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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501614

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501614

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501614
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantLAUBRIET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 février 2025, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry n°2, représenté par Me Bescou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

3°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2025 par lequel le préfet de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Allier de réexaminer sa situation et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- le préfet devra justifier de la délégation de signature de l'auteur de l'arrêté contesté ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation, révélant un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en se fondant sur le seul motif de son incarcération et de son interdiction d'entrer en contact avec son épouse pour conclure qu'il ne contribuait pas à l'entretien ni à l'éducation de son enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en méconnaissance de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait en se fondant sur la seule condamnation prononcée le 7 novembre 2024 pour considérer qu'il représente une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public français et que son identité est connue de l'administration et qu'il dispose d'un hébergement stable et pérenne ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans :

- elle est dépourvue de toute motivation en fait, aucun examen des critères fixés par les textes n'a été opérée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, en méconnaissance articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2025, le préfet de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Le Roux en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bescou, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, en abandonnant les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et du défaut de motivation des décisions attaquées, à l'exception de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ; il requalifie le moyen fondé sur les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en le fondant sur les dispositions de l'article L. 423-7 du même code ; il insiste sur l'erreur de droit et l'erreur de fait entachant la décision refusant de délivrer un titre de séjour au requérant, qui se fonde sur la menace à l'ordre public que constituerait son comportement pour estimer qu'il ne contribue pas à l'entretien et à l'éducation de son enfant, malgré toutes ses tentatives empêchées en ce sens, notamment lors de son incarcération et en application de la décision judiciaire d'interdiction d'entrer en relation avec son épouse ; concernant la menace pour l'ordre public que constituerait le comportement de M. B, il précise que son comportement a été exemplaire en détention, qu'il a pris conscience des faits et a rejoint des groupes de parole en conséquence et qu'il n'a pas réitéré son comportement et respecte les condamnations prononcées à son encontre depuis sa sortie de détention ; s'agissant de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, il fait valoir que M. B respectait l'ensemble des obligations de son assignation à résidence au domicile de son frère et qu'il ne pouvait pas lui être reproché l'absence d'exécution de son obligation de quitter le territoire, alors qu'il tentait de régulariser sa situation, ni l'absence de détention de son passeport, alors que la préfecture était informée qu'il devait lui être remis le 17 février 2025, et ajoute que les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables à sa situation, dès lors qu'il a sollicité un titre de séjour ; il insiste sur la disproportionnalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, qui est entachée d'un défaut de motivation ;

- les observations de Me Tomasi, représentant le préfet de l'Allier, qui écarte l'ensemble des moyens soulevés et insiste sur la menace à l'ordre public que constitue le comportement du requérant, qui n'établit en tout état de cause pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant par les quelques pièces produites à l'instance ; il précise que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire au requérant est fondée implicitement sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne présente en tout état de cause pas de garanties de représentation suffisantes en l'absence de domicile stable et établi en application de la décision judiciaire d'interdiction d'entrer en contact avec son épouse avec laquelle il résidait ;

- et les observations de M. B, requérant, qui confirme avoir voulu envoyer de l'argent à son enfant à plusieurs reprises lors de son incarcération et vouloir désormais pouvoir voir et garder contact avec son enfant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 1er août 1995, est entré en France en 2019, selon ses déclarations, et a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 février 2025 par lequel le préfet de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation administrative de M. B, placé en centre de rétention administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la demande de communication du dossier par l'administration :

3. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ".

4. Le préfet de l'Allier ayant produit le 12 février 2024 les pièces relatives à la situation administrative de M. B, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".

6. En l'espèce, il est constant que M. B est père d'un enfant de nationalité française, né le 5 mai 2024. S'il soutient qu'il résidait auprès de son épouse et de leur enfant jusqu'à son placement en détention à compter du 18 septembre 2024, il ne produit toutefois aucun document permettant d'attester de cette situation. En outre, il ressort du jugement correctionnel du 7 novembre 2024, que le tribunal correctionnel de Cusset a reconnu le requérant coupable de faits de violences habituelles suivies d'incapacité supérieure à 8 jours commis sur son épouse du 1er juillet 2023 au 12 août 2024, notamment, un jour, en l'étranglant, lui donnant des coups de pieds et des coups de genoux dans les côtes alors qu'elle était enceinte. Il s'ensuit que, en raison de son comportement particulièrement violent à l'encontre de la mère de son enfant, en particulier lorsqu'elle était enceinte de lui, M. B, qui ne produit par ailleurs que deux factures d'achats de vêtements et jouets pour enfants afin de justifier des liens entretenus avec son fils avant son incarcération, ne peut pas être regardé comme contribuant à l'éducation de son enfant depuis sa naissance dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil. De plus, s'il fait valoir qu'il désirait effectuer des virements d'argent à la mère de son enfant lors de son incarcération, afin de subvenir à l'entretien de ce dernier, et que l'administration pénitentiaire l'en a empêché en application de l'interdiction judiciaire qu'il a d'entrer en relation avec sa conjointe, il ressort cependant des pièces qu'il produit à la présente instance que ses demandes de virements datent du 5 décembre 2024 et du 6, du 8 et du 15 janvier 2025, soit plusieurs mois après le début de son incarcération, et alors qu'il a été libéré le 28 janvier 2025, et qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il contribuait à l'entretien et à l'éducation de son enfant avant son placement en détention. Il ne ressort, en outre, pas du courrier de la conseillère pénitentiaire d'insertion et de probation du 24 décembre 2024, lui transmettant quelques nouvelles et photographies de son enfant, ni du courrier non daté et envoyé spontanément par son épouse, qu'il se serait particulièrement enquis de la situation de son enfant durant sa détention. Enfin, les seules circonstances qu'il justifie avoir acheté du lait et des vêtements pour enfant le 4 février 2025, ainsi que des produits de beauté pour femme, et avoir effectué un virement d'un montant de cinquante euros à la mère de son enfant le 6 février 2025, ne sauraient suffire à établir qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant au sens des dispositions précitées des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, d'une part, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour serait entachée d'une erreur de fait, en considérant qu'il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant. D'autre part, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de l'Allier n'a pas commis d'erreur de droit en se fondant uniquement sur les faits de violences commis à l'encontre de sa conjointe et sur les interdictions d'entrer en relation avec elle et de résider dans le département de l'Allier, pour estimer qu'il ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et refuser de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement, dès lors qu'il résulte de ce qui vient d'être exposé que ces faits révèlent une défaillance dans la participation à l'entretien de son enfant. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit entachant la décision de refus de titre de séjour doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance (). ".

8. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers remplissant effectivement les conditions prévues à l'article L. 423-7 du code. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. B n'est pas, contrairement à ce qu'il soutient, au nombre des étrangers pouvant obtenir un titre de séjour mentionné à l'article L. 423-7. Par suite, le préfet n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour, et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Lorsque l'administration oppose le motif de menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à une demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

10. Il est constant que M. B a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Cusset du 7 novembre 2024 à une peine de douze mois d'emprisonnement délictuel, dont quatre avec sursis probatoire pendant deux ans, pour des faits de violences habituelles suivies d'incapacité supérieure à 8 jours commis sur son épouse du 1er juillet 2023 au 12 août 2024, notamment, un jour, en l'étranglant, lui donnant des coups de pieds et des coups de genoux dans les côtes alors qu'elle était enceinte. S'il se prévaut de son comportement en détention et de sa participation aux séances d'un groupe de parole animé par des intervenants du planning familial au centre de détention, et soutient qu'il n'a pas réitéré son comportement violent ou manqué à ses obligations depuis sa sortie de détention, ces circonstances ne permettent pas, à elles seules, et au regard du caractère particulièrement grave et récent des faits qui sont retenus à son encontre, de considérer qu'à la date de la décision attaquée, sa présence sur le territoire français ne constituait pas une menace pour l'ordre public. Par suite, et alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'autres condamnations pénales, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait en se fondant sur la seule condamnation prononcée le 7 novembre 2024 pour considérer qu'il représente une menace à l'ordre public.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est marié avec une ressortissante française le 3 juin 2023, il doit cependant s'abstenir d'entrer en relation avec son épouse et de paraître dans le département de l'Allier, où elle réside, en application du jugement du tribunal correctionnel de Cusset du 7 novembre 2024. Ainsi, au regard des violences commises à l'encontre de son épouse et du jugement correctionnel consécutif, M. B ne peut pas être regardé comme entretenant des liens familiaux particulièrement intenses et stables avec son épouse. De plus, il résulte de ce qui a été exposé au point 6 que, quand bien même il serait empêché dans ses démarches en ce sens, il n'établit pas suffisamment participer à l'entretien ni à l'éducation de son enfant. Il ne se prévaut par ailleurs que de la présence de son frère sur le territoire français, qui l'héberge à Villeurbanne depuis sa levée d'écrou, mais n'apporte aucun autre élément permettant de justifier de l'intensité particulière de leur relation. Le requérant ne saurait, par conséquent, pas être regardé comme possédant des liens personnels et familiaux intenses sur le territoire français. Enfin, il n'apporte aucun élément permettant d'établir la durée et la stabilité de sa résidence sur le territoire français, ni, par la seule production d'une promesse d'embauche en date du 22 octobre 2024, son insertion au sein de la société française. Il ne contredit, en outre, pas les termes de la décision attaquée, selon lesquels il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, une atteinte excessive au regard des motifs du refus opposé, et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

14. Il résulte de ce qui a été exposé au point 6 que M. B ne justifie pas suffisamment participer à l'entretien ni à l'éducation de son enfant. Il s'ensuit que la décision attaquée, qui n'a pas pour effet de séparer l'enfant mineur du requérant du parent qui s'occupe effectivement de lui, ne méconnaît pas les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

16. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".

17. En se bornant à soutenir qu'il aurait été reconnu mineur par le tribunal judiciaire de Nice et aurait été scolarisé en France et confié aux services de l'aide sociale à l'enfance, avant d'effectuer des démarches pour trouver un nouvel employeur, sans produire aucun élément au soutient de sa situation, le requérant n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, il résulte de ce qui a été exposé ci-dessus, que le requérant, qui ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire particulière, ne justifie ni de l'ancienneté de sa présence sur le territoire français, ni de l'intensité particulière des liens qu'il y a créés.

18. En l'absence d'argumentation distincte, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant pourront être écartés respectivement par les mêmes motifs que ceux exposés au points 12 et 14.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

19. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

20. D'une part, contrairement à ce que soutient M. B dans sa requête, il ne ressort pas des termes de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, qui se fonde uniquement sur le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet de l'Allier se serait fondé sur la circonstance qu'il représenterait une menace pour l'ordre public français pour adopter cette décision. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation pour ce motif. D'autre part, la décision litigieuse se fonde sur les points 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, comme le soutient le requérant, les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables à sa situation, dès lors qu'il a sollicité un titre de séjour, il est toutefois constant qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale par la seule production d'une attestation d'hébergement rédigée postérieurement à l'adoption de la décision attaquée, et par une personne qu'il présente comme la conjointe de son frère. En tout état de cause, à supposer qu'il présente des garanties de représentation suffisante, il est constant qu'il n'a pas exécuté la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai adoptée à son encontre le 22 mars 2024. Il résulte de l'instruction que le préfet de l'Allier aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul motif pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que c'est sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation, que le préfet de l'Allier a estimé que le comportement de M. B présentait un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :

21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

22. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. En outre, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

23. Si la décision attaquée vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, elle ne fait cependant état d'aucun des motifs sur lesquels elle fonde cette décision, et notamment pas les considérations propres à justifier le choix de la durée de l'interdiction de retour. M. B est dès lors fondé à soutenir qu'elle n'est pas suffisamment motivée et qu'elle doit, pour ce motif, être annulée.

24. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens dirigés contre cette décision, que M. B est seulement fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Allier a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Le surplus des conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doit être rejeté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

25. D'une part, l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans implique nécessairement mais uniquement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Allier de procéder à cet effacement dans le délai de deux mois sollicité, à compter de la notification de la présente décision. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

26. D'autre part, le présent jugement n'implique aucune autre mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction au réexamen de sa situation sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

27. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bescou, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à celui-ci de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 7 février 2025 par laquelle le préfet de l'Allier a fait interdiction à M. B de retourner sur le territoire français pour une durée de cinq ans est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Allier de procéder à l'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Bescou la somme de 1 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bescou et au préfet de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

La magistrate désignée,

J. Le Roux

La greffière

L. Bon-MardionLa République mande et ordonne au préfet de l'Allier en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.

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