vendredi 24 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2500818 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | SARL LACHENAUD AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2025, M. C B, représenté par Me Lachenaud, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 20 janvier 2025 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination en cas de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de sept ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- ces décisions sont insuffisamment motivées, révélant en cela un défaut d'examen de sa situation particulière ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- cette décision a été édictée au terme d'un examen ne respectant pas les exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision procède d'une inexacte application des dispositions des article L. 612-2 et L. 612-3 du code précité ;
Sur la décision l'interdisant de retour sur le territoire français :
- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation quant à la menace pour l'ordre public que constitue sa présence en France, insuffisamment caractérisée ; il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale.
Des pièces ont été enregistrées pour la préfète du Rhône le 23 janvier 2025 et ont été communiquées.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Gilbertas.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilbertas, magistrat désigné,
- les observations de Me Lachenaud, pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens, sauf à se désister du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ;
- celles de M. A, pour la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête, les moyens soulevés n'étant pas fondés ;
- et celles de M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant algérien né le 22 novembre 1982, demande au tribunal l'annulation des décisions du 20 janvier 2025 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination en cas de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de sept ans.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble de ces décisions :
3. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".
4. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations dont il fait application, et relève les éléments de fait relatifs au requérant pertinents pour cette application. En se bornant à exposer des éléments biographiques, par ailleurs mentionnés par l'arrêté en litige, M. B ne caractérise ainsi aucune insuffisance de motivation. Il ne ressort ni de cette motivation, suffisante en l'espèce, ni des autres pièces du dossier que ces décisions auraient été édictées à l'issue d'un examen incomplet de sa situation, en particulier au regard des exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant de la mesure d'éloignement. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. M. B fait valoir être entré en France, au cours de l'année 1983, âgé de moins d'un an, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial, avoir toujours séjourné dans ce pays, où il a été placé en foyer à l'âge de 16 ans à la suite du décès accidentel de ses parents et avoir, entre l'année 2003 et l'année 2010, entretenu une relation avec une ressortissante française dont sont issues deux enfants, âgés de 17 et 18 ans, également de nationalité française. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a été titulaire, entre les années 2000 et 2010, d'un certificat de résidence algérien dont il n'a pas sollicité le renouvellement. M. B indique également faire l'objet d'un suivi psychiatrique depuis une dizaine d'années. Toutefois, en dépit de sa durée de résidence particulièrement longue sur le territoire national, il n'établit pas y disposer de liens personnels durables, notamment s'agissant de ses deux enfants, indiquant lui-même n'entretenir que des liens distants avec la benjamine à la suite de la séparation du couple en 2010, étant par ailleurs relevé qu'il a fait l'objet d'une condamnation dès le 7 juillet 2011 par le tribunal correctionnel de Bonneville pour abandon de famille et non-paiement d'une prestation alimentaire. S'il déclare à la barre que de nombreux membres de sa famille sont présents en France, il n'en justifie pas. S'il fait état d'un suivi scolaire et d'une formation professionnelle, il ne verse aucun élément l'établissant. Une telle durée de résidence doit par ailleurs être relativisée, s'agissant de son insertion, par la circonstance qu'il a fait l'objet, entre le 1er avril 2011 et le 7 septembre 2022, de près de vingt condamnations par le juge pénal, pour des faits, en récidive pour leur grande majorité, de vols, effraction, menaces de mort, extorsion par violence, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, port d'arme, consommation de stupéfiants, dégradation et d'évasion par condamné en semi-liberté, pour un total de condamnation sur cette période de 12 années d'incarcération. Enfin, M. B a dernièrement été condamné le 17 juin 2024 à une peine d'emprisonnement de neuf mois pour des faits d'outrage et de menace de mort sur une personne chargée d'une mission de service public. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. B ne peut être regardé comme ayant établi en France des liens tels que la décision portant obligation de quitter le territoire français y porterait une atteinte disproportionnée au regard de ses objectifs. Par ailleurs, M. B déclare lui-même à la barre que le centre de ses intérêts personnels est désormais situé en Algérie, pays qu'il souhaite rejoindre. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Selon l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
7. Pour refuser à M. B un délai de départ volontaire, la préfète du Rhône, au visa des dispositions précitées, a relevé que la présence de l'intéressé constituait une menace grave pour l'ordre public, qu'il s'était maintenu sur le territoire national après l'expiration de son titre de séjour sans solliciter son renouvellement et qu'il ne justifiait pas d'une résidence stable et durable sur le territoire non plus que de ressources pour y pourvoir. Si M. B conteste une telle qualification de menace grave pour l'ordre public, c'est sans erreur d'appréciation que la préfète du Rhône a pu la retenir compte tenu de la gravité, de la toute particulière répétition et de la continuité jusqu'à une date très récente des faits, analysés au point 5 du présent jugement, pour lesquels il a été condamné à de très nombreuses reprises et qu'il ne conteste pas. À ces égards, si M. B fait valoir avoir traversé une période de dépression grave depuis la séparation de la mère de ses enfants ainsi qu'un contexte adverse s'agissant de l'alcool, de tels éléments ne sont pas de nature à mitiger la consistance de la menace grave que sa présence en France constitue pour l'ordre public. Dans ces conditions, et alors que M. B ne conteste pas les autres éléments retenus par la préfète, c'est par une exacte application des dispositions précitées que la préfète du Rhône a refusé à M. B un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
9. Pour interdire M. B de retour sur le territoire français pour une durée de sept ans, la préfète du Rhône a relevé, au visa des dispositions précitées, que, malgré une résidence déclarée en France depuis 1983, M. B n'y avait pas établi le centre de ses intérêts privés et familiaux, en l'absence notamment de liens caractérisés avec ses deux enfants, qu'il n'avait pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement antérieure et que sa présence sur le territoire national constituait une menace grave pour l'ordre public. Compte tenu des éléments que l'intéressé fait valoir s'agissant de ses attaches privées et familiales, ainsi qu'analysés au point 5 précédent, de la menace grave pour l'ordre public constituée par sa présence sur le territoire national, ainsi qu'analysée au point 7 du présent jugement et se caractérisant par une particulière répétition et continuité d'atteintes graves sur une période de plus de dix ans avant l'édiction de la décision en litige, et en dépit de l'importante durée de séjour du requérant en France, c'est sans disproportion ni erreur d'appréciation, au regard notamment de la durée maximale de dix ans d'une telle mesure, que la préfète du Rhône a retenu un quantum d'une durée de sept ans pour l'interdiction de retour sur le territoire français en litige. Les moyens afférant doivent ainsi être écartés.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Lachenaud et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
M. Gilbertas
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
Un greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026