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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501175

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501175

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantNAILI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2025, Mme F doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 janvier 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII, dans un délai de sept jours à compter de la notification de jugement à intervenir, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors qu'elle a été formée dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision contestée ;

- cette décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'a pas été préalablement informée que le bénéfice des conditions matérielles pouvait lui être refusé ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle présente une situation de vulnérabilité compte tenu de sa qualité de mère isolée de trois enfants mineurs sans solution d'hébergement stable sur le territoire français ;

- les dispositions mises en œuvre ne sont pas conformes au droit de l'Union européenne car elles créent une obligation pour l'OFII de prononcer un refus ou une cessation totale du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions des articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Gaillard, greffière :

- le rapport de M. Gueguen ;

- les observations de Me Naili, avocat de permanence, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; il demande également au tribunal d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, et de verser à son conseil la somme qu'elle demande au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle ; il soutient en outre que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et insiste sur la vulnérabilité de Mme D en précisant que l'intéressée est isolée sur le territoire français, qu'elle est la mère de trois enfants mineurs, dont deux sont scolarisés et l'une placée en crèche, que l'hébergement dont elle bénéficie dans le cadre des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles prendra fin le 27 février 2025, et qu'elle ne dispose d'aucune autre solution d'hébergement ;

- et les observations de Mme D, assisté de M. B, interprète en langue anglaise, qui déclare que l'hébergement dont elle dispose auprès des services de la métropole de Lyon prendra fin le 27 février 2025, date à laquelle sa benjamine atteindra l'âge de trois ans, et qu'elle n'est pas parvenue à trouver une autre solution d'hébergement malgré les nombreuses démarches qu'elle a initiées auprès de différentes associations.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante nigériane née le 13 juillet 1986, a déclaré être entrée en France le 13 février 2022, accompagnée de ses deux premiers enfants mineurs. Le 24 février 2022, l'intéressée s'est présentée au guichet unique des demandeurs d'asile (GUDA) de la préfecture du Rhône, où elle s'est vue remettre une attestation de demande d'asile en " procédure accélérée " puis une décision du même jour par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle avait présenté sa demande de protection internationale postérieurement au délai de quatre-vingt-dix jours à compter de la date de son entrée en France. Après que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 30 juin 2022, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 7 novembre 2023, par un jugement du 5 novembre 2024, le tribunal a prononcé l'annulation de la décision du 6 octobre 2022 par laquelle le directeur territorial de l'OFII avait rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme D le 8 avril 2022 à l'encontre de la décision précitée du 24 février 2022, au motif que cette autorité avait commis une erreur de fait et une erreur de droit en considérant qu'elle avait présenté sa demande d'asile postérieurement au délai fixé par les dispositions de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et lui a enjoint d'accorder à l'intéressée le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur la période comprise entre le 24 février 2022 et le 30 novembre 2023. Enfin, Mme D s'est de nouveau présentée au GUDA de la préfecture du Rhône le 16 janvier 2025, où elle a sollicité tant le réexamen de sa demande de protection internationale que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et après s'être vue remettre une attestation de demande d'asile en " procédure accélérée ", par une décision du même jour, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur les autres conclusions de la requête :

4. En premier lieu, il ressort des pièces produites en défense que par une décision du 28 octobre 2020, régulièrement publiée sur le site internet de l'OFII, le directeur général de cet établissement public a donné délégation de signature à M. A C, directeur territorial à Lyon, à l'effet de signer, dans le cadre des instructions qui lui sont données et dans la limite de ses attributions, tous actes, décisions, et correspondances se rapprochant aux missions dévolues à la direction territoriale de Lyon, telles que définies par la décision portant organisation générale de l'OFII, également publiée sur le site internet de ce même établissement public et accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, selon les termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ".

6. En l'espèce, si Mme D soutient que " l'information prévue " par les dispositions précitées de l'article L. 511-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " n'a pas été faite ", ce qui " rend(rait) irrégulière la procédure ", il ressort cependant des pièces produites en défense que l'intéressée a bénéficié, le 14 novembre 2024, d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité par l'OFII, conduit en langue anglaise, à l'issue duquel elle a certifié avoir été informée, dans une langue qu'elle comprend, des " conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil ", le document d' " offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil " qu'elle a signé le jour-même précisant à cet égard que " le bénéfice des conditions matérielles d'accueil (hébergement et allocation) " pouvait être " refusé " conformément aux dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'il pouvait y être " mis fin " en application de l'article L. 551-16 du même code. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée du 16 janvier 2025 aurait été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Toutefois, selon les termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article () prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Par ailleurs, selon les termes de l'article D. 551-17 dudit code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 () prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. () ". À cet égard, l'article L. 522-3 de ce même code prévoit que : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

8. Il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où elle envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'OFII d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

9. Pour refuser à Mme D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil après avoir procédé à un examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, le directeur territorial de l'OFII s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée avait présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, laquelle a d'ailleurs été rejetée comme irrecevable postérieurement à la date d'introduction de sa requête, par une décision du 31 janvier 2025 notifiée le 6 février suivant.

10. En l'espèce, tout d'abord, il ne ressort ni des termes de la décision contestée du 16 janvier 2025, ni d'aucune autre pièce du dossier que le directeur territorial de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle et familiale de la requérante, en particulier du point de vue de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit est infondé et ne peut qu'être écarté.

11. Ensuite, si Mme D fait état de sa qualité de mère isolée de trois filles mineures, respectivement nées le 3 septembre 2011, le 24 mars 2013 et le 27 février 2022, dont deux seraient scolarisées en France et l'une placée en crèche, ainsi que de son absence de solution d'hébergement stable sur le territoire français, ces allégations ne suffisent pas à caractériser une situation de vulnérabilité, alors qu'il ressort des pièces produites en défense que les deux évaluations dont elle a fait l'objet les 24 février 2022 et 14 novembre 2024 n'avaient pas fait apparaître des facteurs particuliers de vulnérabilité, l'intéressée et ses trois enfants mineurs étant hébergés par les services de la métropole de Lyon depuis le mois de février 2022 conformément aux dispositions de l'article L. 222-5, 4° du code de l'action sociale et des familles. Par ailleurs, s'il est constant que cet hébergement a vocation à prendre fin à compter du 27 février 2025, date à laquelle sa benjamine atteindra l'âge de trois ans, et s'il ressort des pièces du dossier que la requérante s'est vue proposer par les services de la métropole de Lyon, le 21 janvier 2025, un rendez-vous le 20 février suivant en vue de faire le point sur la fin leur prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, elle n'apporte cependant pas le moindre commencement de preuve à l'appui de ses allégations tirées de ce qu'elles ne pourraient bénéficier, à brève échéance, d'un autre hébergement, en particulier auprès des nombreuses associations qu'elle a déclaré avoir sollicitées. Par suite, et en l'absence de tout autre élément invoqué, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entacher sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la vulnérabilité de Mme D que le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

12. Enfin, si la requérante soutient que les " dispositions " qui ont été " mises en œuvre " par le directeur territorial de l'OFII " ne sont pas conformes au droit de l'Union européenne ", dès lors qu'elles " créent une obligation " pour cet établissement public " de prononcer un refus ou une cessation totale du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ", son moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut qu'être écarté.

13. En dernier lieu, en vertu des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. En l'espèce, en l'absence d'argumentation particulière, et en tenant compte des conséquences de la décision contestée, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point 11.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée du 16 janvier 2025 par laquelle le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

Le magistrat désigné,

C. Gueguen

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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