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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501448

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501448

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 février 2025, M. B A, retenu au centre de rétention de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, avant dire-droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

3°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2025 par lequel le préfet de la Drôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions dans leur ensemble :

- l'auteur des décisions n'avait pas compétence pour édicter ces mesures

- elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation compte tenu des circonstances particulières de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle et familiale.

Des pièces ont été produites par le préfet de la Drôme les 6 et 7 février 2024

La présidente du tribunal a désigné Mme Collomb en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

-

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bouillet, représentant M. A, qui indique :

* se désister du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées ;

* conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens en insistant sur le fait qu'en l'absence d'évaluation objective du comportement de l'intéressé, les rapports de l'assistante sociale produits en défense sont insuffisants pour établir l'existence d'une menace à l'ordre public alors, au demeurant, qu'aucune condamnation n'a été prononcée à son encontre pour les faits qui lui sont reprochés ;

- les observations de Me Goirand, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de la Drôme, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

- et les déclarations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, né le 2 février 2007, déclare être entré en France à une date indéterminée alors qu'il était mineur. Par une ordonnance du 15 mars 2023, le tribunal de grande instance de Nice l'a confié à l'aide sociale à l'enfance du département de la Drôme alors qu'il était âgé de plus de seize ans. Le 12 novembre 2024, le requérant a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 février 2025, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Drôme a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur la demande de communication du dossier par l'administration :

4. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander () au magistrat désigné () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

5. Le préfet de la Drôme ayant produit, les 6 et 7 février 2025, les pièces relatives à la situation administrative de M. A, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

6. En premier lieu, les décisions attaquées visent les dispositions du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elles font application et relèvent les éléments biographiques pertinents pour cette application. Elles sont ainsi suffisamment motivées.

7. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Drôme n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A.

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".

9. Pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Drôme s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé a été inscrit au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste. Il s'ensuit que le préfet de la Drôme doit être regardé comme s'étant fondé sur la circonstance que M. A représente une menace pour l'ordre public.

10. Il ressort des pièces du dossier que A a été définitivement exclut du lycée Albert Triboulet de Romans-sur-Isère, par une décision du conseil de discipline du 15 novembre 2023 pour " atteinte aux valeurs de la laïcité, attitude provocatrice et sexiste " et que établissement, comme l'organisme de formation IFRIA au sein duquel il a entamé un CAP " transformation des produits alimentaires " en février 2024 avant de rompre volontairement le contrat d'apprentissage signé avec la boulangerie " Aux délices de Romans " dans le cadre de cette formation au mois de septembre suivant, ont signalé au rectorat en raison de son attitude provocatrice, de sa contestation de l'autorité de ses professeures et de propos sexistes tenus à leur encontre. Les cinq rapports de situation établis par l'association Pluriels, structure à laquelle le requérant a été confié pendant sa minorité, font, en particulier, état de différents faits alertant et une mesure conservatoire lui interdisant l'accès au lycée jusqu'au conseil de discipline avait d'ailleurs été prise à son encontre le 18 octobre 2023. Ces rapports permettent, en outre, d'établir une dégradation inquiétante de la situation avec un risque de passage à l'acte. Il est ainsi fait état, dans le rapport daté du le 27 janvier 2025, d'un échange avec la coordinatrice de l'IFRIA du 22 janvier 2025 faisant état de ce que M. A " tient des propos extrêmes à l'égard des femmes et de la France en général et plusieurs élèves se sont plaints du comportement insultant, agressif et violent de sa part. Il est également suspecté d'endoctrinement religieux auprès d'une élève en difficulté familiale. De plus, l'un de ses professeurs l'a surpris avec du cannabis en classe sans qu'il s'en cache ". Le service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Drôme a également signalé son comportement aux services de la préfecture en indiquant que le requérant avait proféré, à plusieurs reprises, des menaces de mort et de violence contre ses éducateurs et que le service a porté plainte contre lui à deux reprises les 21 octobre et 6 décembre 2024. Le service éducatif a pris l'habitude de ne jamais le laisser un encadrant seul avec lui " dans la crainte d'un passage à l'acte ". La violence de son comportement a été également signalée par son agence bancaire qui a clôturé son compte à " la suite de graves incidents survenus à deux reprises " en son sein. Le rapport de situation établi par l'association Pluriels le 27 janvier 2025 fait également état de témoignages récents " d'un certain nombre de jeunes " concernant " une consommation de drogue dure " par le requérant qui a volontairement mis fin au suivi psychologique dont il bénéficiait après seulement deux rendez-vous avec un thérapeute. En se bornant à faire état de sa situation familiale, de son parcours scolaire en France et de ses démarches pour trouver un nouvel employeur afin de reprendre sa formation en CAP pour devenir boulanger, M. A ne conteste pas sérieusement ces éléments. Par suite, eu égard à la précision des faits mentionnés dans les pièces produites en défense, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Drôme a pu estimer que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. Le moyen doit, par suite, être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. A se prévaut de son arrivée en France à l'âge de seize ans, de sa scolarisation et de sa volonté d'intégration professionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant n'est présent sur le territoire national que depuis deux ans environ. Célibataire et sans enfant à charge, il ne justifie d'aucune attache familiale ou personnelle ni de perspective d'insertion socio-professionnelle. Par ailleurs, il est constant que M. A a passé l'essentiel de son existence dans son pays d'origine où réside encore sa petite sœur et une partie de sa famille. De surcroît, il n'établit, ni même n'allègue qu'il ne pourrait poursuivre son parcours d'insertion professionnelle en Guinée où il a débuté sa scolarité et dispose nécessairement d'un ancrage culturel et social. Dans ces conditions, le préfet de la Drôme n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis en l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, selon l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / (.)

3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français () est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ".

14. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet de la Drôme a relevé que l'intéressé, qui s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, ne présente aucun élément qui pourrait justifier un droit au séjour au sens de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. M. A se prévaut de la particularité de sa situation personnelle en relevant qu'il est arrivé en France alors qu'il était encore mineur, qu'il a été confié au service de l'aide social à l'enfance de la Drôme par un jugement du tribunal judiciaire de Nice et de la circonstance qu'il a suivi une scolarité entre juin et novembre 2023 et est inscrit en CAP " transformation des produits alimentaires " mais avoir dû interrompre son contrat en raison de la distance entre son lieu de travail et celui de son hébergement. Il ressort toutefois de ce qui a été dit précédemment que le préfet de la Drôme a nécessairement pris en compte ces éléments et estimé qu'ils n'étaient pas nécessaires pour justifier un droit au séjour en application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, alors, au demeurant que M. A ne conteste pas, par ailleurs, relever du cas prévu par les dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lequel l'autorité préfectorale pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Drôme aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 du présent jugement, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

16. Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 dudit code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :

: 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Selon l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ();

/ 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour()".

17. Il résulte des termes de la décision litigieuse, prise aux visas de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que celle-ci est motivée par la circonstance que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public. En se bornant à faire valoir que les faits reprochés sont insuffisants pour caractériser une telle menace, le requérant ne démontre pas que le préfet de la Drôme aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que les faits précédemment relevés, au titre desquels le requérant n'apporte, au demeurant, aucune précision, caractérisent une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant dès lors que l'autorité préfectorale a fondé sa décision sur les seules dispositions du 1°de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur celles du 3° de cet article auxquelles renvoient l'article L. 612-3.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

19. D'une part, il est constant que M. A, qui fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai départ volontaire, relève du champ d'application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Eu égard à ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle du requérant, le préfet de la Drôme qui s'est fondé sur la circonstance que le comportement de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public et pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas fait, en l'absence de circonstances humanitaires, une inexacte application des dispositions précitées en interdisant à l'intéressé de retourner sur le territoire français, ni pris une mesure disproportionnée au regard de sa situation personnelle, en fixant la durée de celle-ci à trois ans.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie conséquence, ses conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

La magistrate désignée,

C. COLLOMB

La greffière,

F. GAILLARD

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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