vendredi 21 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2501369 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL ITINERAIRES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 février 2025, et un mémoire complémentaire, enregistré le 19 février 2025, M. A C, Mme E F épouse C et M. B C, représentés par Me Gastrein, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 3 octobre 2024 de la préfète du Rhône portant déclaration d'utilité publique du projet de restauration du Gier présenté par le syndicat mixte du Gier rhodanien (SyGR) sur le territoire de la commune de Saint-Romain-en-Gier ;
2°) de mettre la somme de 4 000 euros à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance.
Ils soutiennent que :
S'agissant de la recevabilité de la requête :
- ils justifient d'un intérêt à agir en leur qualité d'usufruitiers et de nu-propriétaires de terrains compris dans l'emprise du projet ;
- la procédure d'expropriation partielle conduite par le SyGR va les priver d'une partie substantielle de leur propriété ;
- la réalisation du projet va en outre restreindre et compliquer l'accès à leur garage et empêcher celui-ci dans des conditions de sécurité alors que Mme C se trouve dans un état de santé qui nécessite des soins réguliers, qu'elle détient une carte d'invalidité et est reconnue comme " personne à mobilité réduite " ;
- le projet va entrainer la démolition de leur poulailler et la suppression massive d'arbres dont la présence assure une protection en cas de crue et apporte de la fraicheur en période estivale ;
S'agissant de l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêt en litige :
- il existe une présomption d'urgence reconnue par la jurisprudence ;
- une procédure d'expropriation a été lancée ce qui est de nature à préjudicier gravement à leur situation et plus particulièrement à leur droit de propriété ;
- cette expropriation entrainera également la suppression des espèces boisées ;
- elle les placera dans une situation de dangerosité exceptionnelle s'agissant de l'accès à leur garage en restreignant la zone de manœuvre ;
- le projet prévoit la création d'une risberme à proximité de leur propriété ce qui entraine un abaissement substantiel non protégé du sol actuel de 1,50 mètres à 5,50 mètres au droit du garage ;
- les travaux préparatoires ont débuté ;
S'agissant de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté :
- le dossier d'enquête publique unique, tel que mentionné à l'article L. 123-6 du code de l'environnement est insuffisant et incomplet ;
* il ne comportait pas l'ensemble des pièces prévues à l'article R. 123-8 du code de l'environnement : il ne comportait pas d'étude d'impact ; le projet aurait dû être soumis à un examen au cas par cas au titre de l'article R. 122-2 du code de l'environnement puisque le projet ne consiste pas à une renaturation mais à une dénaturation qui va conduire à une destruction de la végétation, qu'il s'étend sur un linéaire de 2 400 mètres et que le linéaire en amont du seuil sera supprimé à minima sur 275 mètres soit sur une longueur supérieure à 100 mètres, que le dossier soumis à enquête publique mentionne 255 mètres d'enrochement à réaliser conduisant à une artificialisation substantielle ; que l'une des variantes du projet n'a pas été insérée dans le dossier d'enquête publique et n'a pas été présentée à l'autorité préfectorale ; que certaines espèces protégées ont volontairement été soustraites du périmètre du projet et que cette omission a de graves répercussions sur l'environnement et les milieux naturels ;
* le dossier de l'enquête publique méconnaît les dispositions de l'article R. 214-99 du code de l'environnement, la justification de l'intérêt général du projet étant imprécise et insuffisante ;
* le dossier est lacunaire s'agissant de la participation aux dépenses : si la liste des catégories de personnes publiques appelées à participer au projet est identifiable, la proportion de leur participation aux dépenses est imprécise, les critères retenus pour fixer les bases de répartitions des dépenses ne sont pas mentionnés de même que les éléments et modalités de calcul de ces participations ;
* le dossier est également insuffisant au regard de l'article R. 112-4 du code de l'expropriation, il ne comporte pas de données financières précises et ne prend pas en compte certaines dépenses ; les données financières sont incohérentes ce qui a été relevé dans le rapport du commissaire enquêteur ;
* le dossier d'enquête publique ne comporte pas l'avis des domaines en méconnaissance des dispositions de l'article R. 1211-3 du code général de la propriété des personnes publiques ; cette omission prive le public de la possibilité de connaitre l'estimation sommaire et globale des biens dont l'acquisition est nécessaire à la réalisation des travaux et nuit à l'information complète de la population ; cette omission entache l'arrêté en litige d'une irrégularité substantielle ; l'estimation des coûts est sous-estimée ; les différences entre les montants annoncés sont susceptibles d'avoir induit les autorités consultées et le public en erreur ; le dossier n'est pas sincère s'agissant du volet financier du projet ;
- la procédure de concertation préalable est irrégulière ; la délibération du 6 décembre 2022 fixant les dispositions prises pour réaliser cette concertation n'a pas été jointe au dossier d'enquête publique ; il est impossible de vérifier que les modalités de cette concertation ont été définies par l'autorité compétente ; le public n'a pas été mis à même de s'assurer que le conseil municipal de la commune de Saint-Romain-en-Gier a exprimé un avis favorable à l'organisation de cette concertation ; la concertation limitée à une durée d'une semaine et à une unique réunion publique était insuffisante eu égard à l'ampleur et aux caractéristiques du projet et à la durée de travaux ;
- le rapport établi par le commissaire enquêteur est incomplet et ne comporte pas les réponses du SyGR aux observations du public ; le commissaire enquêteur a refusé de se prononcer sur certaines questions de droit ; l'avis du commissaire enquêteur est insuffisamment motivé celui-ci n'ayant pas exprimé son opinion personnelle sur chacun des points faisant débat ;
- une demande d'autorisation aurait dû être déposée au titre de l'article L. 411-2 du code de l'environnement ; le maitre d'ouvrage n'a pas justifié d'un intérêt public majeur pour bénéficier d'une dérogation au titre des espèces protégées ;
- l'opération litigieuse est dépourvue d'utilité publique dès lors que son bilan coût / avantage est négatif ;
* le projet porte de nombreuses atteintes à l'environnement, aux paysages et aux milieux naturels, il prévoit la destruction massive d'arbres dans trois des cinq secteurs délimités dont des " arbres remarquables " identifiés dans le nouveau PLU ; le projet porte atteinte à des espaces verts à préserver, sans compensation ; il porte également atteinte à des espèces protégées compte-tenu de la proximité avec un site Natura 2000 ; il va avoir un impact sur les eaux souterraines et conduire à une contamination excessive ce qui entraine des risques pour la sécurité et la salubrité publiques ; l'emprise du projet est comprise dans le périmètre des monuments historiques et il n'est pas démontré que les services instructeurs ont été saisis et qu'ils ont conclu à l'absence d'impact sur les monuments historiques identifiés ; la réalisation d'affouillements dans la zone N identifiée comme à risque d'inondations entraine un risque pour la sécurité publique ; le projet porte atteinte aux conditions de jouissance des biens des requérants alors que l'accès à leur garage sera impraticable dans des conditions sécurisées et que par ailleurs la commune n'est pas desservie par les transports en commun, ; les opérations de travaux vont nécessiter des mouvements de terrain à proximité immédiate de leur habitation qui est ancienne ce qui entraine des risques notamment pour les fondations du bâtiment ; le projet va générer des nuisances visuelles et sonores pendant la phase de travaux et générer une pollution excessive du milieu naturel ; le projet va entrainer des risques pour la sécurité publique en l'absence de stabilisation des nouvelles berges ce qui pourra entrainer des chutes de véhicules par temps pluvieux et rendre l'accès difficile en période nocturne ; l'élargissement du cours d'eau va entrainer des risques pour la salubrité publique par la création de flaques d'eau stagnante et le développement massif de l'ambroisie ce qui sera particulièrement préjudiciable à Mme C qui souffre notamment d'asthme sévère ;
* le coût de l'opération est excessif ;
* les risques engendrés par le projet pour les tiers sont de nature à le priver de son utilité publique puisqu'il va aggraver le risque d'inondation, causer des nuisances et des risques en matière de circulation des engins durant les travaux, porter atteinte à la salubrité publique et que la création d'un sentier piéton en bas de berge, submersible en cas de crue, comporte des risques et n'est pas compréhensible ; le projet porte également atteinte aux espèces protégées et les mesures d'évitement et de réduction mises en place par le porteur de projet sont insuffisantes ;
* le SyGR ne démontre pas la plus-value apportée par le projet à leur propriété.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2025, et un mémoire complémentaire enregistré le 19 février 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que ;
- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie, les requérants ont attendu deux mois après le dépôt de leur requête en annulation, le 2 décembre 2024, pour demander la suspension de l'exécution de l'arrêté en litige ; le caractère d'urgence ne se présume pas ; le projet qui a pour objectifs de restaurer les fonctionnalités morphologiques et écologiques du Gier, de réduire la vulnérabilité inondation sur le cours d'eau et de valoriser ses abords répond à un impératif d'intérêt général significatif ; compte-tenu de cet intérêt général, les requérants ne justifient pas que leur préjudice personnel soit suffisamment grave et immédiat pour caractériser l'urgence à suspendre l'arrêté et donc le projet ;
- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
Par un mémoire enregistré le 17 février 2025, le syndicat mixte du Gier rhodanien (SyGR), représenté par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 500 euros soit mise à la charge solidaire des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie, il n'y a pas de présomption d'urgence à suspendre l'exécution d'une décision portant déclaration d'utilité publique ; la décision en litige n'a ni pour objet, ni pour effet d'autoriser la réalisation des travaux qui ont été autorisés par un arrêté du 9 septembre 2024 aujourd'hui définitif ; un intérêt public s'attache à la réalisation rapide du projet déclaré d'utilité publique qui a pour objet de lutter contre le risque d'inondation dans un secteur où ce risque est avéré et s'est encore réalisé le 17 octobre 2024 ; compte-tenu de cet impératif d'intérêt général significatif, les requérants ne justifient pas que leur préjudice personnel soit suffisamment grave et immédiat pour caractériser l'urgence à suspendre l'arrêté et donc le projet ; les aménagements prévus dans le cadre du projet ont un impact positif sur la protection du bien appartenant aux requérants contre le risque d'inondation ;
- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
Vu :
- la requête enregistrée le 2 décembre 2024 sous le n° 2412294 par laquelle les requérants demande l'annulation de l'arrêté en litige ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lecas, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Rizzato ;
- les observations de Me Gastrein, pour M. C et les autres requérants, qui conclut aux mêmes fins que dans le dernier état de ses écritures par les mêmes moyens qu'elle reprend oralement ;
- les observations de Mme G pour la préfète du Rhône qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures qu'elle développe oralement ;
- les observations de Mme D pour le SyGR, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures qu'elle développe oralement.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 3 octobre 2024, la préfète du Rhône a déclaré d'utilité publique le projet de restauration du Gier à des fins hydrauliques, écologiques et paysagères présenté par le syndicat mixte du Gier rhodanien (SyGR), sur le territoire de la commune de Saint-Romain-en-Gier. M. A C, Mme E F épouse C et M. B C, respectivement usufruitiers et propriétaire d'un bien situé dans l'emprise du projet, demandent au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués tels que susvisés n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 3 octobre 2024. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de cet arrêté doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, verse aux requérants la somme qu'ils demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C et autres la somme demandée par le SyGR au même titre.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative :
5. Les requérants ne justifient d'aucun dépens dans la présente instance. Par suite, et en tout état de cause, les conclusions présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. C et autres est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le SyGR au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, pour les requérants, à la préfète du Rhône et au syndicat mixte du Gier rhodanien (SyGR).
Fait à Lyon, le 21 février 2025.
La juge des référés,
C. Rizzato
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026