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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501452

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501452

lundi 17 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGOUY-PAILLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 13 février 2025, M. A D, représenté par Me Gouy-Paillier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2025 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ne sont pas suffisamment motivées en fait ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions refusant de lui accorder un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions refusant de lui accorder un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant trois ans :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions refusant de lui accorder un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Des pièces, enregistrées le 13 février 2025, ont été produites en défense par la préfète du Rhône.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, première conseillère.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 février 2025 :

- le rapport de Mme Gros ;

- les observations de Me Gouy-Paillier, représentant M. D, qui reprend les termes des écritures présentées pour le compte du requérant et précise que celui-ci est arrivé mineur en France en 2014 à la suite du décès des membres de sa famille dans un accident de voiture, qu'il a obtenu un CAP Chaudronnerie, qu'il a exercé divers emplois sous couvert des titres de séjour qui lui ont été délivrés et a également travaillé en détention comme cariste, ce qui lui a valu de bénéficier d'une réduction de peine importante, relativisant la menace à l'ordre public invoquée par la préfète du Rhône, et qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine, où il craint, en outre, d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en raison de sa bisexualité ;

- les observations de M. D, qui revient sur son parcours et les faits de violence commis sur la mère de ses enfants, fait état de son désir de renouer contact avec ses enfants à sa sortie de prison et évoque le conflit en cours dans le sud-ouest du Cameroun dont il est originaire ;

- et les observations de M. B, pour la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête aux motifs que les décisions attaquées sont suffisamment motivées, que M. D ne peut obtenir la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle ni le renouvellement de la carte de séjour temporaire dont il était titulaire dès lors, d'une part, qu'il ne remplit plus les conditions prévues à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence notamment de tout élément sur ses perspectives d'insertion professionnelle comme sur les liens entretenus avec ses enfants, sur lesquels il n'exerce plus l'autorité parentale, et, d'autre part, qu'il constitue une menace pour l'ordre public, que dans ces conditions, et alors que le requérant n'établit pas être isolé au Cameroun, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que le refus de délai de départ volontaire est fondé sur la menace à l'ordre public que représente la présence de l'intéressé en France et, enfin, que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans prononcée à son encontre revêt, en l'espèce, un caractère proportionné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant camerounais né le 25 mai 1998, demande l'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2025 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

4. Dans l'arrêté attaqué, la préfète du Rhône rappelle la date d'entrée en France de M. D et l'historique de sa situation administrative. Elle indique qu'il ne remplit pas les conditions pour obtenir la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle ni le renouvellement de la carte de séjour temporaire dont il était titulaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'une part, qu'il est séparé de la mère de ses enfants, à l'éducation et à l'entretien desquels il ne justifie pas contribuer, et, d'autre part, que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public au regard de ses diverses condamnations pénales, précisément énumérées. La préfète du Rhône ajoute que M. D peut, ainsi, en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, décision ne portant pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni ne contrevenant à l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, pour les raisons précédemment évoquées. L'arrêté attaqué mentionne, ensuite, qu'au regard de son comportement de l'intéressé, constitutif d'une menace pour l'ordre public, et après un examen approfondi de sa situation personnelle, il a paru justifié de faire application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Il précise, par ailleurs, que M. D n'établit pas que sa vie ou sa liberté serait menacée ou qu'il serait exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le Cameroun. Enfin, après avoir relevé l'absence de circonstances humanitaires, la préfète du Rhône fait état des circonstances l'ayant conduit, après examen de l'ensemble des critères fixés par la loi, à prononcer, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans à l'encontre de l'intéressé, à savoir l'absence de vie privée et familiale stable et intense en France et l'existence d'une menace pour l'ordre public. Ainsi, et contrairement à ce que soutient le requérant, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de fait, comme de droit, qui en constituent le fondement et sont, par suite, suffisamment motivées.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 433-4 du même code : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli () sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : / 1° Il justifie de son assiduité, sous réserve de circonstances exceptionnelles, et du sérieux de sa participation aux formations prescrites par l'Etat dans le cadre du contrat d'intégration républicaine conclu en application de l'article L. 413-2 ; / 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. / La carte de séjour pluriannuelle porte la même mention que la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. ".

6. Il est constant que M. D est arrivé en France à l'âge de seize ans et qu'il a été mis en possession, à sa majorité, de titres de séjour portant la mention " étudiant ", puis " vie privée et familiale ". Toutefois, le requérant ne peut se prévaloir d'une insertion réussie dans la société française, ayant, notamment, été condamné à trois reprises, les 3 décembre 2020, 14 février 2022 et 19 août 2024, pour des faits de violences commis sur ses anciennes compagnes, parfois en présence de mineurs. S'il est père de deux enfants mineurs, nés en 2017 et en 2020 de son union avec Mme C, ressortissante nigériane titulaire d'une carte de résident en qualité de réfugiée, il n'exerce plus l'autorité parentale à leur égard et ne justifie pas de sa contribution à leur éducation et à leur entretien ni même de l'intensité et de la stabilité des liens les unissant, alors qu'il ne vit plus auprès d'eux depuis plusieurs années, ayant interdiction d'entrer en contact avec leur mère conformément au jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 14 février 2022, qu'il a été incarcéré à deux reprises depuis cette date et qu'il n'établit pas exercer le droit de visite en lieu neutre qui lui a été accordé à raison de deux heures par mois par la juge aux affaires familiales dans son jugement du 7 septembre 2023. Par ailleurs, M. D n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales au Cameroun. Dans ces conditions, la préfète du Rhône a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que le requérant ne remplissait plus les conditions posées par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 3 décembre 2020 à 9 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence sur Mme C commis le 20 mai et le 17 juin 2020, en présence, pour les derniers, de leur fils F, alors âgé d'un mois seulement, par un jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 14 février 2022 à 18 mois d'emprisonnement dont 6 assortis du sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de violence sur Mme C commis au mois de décembre 2021, en présence du fils de celle-ci, Prince, âgé de 6 ans, et le 7 février 2022, d'une part, et pour des faits de vol dans un local d'habitation commis le 8 février 2022, d'autre part, par un jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 23 août 2022 à 300 euros d'amende pour des faits de recel de bien provenant d'un vol commis le 10 février 2022 et, enfin, par un jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 19 août 2024 à 8 mois d'emprisonnement pour des faits de violence commis le 16 août 2024 sur sa nouvelle compagne, Mme E, cette dernière condamnation ayant entraîné la révocation à hauteur de 4 mois du sursis probatoire dont il bénéficiait. Compte-tenu de la gravité des faits commis, et de leur caractère réitéré, la préfète du Rhône a pu considérer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que la présence en France de M. D constituait une menace pour l'ordre public faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour en application des dispositions précitées, alors même que l'intéressé s'est vu accorder, le 13 janvier 2025, une réduction de peine de six mois.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

10. Ainsi qu'il a été dit plus haut, M. D ne remplit pas les conditions pour obtenir le renouvellement de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de renouvellement de ce titre de séjour serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, à défaut de saisine de la commission du titre de séjour.

En ce qui concerne la décision obligeant M. D à quitter le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

12. En premier lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

13. En l'espèce, M. D a sollicité la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle ou, à défaut, le renouvellement de la carte de séjour temporaire dont il était titulaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 19 décembre 2022. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'aurait pas eu la possibilité de faire état de tous éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle qu'il jugeait utile pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce que le requérant aurait été privé de son droit d'être entendu doit être écarté.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

16. Pour les motifs exposés aux points 6 et 8 ci-dessus, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaîtrait, ainsi, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder à M. D un délai de départ volontaire :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni, en tout état de cause, de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

19. Ainsi qu'il a été dit plus haut, le comportement de M. D constitue une menace pour l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

20. En troisième lieu, pour les motifs exposés aux points 6 et 8 ci-dessus, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaîtrait, ainsi, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni, en tout état de cause, de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

22. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitement inhumains ou dégradants ".

23. Si M. D évoque à l'audience le conflit armé se déroulant dans la région du sud-ouest du Cameroun dont il déclare être originaire, il n'apporte aucun élément relatif à sa situation personnelle permettant de penser qu'il courrait, à ce titre, un risque réel de subir une menace grave et directe contre sa vie ou sa personne, alors qu'il ressort de la jurisprudence de la Cour nationale du droit d'asile que le degré de violence aveugle caractérisant ce conflit n'atteint pas un niveau tel que toute personne serait soumise, du seul fait de sa présence sur le territoire concerné, à une telle menace. Le requérant n'établit pas davantage être exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants du fait de sa bisexualité en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision interdisant à M. D de revenir sur le territoire français pendant trois ans :

24. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

25. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ni, en tout état de cause, de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant trois ans.

26. En second lieu, si M. D réside en France depuis l'âge de seize ans, il est célibataire et ne justifie pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de ses deux enfants mineurs, ni même entretenir avec eux des liens intenses et stables. Par ailleurs, sa présence sur le territoire français est constitutive d'une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et alors même que le requérant n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, en lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant trois ans, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

27. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2025 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

28. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. D doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2025.

La magistrate désignée,

R. Gros

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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