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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501584

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501584

mercredi 12 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 février 2025, M. C B demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente pour ce faire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de plein droit sur le fondement de l'article L.423-7 du même code ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle méconnait le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en ce qu'elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille mineure ;

En ce qui concerne le refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- il méconnait l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait les articles L.612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle porte atteinte à sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle est disproportionnée.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Isère qui n'a pas produit d'observations en défense, mais qui a produit des pièces le 10 février 2025.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Journoud, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures à juge unique prévues par les articles L. 921-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 février 2025 :

- le rapport de Mme Journoud, magistrate désignée ;

- les observations de Me Brocard, représentant M. B qui est présent et qui n'a pas sollicité l'assistance d'un interprète, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui précise en outre que l'enfant de M. B est de nationalité française et est placée depuis l'âge de 4 ans mais que son client bénéficie d'un droit de visite. Elle indique par ailleurs que l'arrêté attaqué mentionne l'existence d'une précédente obligation de quitter le territoire français en décembre 2024 dont l'existence n'est pas établie et que l'arrêté attaqué comporte plusieurs erreurs de fait et notamment celle-ci venant impacter le respect des critères pour prendre une interdiction de retour. Elle confirme que M. B a en revanche exécuté l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours qui lui a été opposée le 29 juillet 2022.

- les observations de M. B qui répond aux questions de la magistrate désignée en français et qui indique qu'il a voulu renouveler son titre de séjour à son retour sur le territoire français en septembre 2022 mais que l'autorité administrative lui a opposé l'existence de cette précédente mesure d'éloignement excluant l'enregistrement de sa demande. Il indique que sa fille âgée de 10 ans est placée depuis qu'elle a l'âge de 4 ans car la mère de l'enfant n'avait pas de domicile et que sa situation au regard du séjour a été jugée trop précaire par le juge des enfants ayant prononcé la mesure de placement. Le requérant indique qu'il n'a pas vu sa fille depuis 2022 mais qu'il a conservé l'autorité parentale, il précise que à chaque fois qu'il a vu sa fille depuis son placement en famille d'accueil c'était dans le cadre de visites médiatisées, en restant totalement évasif sur la fréquence de ces visites et de ses droits. S'agissant de son comportement pénal M. B indique qu'il n'a commis que des vols durant la période où il ne travaillait pas et où il était sans titre de séjour. Il justifie son comportement par sa situation de précarité.

- et les observations de Me Tomasi, représentant la préfète de l'Isère, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé. Il précise en outre que M. B est très défavorablement connu des services de police et qu'il a fait l'objet de 13 signalements au fichier du traitement des antécédents judiciaires pour des faits de vols par effraction, vol à l'étalage, recel, détention et usage de stupéfiants, et des délits routiers dont l'un d'eux a eu pour conséquence des blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois et plusieurs infractions de conduite sans assurance. Enfin, il indique que M. B n'établit ni la nationalité française de sa fille, ni qu'il exerce l'autorité parentale et subvient effectivement à ses besoins.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 28 juin 1993 à Ghris Mascara (Algérie), déclare être entré en France pour la dernière fois le 23 septembre 2022. M. A a bénéficié d'un certificat de résidence algérien valable du 17 mai 2017 jusqu'au 16 mai 2018 dont il demandé le renouvellement. Par un arrêté du 29 juillet 2022, la préfète de l'Isère a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. B a été interpellé et placé en garde à vue le 5 février 2025 pour des faits de vol à l'étalage. Par un nouvel arrêté, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Isère a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature accordée par la préfète de l'Isère par un arrêté du 25 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour et produit en défense. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté en ce qu'il manque en fait.

4. En deuxième lieu, il résulte des termes de la décision en litige qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et notamment les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B conformément à ses déclarations lors de son audition du 5 février 2025. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que la préfète de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière personnelle du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. /Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

7. M. B soutient qu'il ne saurait faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit en qualité de parent d'un enfant français, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile. Toutefois, si M. B justifie du fait qu'il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien valable du 17 mai 2017 jusqu'au 16 mai 2018 dont il a demandé le renouvellement, d'une part, le requérant lui-même indique avoir fait l'objet d'une décision de refus de renouvellement de son titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours qu'il aurait exécuté, et d'autre part, il ne produit aucune pièce relative à sa fille permettant notamment d'établir sa nationalité française, ni même les liens qu'il entretient avec elle. De surcroit, ni les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni même les stipulations du 4°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne privent l'autorité administrative compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a été signalisé à 13 reprises pour des faits de vol par effraction, vol à l'étalage, recel de biens provenant d'un vol, conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance, blessures involontaires ayant entrainé une incapacité inférieure à trois mois par un véhicule terrestre à moteur, détention et usage de stupéfiants. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé interpellé le 5 février 2025 pour des faits de vol à l'étalage dans une boutique de cosmétiques et dont le montant du préjudice s'élève à 717,10 euros pour lequel il est poursuivi et convoqué en audience correctionnelle au tribunal judiciaire de Grenoble le 26 juin 2025. Dans ces conditions, la préfète de l'Isère a pu valablement considérer que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, laquelle s'opposait ainsi, en tout état de cause, à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit susceptible de faire obstacle à l'éloignement de M. B. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Si M. B soutient qu'il est père d'une enfant de nationalité française vis-à-vis de laquelle il n'a pas perdu l'autorité parentale, comme cela a été dit au point 7 du présent jugement, il ne produit aucun élément permettant ni d'établir la nationalité française de sa fille, ni s'il a conservé des liens avec elle et s'il subvient à ses besoins alors même que l'intéressé indique lui-même en audience qu'il n'a pas vu sa fille depuis son retour sur le territoire en septembre 2022. En outre, il ressort du procès-verbal d'audition du 5 février 2025 produit en défense que M. B n'évoque à aucun moment la nationalité de sa fille, se bornant à indiquer qu'elle est née en France, et précise qu'il n'en a pas la charge. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que M. B est célibataire, qu'il est entré en France pour la dernière fois le 23 septembre 2022 soit récemment, qu'il ne justifie pas de lien stables et intenses avec sa fille qui réside en France, placé dans une famille d'accueil selon ses déclarations à l'audience et qu'il n'a pas vu depuis plus de deux ans. M. B qui déclare également la présence d'un oncle en France qu'il voit peu, n'est pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans, où résident ses deux parents, sa sœur et ses deux frères. Enfin, si M. B produit des éléments relatifs à sa situation professionnelle antérieure à sa dernière entrée en France, il indique clairement durant son audition qu'il est sans emploi depuis septembre 2022 et ne justifie à ce titre d'aucune insertion socio-professionnelle valable à la date de la décision contestée ni à la date à laquelle le tribunal statut. Dans ces conditions, en prenant la décision en litige la préfète de l'Isère n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées et le moyen doit être écarté.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent du présent jugement, la préfète de l'Isère n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de celle-ci sur la situation personnelle de M. B. Par, suite le moyen doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Ainsi qu'il a été dit précédemment, notamment aux points 7 et 9 du présent jugement, M. B ne produit aucun élément permettant d'établir la nationalité française de sa fille mineure, ni de justifier des liens qu'il entretiendrait avec elle alors même qu'il déclare à l'audience que sa fille est placée en famille d'accueil depuis l'âge de 4 ans et qu'il ne l'a pas vue depuis qu'il est revenu sur le territoire français en septembre 2022. Par suite, la préfète de l'Isère n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

14. En l'espèce, il ressort des termes de la décision en litige que pour refuser à M. B le bénéfice d'un délai de départ volontaire, la préfète de l'Isère s'est notamment fondée sur les dispositions du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui n'est au demeurant pas en mesure de justifier de son adresse déclarée à Grenoble, a par ailleurs expressément indiqué durant son audition qu'il refuserait de se conformer à la mesure d'éloignement susceptible d'être prise à son encontre. Par suite, l'autorité préfectorale était fondée à considérer que l'intéressé présentait un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, et en conséquence à lui refuser le bénéfice d'un délai de départ volontaire. En outre, la préfète de l'Isère s'est également fondée sur le 1° de l'article L.612-2 du même code et compte-tenu de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement, le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public et justifiait également que le bénéfice d'un délai de départ volontaire lui soit refusé.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

17. M. B s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre. Dès lors, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Isère a fixé la durée de l'interdiction de retour au regard de l'ensemble des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité et a ainsi suffisamment motivé sa décision. Elle a notamment relevé que l'intéressé représentait une menace à l'ordre public et qu'il ne justifiait pas de l'intensité et de la réalité de ses liens sur le territoire français. Si l'intéressé soutient que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'il n'a été signalé que pour des faits mineurs et qu'il n'a jamais été poursuivi, il ressort néanmoins des pièces du dossier qu'il est défavorablement connu des service de police en tant que mis en cause pour des faits répétés de vol par effraction, vol à l'étalage, recel de biens provenant d'un vol, détention et usage de stupéfiants, ainsi que pour des délits routiers dont l'un d'eux a eu pour conséquence des blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois et plusieurs infractions de conduite sans assurance. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a été interpellé et placé en garde à vue le 5 février 2025 pour des faits de vol à l'étalage de produits cosmétiques dont le montant du préjudice s'élève à 717,10 euros et qu'il est poursuivie pour ces faits et convoqué devant le tribunal correctionnel de Grenoble le 25 juin 2025. Enfin, les circonstances que M. B a exécuté l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet le 29 juillet 2022 et que la décision en litige mentionne par erreur une précédente mesure du 12 décembre 2024, ne suffisent pas à considérer, au cas d'espèce, que la préfète de l'Isère aurait dû ne pas assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, la préfète de l'Isère n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni méconnu les dispositions précitées en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour en France faite à l'intéressé, cette durée n'apparaissant pas disproportionnée en l'espèce.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, de même que ses conclusions formulées au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.

La magistrate désignée,

L. Journoud

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière.

N°2501584

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