vendredi 21 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2501118 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | GOUY-PAILLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 janvier et 12 février 2025, Mme A B, représentée par Me Gouy-Paillier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2025 par lequel la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen sa demande d'asile.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, première conseillère.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 février 2025 :
- le rapport de Mme Gros,
- les observations de Me Gouy-Paillier, représentant Mme B, qui abandonne le vice d'incompétence et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et précise, s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du même règlement, que Mme B est également atteinte du virus de l'immunodéficient humain et que depuis sa première visite à l'hôpital, de nombreux rendez-vous ont déjà eu lieu, tandis que d'autres sont planifiés, attestant de la nécessité et de l'urgence de sa prise en charge médicale, laquelle sera nécessairement interrompue en cas de transfert vers l'Espagne, du fait notamment de la barrière de la langue,
- et les observations de Mme B.
La préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante togolaise née le 31 décembre 1990, déclare être entrée en France le 3 octobre 2024. Le 21 octobre 2024, elle a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile auprès de la préfecture du Rhône. La consultation du fichier européen Eurodac ayant fait apparaître que l'intéressée avait irrégulièrement franchi la frontière en Espagne, les autorités espagnoles ont été saisies d'une demande de prise en charge le 5 novembre 2024, expressément acceptée le 19 décembre suivant. Par un arrêté du 24 janvier 2025, dont Mme B demande l'annulation, la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen sa demande d'asile.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. D'une part, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux. La demande est examinée par un seul Etat membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " I. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers () même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre déterminé, en principe, par application des critères fixés par le chapitre III du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères peut être écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de son article 17, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. La faculté laissée à chaque Etat membre d'examiner une demande d'asile ne relevant pas de sa responsabilité est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
5. D'autre part, aux termes aux termes de l'article 31 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre procédant au transfert d'un demandeur () communique à l'État membre responsable les données à caractère personnel concernant la personne à transférer qui sont adéquates, pertinentes et raisonnables, aux seules fins de s'assurer que les autorités qui sont compétentes conformément au droit national de l'État membre responsable sont en mesure d'apporter une assistance suffisante à cette personne, y compris les soins de santé urgents indispensables à la sauvegarde de ses intérêts essentiels, et de garantir la continuité de la protection et des droits conférés par le présent règlement et par d'autres instruments juridiques pertinents en matière d'asile. Ces données sont communiquées à l'État membre responsable dans un délai raisonnable avant l'exécution d'un transfert, afin que ses autorités compétentes conformément au droit national disposent d'un délai suffisant pour prendre les mesures nécessaires. / 2. L'État membre procédant au transfert transmet à l'État membre responsable les informations qu'il juge indispensables à la protection des droits de la personne à transférer et à la prise en compte de ses besoins particuliers immédiats, dans la mesure où l'autorité compétente conformément au droit national dispose de ces informations, et notamment: / a) les mesures immédiates que l'État membre responsable est tenu de prendre aux fins de s'assurer que les besoins particuliers de la personne à transférer sont adéquatement pris en compte, y compris les soins de santé urgents qui peuvent s'avérer nécessaires; () ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. Aux seules fins de l'administration de soins ou de traitements médicaux () l'Etat membre procédant au transfert transmet à l'Etat membre responsable des informations relatives aux besoins particuliers de la personne à transférer, dans la mesure où l'autorité compétente conformément au droit national dispose de ces informations, lesquelles peuvent dans certains cas porter sur l'état de santé physique ou mentale de cette personne. Ces informations sont transmises dans un certificat de santé commun accompagné des documents nécessaires. L'Etat membre responsable s'assure de la prise en compte adéquate de ces besoins particuliers, notamment lorsque des soins médicaux essentiels sont requis. / ().
6. Par un arrêt du 16 février 2017, C. K., H. F. et A. S. contre Republika Slovenija (C-578/16 PPU), la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit que même en l'absence de raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques dans l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile, le transfert d'un demandeur d'asile ne peut être opéré que dans des conditions excluant que ce transfert entraîne un risque réel et avéré que l'intéressé subisse des traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Lorsque le transfert d'un demandeur présentant une affection mentale ou physique particulièrement grave entraîne le risque réel et avéré d'une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé, ce transfert constitue un tel traitement inhumain et dégradant. Il incombe aux autorités de l'Etat devant procéder au transfert et, le cas échéant, à ses juridictions, d'éliminer tout doute sérieux concernant l'impact du transfert sur l'état de santé, en prenant les précautions nécessaires pour que le transfert ait lieu dans des conditions permettant de sauvegarder l'état de santé de manière appropriée et suffisante. Lorsque, compte tenu de la particulière gravité de l'affection, la prise de ces précautions ne suffit pas à assurer que le transfert n'entraînera pas de risque réel d'une aggravation significative et irrémédiable de l'état de santé, il incombe à l'Etat concerné de suspendre l'exécution du transfert, et ce aussi longtemps que son état ne rend pas l'intéressé apte à un tel transfert. S'il s'aperçoit que l'état de santé ne devrait pas s'améliorer à court terme, ou que la suspension pendant une longue durée de la procédure risquerait d'aggraver l'état de santé, l'Etat requérant peut choisir d'examiner lui-même la demande d'asile en faisant usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
7. Il ressort des pièces médicales versées aux débats, postérieures à l'arrêté attaqué mais attestant d'une situation de fait antérieure, que l'état de santé de Mme B, qui indique être atteinte du virus de l'hépatite B (VHB) et du virus de l'immunodéficience humaine (VIH), nécessite une prise en charge médicale, consistant dans un suivi médical régulier et un traitement médicamenteux. En l'absence de défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile, en ce qui concerne en particulier l'accès aux soins de santé, il y a lieu de considérer que la requérante pourra bénéficier en Espagne des traitements médicaux adéquats. Les médecins assurant le suivi de Mme B à l'hôpital Edouard Herriot (Lyon) précisent toutefois que ces traitements sont " urgents " et " ne [doivent] pas être interrompus ". S'il existe, ainsi, un risque réel et avéré que le transfert de Mme B vers l'Espagne entraîne une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé, ce risque peut, en l'espèce, être jugulé si les autorités françaises, conformément aux dispositions précitées des articles 31 et 32 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, informent les autorités espagnoles, dans un délai raisonnable avant l'exécution du transfert, de ce que l'intéressée requiert une assistance médicale et des soins à l'arrivée et obtiennent, de leur part, confirmation que ceux-ci seront bien disponibles. Ainsi, et dès lors que de telles précautions, qu'il appartiendra aux autorités françaises de prendre, sont de nature à garantir le déroulement du transfert de Mme B dans des conditions permettant de sauvegarder son état de santé de façon appropriée et suffisante, la situation de l'intéressée ne peut être regardée comme justifiant la mise en œuvre de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la préfète du Rhône en ne faisant pas application de ces dispositions doit, par suite, être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2025 par lequel la préfète du Rhône a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
DECIDE :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2025.
La magistrate désignée,
R. Gros
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026