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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2500263

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2500263

lundi 28 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2500263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantPRUDHON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 janvier 2025, M. A E, représenté par Me Prudhon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer dans le délai de quinze jours une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté critiqué ;

- le refus de l'admettre au séjour et l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnaissent l'intérêt supérieur de son fils C protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, violent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résultent d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour présente un caractère disproportionné et méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'intérêt supérieur de son fils.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui a produit des pièces enregistrées le 21 mars 2025.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 28 novembre 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu le rapport de M. Gille au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant arménien né en 1978, M. E est entré au mois de février 2022 en France, où sa demande d'asile a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 mai 2024. Il conteste l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté du 29 juillet 2024 a été signé par Mme B, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation que la préfète du Rhône lui a donnée par un arrêté du 15 mai 2024 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 8 de cette même convention : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. Pour soutenir que le refus de l'admettre au séjour et son éloignement vers l'Arménie portent une atteinte excessive à sa vie privée et familiale, M. E se prévaut de l'ancienneté de sa présence ainsi que de sa bonne intégration en France, où se trouvent également son épouse, qui est notamment suivie médicalement pour l'arthrite dont elle souffre, ainsi que leurs deux enfants nés en 2005 et 2008. Toutefois, le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée, n'est présent que depuis le mois de février 2022 en France où il ne justifie pas d'une insertion particulière et il ressort du dossier que tant l'épouse du requérant que son fils D né en 2005 font également l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Les circonstances dont le requérant fait état et relatives notamment à l'état de santé de sa femme ou à la scolarisation de son fils mineur C ne suffisent pas davantage pour considérer que les décisions en litige résultent d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. E ou que ces décisions méconnaissent l'intérêt supérieur de son fils en violation des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

5. En se bornant à faire valoir les nécessités de la prise en charge de l'état de santé de sa femme résultant en particulier de l'arthrite et de l'hypertension dont elle souffre et des prothèses des genoux qu'elle porte, M. E, qui ne fait par ailleurs pas état des craintes ayant justifié sa demande d'asile, n'établit pas que son éloignement vers l'Arménie l'exposerait personnellement à des risques de traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont il invoque la violation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour opposer une interdiction de retour d'une durée de six mois au requérant, la préfète du Rhône, qui s'est déterminée au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est fondée sur le caractère récent de sa présence et son absence d'attaches particulières en France. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de ce qui a été dit au point 4 quant à la situation personnelle de M. E et alors même que celui-ci indique que les faits relevés par l'arrêté en litige ne caractérisent pas une menace pour l'ordre public, l'autorité préfectorale ne saurait être regardée comme ayant fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent, ni comme ayant commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant. Les circonstances invoquées, s'agissant notamment de la scolarisation de celui-ci, ne permettent pas davantage de considérer que l'interdiction de retour en litige méconnaît l'intérêt supérieur du fils mineur du requérant en violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté de la préfète du Rhône du 29 juillet 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. E à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 28 avril 2025.

Le président, rapporteur,

A. Gille

L'assesseure la plus ancienne,

A. Lacroix

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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