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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2500815

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2500815

lundi 17 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2500815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGILLIOEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 et 31 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Gillioen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 21 janvier 2025 par lesquels la préfète du Rhône l'a transféré aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile et assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours maximum ;

3°) d'enjoindre à l'administration d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- l'arrêté portant assignation à résidence est illégal compte tenu de l'illégalité de la décision de transfert ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est disproportionné.

Par un mémoire en défense enregistré, le 5 février 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bardad en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les observations de Me Stadler pour Me Gillioen, avocat de M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et précise notamment que les brochures A et B n'ont pas été remises dans une langue comprise par le requérant et que son état de santé justifie son maintien en France ;

- les observations de M. A assisté de M. C, interprète en langue peul;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 5 août 1999, alias B A né le 1er janvier 1999, demande l'annulation des arrêtés du 21 janvier 2025 par lesquels la préfète du Rhône l'a transféré aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile et assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours maximum.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a attesté avoir reçu les brochures A et B prévues par l'article 4 du règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013, en langue française, le 30 juillet 2024. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a bénéficié le même jour de l'entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013, par le biais d'un interprète en langue peul guinéen, qu'il a déclarée comprendre. Le contenu des brochures a été porté à la connaissance de M. A en langue française, en l'absence de peul guinéen, mais avec le concours de l'interprète en langue peul guinéen. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement européen précité doit être écarté dans toutes ses branches.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié, le 30 juillet 2024, de l'entretien individuel confidentiel, avec un agent du service chargé de l'asile de la préfecture du Rhône, qualifié au sens du point 5 de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. En tout état de cause, l'absence de plus de précision sur l'identité de l'agent ayant réalisé l'entretien, n'a pas privé l'intéressé de la garantie que constitue le bénéfice de cet entretien individuel. Par suite, le moyen doit être écarté dans toutes ses branches.

6. En troisième lieu, l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article 29 du règlement UE n° 603/2013 a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des États membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Par suite, le requérant ne peut utilement faire valoir, pour contester la décision en litige, qu'il n'aurait pas reçu les informations concernant l'application du règlement " Eurodac ".

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment , avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. A fait notamment valoir qu'il présente des douleurs épigastriques avec une infection à Helicobacter pylori. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas faire l'objet d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé en Espagne et poursuivre les traitements médicaux qui lui sont administrés en France dans ce pays. Par suite, en refusant de faire usage de la clause discrétionnaire, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur de droit ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement européen du 26 juin 2013 ni davantage d'un défaut d'examen au regard de ces dispositions. Pour les mêmes motifs, l'autorité administrative n'a pas méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision attaquée n'a, en tout état de cause, par pour objet ni pour effet de l'éloigner à destination de son pays d'origine.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

10. M. A fait valoir qu'il veut rester en France compte tenu de son état de santé. Toutefois, aucune circonstance ne fait obstacle à ce qu'il bénéficie d'une prise en charge médicale en Espagne au regard de la pathologie qu'il présente. Par ailleurs, il ne justifie pas de liens particuliers sur le territoire français. Dans ces conditions, et compte tenu du caractère récent de son séjour en France, la décision en litige ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'autorité administrative n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

11. En premier lieu, l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles n'étant pas établie, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision d'assignation à résidence par voie de conséquence.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées. ".

13. La décision contestée vise notamment l'article L. 751-2 du code de justice administrative, rappelle que M. A fait l'objet d'une décision de transfert, précise qu'il ne dispose pas des garanties de représentation effectives propres à prévenir le risque de soustraction à l'exécution de la mesure de transfert dont il fait l'objet et indique que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence serait insuffisamment motivée doit être écarté.

14. En dernier lieu, la décision assignant M. A à résidence lui impose de ne pas quitter le département du Rhône sans autorisation préfectorale, de se présenter une fois par semaine, les lundis à 8 h 30, y compris les jours fériés et chômés, à la Direction zonale de la Police aux Frontières à Lyon. Dans ces conditions, les modalités de contrôle imposées au requérant ne sont pas disproportionnées. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 21 janvier 2025 par lesquels la préfète du Rhône l'a transféré aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile et assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours maximum. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Jugement rendu en audience publique, le 17 février 2025.

La magistrate désignée,

N. Bardad

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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