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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501009

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501009

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantDACHARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 janvier 2025, Mme D A, représentée par Me Dachary, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 22 janvier 2025 par lequel la préfète du Rhône l'a assignée à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé au regard des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionné au regard de l'atteinte portée à sa liberté d'aller et venir.

Des pièces complémentaires ont été produites le 30 janvier 2025 par la préfète du Rhône.

La présidente du tribunal a désigné Mme Le Roux pour statuer au titre des articles L. 921-1 à L.922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 février 2025, Mme Le Roux, magistrate désignée, a présenté son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante angolaise née le 20 novembre 1994, déclare être entrée sur le territoire français le 28 juillet 2017. Après avoir été placée une première fois en procédure Dublin, sans avoir que sa réadmission vers l'Etat responsable de sa demande d'asile n'ait été exécutée, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa nouvelle demande d'asile par une décision du 24 novembre 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 25 avril 2022. Par un arrêté du 4 décembre 2023, la préfète du Rhône a refusé de faire droit à sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être renvoyée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Par l'arrêté attaqué du 22 janvier 2025, la préfète du Rhône l'a assignée à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel renvoie l'article L. 614-2 de ce code, il y a lieu de faire droit à la demande de Mme A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / (). ". Aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B C, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture du Rhône, titulaire d'une délégation de signature à cet effet consentie par arrêté de la préfète du Rhône en date du 13 janvier 2025, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°69-2025-013 de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit, par suite, être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, l'arrêté assignant Mme A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours vise notamment les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde. Concernant la motivation en fait, il rappelle que l'intéressée fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, édictée le 4 décembre 2023, et indique que sa situation n'a pas évolué depuis l'adoption de cette décision, notamment dans la mesure où elle est toujours célibataire et sans enfant à charge et que, si elle ne peut pas quitter immédiatement le territoire français, son éloignement demeure une perspective raisonnable. Il précise par ailleurs que Mme A n'a pas été en mesure de présenter à l'administration de document d'identité ou de voyage. De plus, contrairement à ce que soutient la requérante, aucune disposition ou principe général de droit n'exige qu'un risque de fuite particulier ne soit caractérisé concernant une décision d'assignation à résidence adoptée sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, laquelle peut être prise si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français et que l'exécution de la mesure d'éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, l'arrêté attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé et cette motivation, qui n'est pas stéréotypée, révèle un examen particulier de sa situation.

6. En troisième et dernier lieu, Mme A ne conteste pas entrer dans le champ d'application des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en n'ayant pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre moins de trois ans auparavant. Dans ces conditions, dès lors qu'elle ne contredit pas les termes de la décision attaquée, selon lesquels sa situation n'a pas évolué depuis l'adoption de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 4 décembre 2023, notamment en ce qu'elle se déclare toujours célibataire et sans enfant à charge, qu'elle ne démontre pas être dépourvue de tous liens dans son pays d'origine, qu'elle n'établit pas que sa vie ou sa liberté y seraient menacées ou qu'elle y serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants, les circonstances que son identité et son adresse soient connues des services de police et qu'elle ne présente pas de risque de fuite, ne suffisent pas à considérer que la décision d'assignation à résidence serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans son principe, dès lors que la décision d'assignation à résidence litigieuse est justifiée par son impossibilité de quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable. De plus, en se bornant à relever qu'elles méconnaissent sa liberté d'aller et venir, sans se prévaloir d'aucune obligation professionnelle ou personnelle spécifique, Mme A n'établit pas que les modalités de contrôle de son assignation à résidence, qui résident dans l'obligation qui lui est faite de se présenter les lundis et les jeudis entre 9h00 et 12h00 et 15h00 et 18h00 dans les locaux de la brigade de gendarmerie de Francheville et l'interdiction de sortir du département du Rhône sans autorisation, seraient disproportionnées, eu égard à la fréquence de pointage retenue ainsi qu'à la plage horaire fixée, et par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, les moyens soulevés par Mme A tirés de l'atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emporterait la décision attaquée sur sa situation personnelle doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Dachary et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

La magistrate désignée,

J. Le Roux

La greffière,

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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