mardi 21 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2500624 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | RICHON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 janvier 2025, M. B, représenté par Me Richon, demande au tribunal :
1°) d'ordonner au préfet de la Haute-Savoie de produire le dossier au vu duquel il s'est prononcé ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2025 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans ;
4°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision qu'elle rendra ou sa date notification s'il est statué par ordonnance ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué doit être regardé comme entaché d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public, qu'il justifie de garanties de représentations puisqu'il dispose d'un logement et qu'il ne s'est pas soustrait à une précédente mesure d'éloignement ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Des pièces ont été enregistrées les 18 et 19 janvier 2025 pour le préfet de la Haute-Savoie, représenté par Me Tomasi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Viotti en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 20 janvier 2025 à 10 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, première conseillère, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement, dans la mesure où M. B ne démontre pas avoir déposé une demande d'asile et que son droit au séjour ait pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- les observations de Me Richon, représentant M. B, qui a, d'une part, indiqué se désister de ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement et renoncer au vice d'incompétence, d'autre part, repris les autres conclusions et moyens exposés dans sa requête, en insistant sur le fait que le requérant est présent en France depuis six ans, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance, qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et que les mentions du fichier automatisé des empreintes digitales ne sont pas fiables et doivent être écartées ;
- celles de Me Coquel, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de la Haute-Savoie, qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir que la mesure d'éloignement est motivée, que le préfet a pris en compte les éléments que l'intéressé lui-même porté à la connaissance de ses services, qu'il représente une menace à l'ordre public puisqu'il a fait l'objet de plusieurs signalement au fichier automatisé des empreintes digitales, que l'absence de condamnation ne faisait pas obstacle à ce que le préfet en tienne compte, que toute sa famille réside encore dans son pays d'origine, qu'il existe un risque avéré de soustraction à l'exécution de son obligation de quitter le territoire français, qu'il n'a aucun domicile stable et ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 17 décembre 2003, déclare être entré en France au cours de l'année 2024. Par un arrêté du 15 janvier 2025, le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B en demande l'annulation.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
4. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". L'article L. 612-2 de ce code dispose : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
5. M. B ne conteste pas qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Pour ce seul motif et cela quand bien même il n'aurait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet de la Haute-Savoie pouvait, sans commettre ni erreur d'appréciation ni erreur de droit, lui refuser un délai de départ volontaire. Ainsi, les circonstances alléguées selon lesquelles son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il dispose d'un logement sont dépourvues d'incidence sur la légalité de cette décision.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
7. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
8. En l'espèce, la décision par laquelle le préfet de la Haute-Savoie a interdit à M. B de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans mentionne les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose de manière suffisante les motifs de fait sur lesquels elle se fonde et atteste de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées.
9. En deuxième lieu, il ne ressort ni de cette motivation ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Savoie aurait négligé de procéder à un examen attentif et complet de la situation de M. B. Notamment, la seule circonstance que le préfet n'ait pas mentionné la présence en France de certains membres de sa famille " tel que des cousins et oncles ", sans davantage de précision, ne suffit pas à caractériser un tel défaut d'examen.
10. En troisième lieu, l'intéressé a déclaré à la barre, par le biais de son conseil, être présent en France depuis six ans. Toutefois, il ne justifie pas de la durée de son séjour alors qu'il a indiqué aux services de police avoir vécu en France " environ deux ans " avant de retourner en Espagne et d'entrer à nouveau sur le territoire, où il vit depuis " neuf mois ". En outre, il a déclaré que les membres de sa famille résident " tous au Maroc ", où il a vécu l'essentiel de son existence. Il ne justifie d'aucun lien familial ou affectif sur le territoire français, ni qu'il y serait particulièrement inséré. A ce titre, il résulte des mentions de l'arrêté en litige qu'il est défavorablement connu des forces de l'ordre pour des faits de vol par effraction, recels provenant d'un vol, conduite sans permis, refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques, vol par ruse, usage et offre de stupéfiants, vols aggravé par deux circonstances avec violences, vol en réunion sans violence, vol aggravé par deux circonstances sans violences, détention d'un dépôt d'armes ou de munitions de catégories C et D et vol à l'arraché. La circonstance que ces faits, dont la matérialité n'est aucunement contestée par le requérant qui n'apporte aucune précision à leur sujet, puissent être susceptibles de fonder une action répressive et que le juge pénal ne se soit pas encore prononcé à ce sujet ne fait pas obstacle à ce que le préfet de la Haute-Savoie les prenne en compte. Compte tenu de la situation de M. B en France, et quand bien même il n'aurait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans n'est ni disproportionnée ni entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la mesure d'instruction sollicitée, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2025.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Richon, au préfet de la Haute-Savoie.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et à l'association Forum réfugiés.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 janvier 2025.
La magistrate désignée,
O. VIOTTILa greffière,
L. BON-MARDION
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2500624
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026