séjour. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Allier de réexaminer la demande de titre de séjour de M. E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, après remise sans délai d'une autorisation provisoire de séjour.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Allier du 30 décembre 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Allier de réexaminer la situation de M. E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.

Jugement rendu en audience publique, le 13 janvier 2025.

La magistrate déléguée,

N. BARDAD

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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