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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501411

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501411

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBOUILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 février 2025, M. A C, retenu au centre de rétention de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, avant dire-droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

3°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2025 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions dans leur ensemble :

- la compétence de l'auteur n'est pas établie ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- elles sont entachées d'un vice de procédure au regard des stipulations de l'article 41 de la charge des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles méconnaissent les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article L. 621-1 du même code ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est disproportionnée dans sa durée en l'absence de précédente mesure d'éloignement prise à son encontre et de l'absence de menace à l'ordre public.

Des pièces ont été produites par la préfète du Rhône le 6 février 2024

La présidente du tribunal a désigné Mme Collomb en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

-

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bouillet, représentant M. C, qui indique :

* se désister du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées ;

* conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens en insistant sur le fait que le comportement de l'intéressé ne peut être regardé comme une menace pour l'ordre public en l'absence de condamnation pénale ;

- les observations de la préfète du Rhône, représentée par Mme B, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés ;

- et les observations de M. C, assisté par M. D, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, né le 25 septembre 2006, déclare être entré en France " en 2022 ". Par un arrêté du 3 février 2025, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur la demande de communication du dossier par l'administration :

4. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander () au magistrat désigné () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

5. La préfète du Rhône ayant produit, le 6 février 2025, les pièces relatives à la situation administrative de M. C, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

6. Les décisions attaquées visent les dispositions du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elles font application et relèvent les éléments biographiques pertinents pour cette application en particulier les circonstances que son titre de séjour italien est périmé sans qu'il en ait demandé le renouvellement et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Il ne résulte ainsi ni de la motivation, en l'espèce suffisante, ni des autres pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé, préalablement à l'édiction des décisions en litige, à un examen de la situation personnelle de M. C. Le moyen afférent doit être ainsi écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adressent non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Dès lors, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

8. Toutefois, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

9. M. C soutient qu'il n'a pas été mis à même de faire valoir son point de vue sur la mesure d'éloignement en litige préalablement à son édiction. Il ressort toutefois des pièces du dossier que celui-ci a été entendu par les services de police lors de son interpellation, le 3 février 2025, audition au cours de laquelle il a, notamment, précisé que son permis de séjour italien était " périmé ". Dans ces conditions, et alors qu'il ne fait, en tout état de cause, valoir dans ses écritures ou à la barre aucune élément non déclaré de nature à avoir une incidence sur le sens de cette décision, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

10. En deuxième lieu, selon les termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. ".

11. Il résulte de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-2 à L. 621-7, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'État membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un État membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel État, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet État ou de le réadmettre dans cet État.

12. Pour obliger M. C à quitter le territoire français et fixer le pays de destination sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Rhône s'est fondée sur les motifs tirés de ce que l'intéressé était entré irrégulièrement en France, ne démontrait pas être détenteur d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa obligatoire ni être titulaire d'un passeport en cours de validité. Elle a, à cet égard, relevé que le requérant avait fourni une copie de son titre de séjour italien périmé et qu'après vérification auprès du centre de coopération douanière de Modane, aucune demande de renouvellement n'a été formulée. Si le requérant soutient avoir sollicité en novembre 2024, le renouvellement de son titre de séjour italien et obtenu un rendez-vous pour le mois de juillet 2025, il n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ces allégations. Il ressort, au contraire, des pièces produites en défense et en particulier du procès-verbal de l'audition de l'intéressé, que ce dernier n'avait, à la date de la décision attaquée, entrepris aucune démarche auprès des autorités italiennes afin d'obtenir le renouvellement de son titre dès lors qu'il a indiqué que son titre était " périmé " et devoir aller " en Italie pour faire la demande de renouvellement ". Dans ces conditions, M. C n'établit pas qu'il disposait un droit au séjour en Italie et le moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. M. C se prévaut de l'ancienneté de ses liens avec la France où il est arrivé en 2022 alors qu'il était mineur, de sa prise en charge par les services du conseil départemental de l'Hérault ainsi que de sa scolarité et du suivi de stage dans la restauration. Il n'apporte cependant aucun élément de preuve au soutient de ses allégations alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il est très défavorablement connu des services de police pour avoir commis de nombreux faits délictueux sur le territoire national. Célibataire et sans enfant à charge, il ne justifie d'aucun lien personnel ou familial sur le territoire national et d'aucune perspective d'insertion socio-professionnelle. Il est, par ailleurs, constant que l'intéressé à vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine où sont nécessairement ancrées ses attaches familiales et culturelles. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;/ () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants:/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;/ () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

16. Pour refuser à M. C le bénéfice d'un délai de départ volontaire, la préfète du Rhône a relevé que son comportement représentait une menace pour l'ordre public et qu'il existait un risque de soustraction à la mesure d'éloignement, en application des dispositions du 1° et du 3° de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour démontrer l'existence de ce risque de soustraction, l'autorité administrative a fait application des dispositions du 4° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant que le requérant, qui a déclaré lors de son audition ne pas vouloir retourner en Tunisie, ne peut justifier ni d'un hébergement stable et établi ni de la réalité de ses moyens d'existence dès lors qu'il a déclaré, lors de son audition, être sans domicile et sans ressources mais être " aidé par des copains et donner des coups de mains sur les marchés et les chantiers ".

17. Le requérant conteste, d'une part, l'existence d'une menace pour l'ordre public en relevant, à la barre, qu'aucune condamnation pénale n'a été prononcée à son encontre. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de six signalements pour des faits de menaces de crime, violence avec usage ou menace d'une arme, vol aggravé, détention de stupéfiants, transport d'arme prohibé de catégorie D. Eu égard à la gravité de ces faits commis entre le mois de mai 2023 et le mois d'avril 2024, à leur caractère récent et réitéré, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la préfète du Rhône a pu estimer que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. Le moyen doit, par suite, être écarté.

18. Le requérant se prévaut, d'autre part, de l'ancienneté de ses liens avec la France où il est arrivé alors qu'il était mineur et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Il n'apporte toutefois aucun élément permettant de remettre utilement en cause les motifs de la décision attaquée s'agissant du risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'autorité préfectorale était fondée à considérer que l'intéressé présentait un tel risque, et lui a, en conséquence, refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

19. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

21. D'une part, il est constant que M. C, qui fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai départ volontaire, relève du champ d'application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne soutient ni même n'allègue justifier de circonstances humanitaires au sens de ces dispositions. D'autre part, pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire national, la préfète du Rhône a pris en compte l'ensemble des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant que l'intéressé avait déclaré être entré en France en 2022, qu'il ne justifie pas y avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux et que s'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il n'en demeure pas moins que son comportement délictueux est constitutif d'une menace grave et avérée pour l'ordre public. Le requérant conteste ces motifs en soutenant qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, dès lors qu'il n'a pas été condamné pour les faits qui lui sont reprochés. Il est toutefois constant qu'il n'en conteste pas l'imputabilité et l'absence de condamnation n'affecte pas la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas méconnu les dispositions citées au point précédent de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur d'appréciation et cette mesure ne présente pas un caractère disproportionné, la durée totale de l'interdiction de retour n'excédant pas, de surcroît, la durée de cinq ans.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie conséquence, ses conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

La magistrate désignée,

C. COLLOMB

La greffière,

F. GAILLARD

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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