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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2500645

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2500645

mardi 21 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2500645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantLEFEVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2025, M. A B, alors maintenu au centre de rétention de Lyon Saint Exupéry 2, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 16 janvier 2025 par lesquelles la préfète de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions dans leur ensemble :

- l'auteur des décisions n'avait pas compétence pour édicter ces mesures ;

En ce qui concerne le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire français, la décision refusant un délai de départ volontaire et la décision de placement en rétention :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la préfète du Rhône a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public et qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et revêt un caractère manifestement disproportionné dans sa durée ;

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 20 janvier 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertolo,

- les observations de Me Lefevre, représentant M. B, qui reprend oralement les moyens des écritures. S'agissant du refus de titre de séjour, elle souligne que la décision est insuffisamment motivée et entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen sérieux de la situation de M. B. Elle souligne que la décision est entachée d'un vice de procédure dans l'application des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour et alors que le 5° de cet article prévoit la consultation de la commission en cas de refus de renouvellement. Elle indique que la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée, eu égard aux faits en cause et alors que l'intéressé a rencontré une situation compliquée à compter de l'année 2023. Elle souligne que la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. S'agissant du délai de départ volontaire, elle estime que la préfète de l'Isère a commis une erreur d'appréciation en se fondant sur les dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puisqu'il dispose de garanties de représentations suffisantes, et que la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, elle souligne que l'intéressé fait état de circonstances particulières tenant à son ancienneté sur le territoire et à son intégration.

- les observations de Me Tomasi, représentant la préfète de l'Isère, qui reprend oralement ses écritures. S'agissant du refus de séjour, il indique que le nouveau moyen soulevé tiré du défaut de consultation de la commission du titre de séjour pose un problème de contradictoire, dès lors que celui-ci a été formulé quelques minutes avant l'audience. S'agissant du délai de départ volontaire, il indique que le motif d'ordre public est implicitement évoqué puisqu'il sous-tend l'intégralité de l'arrêté.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Des pièces ont été produites postérieurement à la clôture de l'instruction par la préfète de l'Isère et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant arménien né le 8 octobre 1995, demande au tribunal d'annuler les décisions du 16 janvier 2025 par lesquelles la préfète de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions dans leur ensemble :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature accordée par la préfète de l'Isère par un arrêté du 25 novembre 2024, régulièrement publié. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes doit donc être écarté.

En ce qui concerne les moyens communs aux refus de séjour, à l'obligation de quitter le territoire français et à la décision de placement en rétention :

4. En premier lieu, en application de l'article L. 741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier la légalité de la décision par laquelle le préfet décide de placer un étranger en rétention. Les moyens dirigés contre cette décision sont par suite sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige.

5. En deuxième lieu, il résulte des termes de la décision en litige qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et notamment les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En dernier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B est très défavorablement connu des services de police, le fichier de traitement des antécédents judiciaires faisant état d'une interpellation le 2/12/2020 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, le 25/08/2022 pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, le 23/07/2023 pour des faits de dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui causant un dommage léger, le 14/08/2023 pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et menace de mort réitérées, le 21/08/2023 pour des faits de violation de domicile et vol avec destruction ou dégradation, le 7/09/2023 pour des faits de vol avec violence et de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, le 10/09/2023 pour des faits de tentative de vol par escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, le 27/11/2023 pour des faits de rébellion, le 5/01/2024 pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, le 16/06/2024 pour des faits de vol avec destruction ou dégradation et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, le 5/12/2024 pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, le 16/01/2025 pour des faits de menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un chargé de mission de service public. Si l'intéressé soutient que ces faits n'ont donné lieu à aucune poursuite et qu'il n'a jamais fait l'objet de condamnations en France, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné le 3 septembre 2014 par le tribunal correctionnel de Grenoble à quinze jours d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol avec destruction ou dégradation, le 8 janvier 2024 à cinq mois d'emprisonnement avec sursis et interdiction de séjour pendant un an par le président du tribunal judiciaire du Havre pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, le 25 janvier 2024 à trois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Grenoble pour des faits de rébellion, enfin le15 mars 2024 à 500 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Bourgoin-Jallieu pour des faits de vol et de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui. Si l'intéressé indique avoir rencontré des difficultés personnelles depuis l'année 2023, ces éléments ne sauraient justifier ni atténuer les faits qui viennent d'être rappelés, qui ont été réitérés ces deux dernières années et qui présentent un caractère de gravité certain. Ainsi, eu égard au comportement de l'intéressé et aux condamnations prononcées à son encontre, c'est sans faire une inexacte application des dispositions susmentionnées de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni davantage entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que la préfète de l'Isère a considéré que le comportement du requérant était constitutif d'une menace pour l'ordre public et a pu, en conséquence, et après avoir examiné l'intensité de sa vie privée et familiale en France, lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.

9. En deuxième lieu, M. B se prévaut de sa durée de présence sur le territoire français, en particulier de ce qu'il est arrivé mineur en France et qu'il y a effectué toute sa scolarité, de ce qu'il est en situation régulière depuis l'année 2016, qu'il y dispose d'attaches familiales importantes où résident sa mère et sa sœur en situation régulière, et qu'il a pu s'y intégrer par le travail. Toutefois, le requérant est célibataire et sans charge de famille. S'il se prévaut de la présence de sa famille sur le territoire, il n'établit pas l'intensité de ses liens avec eux et n'apporte aucun élément pour justifier de ce qu'il aurait en France des attaches intenses et stables. Il ne justifie pas davantage qu'il en serait dépourvu dans son pays d'origine, alors qu'il y a passé la moitié de son existence. M. B ne justifie pas davantage d'une intégration sociale et professionnelle réussie, l'intéressé ne démontrant pas avoir suivi une formation professionnelle, ni disposer d'un emploi ou d'un logement stable, l'attestation produite par l'intéressé au dossier et signée par sa mère étant à cet égard insuffisante. Le requérant est en outre très défavorablement connu des services de police et représente une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour du requérant en France, la préfète de l'Isère, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas, au regard des buts poursuivis par cette décision, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En troisième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 5° Lorsqu'elle envisage de refuser le renouvellement ou de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l'article L. 412-10 ". Aux termes de l'article L. 412-10 du même code : " Lorsque la décision de refus de renouvellement ou de retrait concerne une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident, l'autorité administrative prend en compte la gravité ou la réitération des manquements au contrat d'engagement au respect des principes de la République ainsi que la durée du séjour effectuée sous le couvert d'un document de séjour en France. Cette décision ne peut être prise si l'étranger bénéficie des articles L. 424-1, L. 424-9, L. 424-13 ou L. 611-3. / La décision de refus de renouvellement ou de retrait d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident est prise après avis de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ". Il résulte des dispositions précitées que l'avis de la commission du titre de séjour n'est requis au titre de l'article L. 412-10 que lorsque le retrait ou le refus de renouvellement envisagé est fondé sur le non-respect, par l'étranger, du contrat d'engagement au respect des principes de la République.

11. M. B soutient que la commission du titre de séjour aurait dû être consultée sur sa situation dès lors qu'il bénéficiait d'un titre de séjour pluriannuel délivré sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, d'une part, si la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne dispense pas le préfet de son obligation de saisine de la commission, celui-ci n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent. Or, eu égard à ce qui a été dit au point 9, M. B ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre et n'est donc pas fondé à se prévaloir des dispositions précitées du 1° de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il est constant que la préfète de l'Isère a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de l'intéressé non pas en se fondant sur les dispositions de l'article L. 412-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais en retenant que M. B constituait une menace à l'ordre public et ne disposait pas en France d'une vie privée et familiale lui permettant de bénéficier d'un titre de séjour. Par suite, l'intéressé ne peut pas davantage se prévaloir des dispositions précitées du 5° de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

12. En dernier lieu, en l'absence d'argumentation distincte des moyens auxquels il a déjà été répondu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 à 9, et en l'absence d'argumentation distincte, la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

15. Pour refuser à M. B le bénéfice d'un délai de départ volontaire, la préfète de l'Isère s'est notamment fondée sur les dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'intéressé indique disposer de garanties de représentations suffisantes, il ne conteste pas ne pas avoir présenté de document d'identité ou de voyage en cours de validité, et l'attestation d'hébergement signée par sa mère, qui est au demeurant contradictoire avec les déclarations de l'intéressé concernant son logement, ne permet pas à elle-seule de justifier d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Par suite, l'autorité préfectorale était fondée à considérer que l'intéressé présentait un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, et en conséquence à lui refuser le bénéfice d'un délai de départ volontaire.

16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 à 9, et en l'absence d'argumentation distincte, la décision refusant à M. B un délai de départ volontaire ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

18. M. B s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre. Dès lors, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Isère a fixé la durée de l'interdiction de retour au regard de l'ensemble des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité et a ainsi suffisamment motivé sa décision. Elle a notamment relevé que l'intéressé représentait une menace à l'ordre public et qu'il ne justifiait pas de l'intensité et de la réalité de ses liens sur le territoire malgré une ancienneté conséquente. Si l'intéressé soutient qu'il justifie de circonstances humanitaires eu égard à son ancienneté sur le territoire et à ses liens sur le territoire, ces éléments ne suffisent pas à établir, au cas d'espèce, que la préfète de l'Isère aurait dû ne pas assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français. Dans les circonstances de l'espèce, la préfète de l'Isère n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni méconnu les dispositions précitées en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour en France faite à l'intéressé, cette durée n'apparaissant pas disproportionnée.

19. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions à fin d'injonction et au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Isère.

Copie en sera adressée à Me Lefevre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 janvier 2025

Le magistrat désigné,

C. BertoloLe greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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