mercredi 12 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2501634 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | GOUY-PAILLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 février 2025, M. A C, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry n°2, représenté par Me Gouy-Paillier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;
3°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- la compétence de l'auteur des décisions attaquées n'est pas justifiée en l'absence de production d'une délégation de signature en ce sens ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne prenant pas en considération les éléments actuels de sa situation personnelle ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux, réel et complet de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, en méconnaissance des articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public français et qu'il présente des garanties de représentation suffisantes ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux, réel et complet de sa situation personnelle ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, en méconnaissance articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- elle présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle.
Des pièces, enregistrées le 11 février 2025, ont été produites par la préfète de l'Isère, représentée par Me Tomasi.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Le Roux en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Roux, magistrate désignée ;
- les observations de Me Gouy-Paillier, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête en abandonnant le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte et en maintenant les autres moyens soulevés par la requête ; concernant le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, il insiste sur l'absence de mention du mariage de M. C avec une ressortissante française ; il précise que son comportement ne peut pas être qualifié de menace pour l'ordre public national à ce stade de la procédure pénale, alors qu'une enquête est toujours en cours, que sa belle-fille n'a pas porté plainte à son encontre et qu'il n'a jamais fait l'objet de signalements avant cette garde à vue ; il ajoute également qu'il présente des garanties de représentation suffisantes, notamment dès lors qu'il réside toujours au domicile de son épouse et que des mesures de placement administratif de sa belle-fille chez son frère ont été prises afin d'éviter tout contact avec le requérant ; concernant l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il précise qu'il est présent depuis cinq ans sur le territoire français, que son mariage est ancien et que son épouse est présente à l'audience ; s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français, il indique que son épouse ne pourra pas facilement lui rendre visite en dehors du territoire français, car elle est mère d'un enfant français de huit ans ;
- les observations de Me Tomasi, représentant la préfète de l'Isère, qui écarte l'ensemble des moyens soulevés et insiste sur l'absence de preuves concernant l'ancienneté et la stabilité de la relation du requérant entre son épouse, ainsi que la menace pour l'ordre public que représente le comportement de M. C ; il précise également que la résidence de M. C n'est pas certaine, dès lors qu'il ne peut plus résider au même domicile que son épouse ;
- les observations de M. C, requérant, assisté de M. B, interprète en langue arabe, qui précise qu'il a toujours considéré les enfants de son épouse comme les siens et qu'aucun autre reproche ne lui a été fait concernant son comportement durant ses cinq ans de résidence en France ;
- et les observations de Mme D, épouse C, qui a indiqué souffrir d'un handicap et avoir besoin de son époux à ses côtés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée par la préfète de l'Isère a été enregistrée le 12 février 2025.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 21 janvier 1995, est entré en France en 2020 selon ses déclarations. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation administrative de M. C, placé en centre de rétention administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la demande de communication du dossier par l'administration :
3. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ".
4. La préfète de l'Isère ayant produit le 11 février 2025 les pièces relatives à la situation administrative de M. C, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
5. L'arrêté en litige mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète de l'Isère s'est fondée pour édicter un tel arrêté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que la préfète de l'Isère aurait omis d'examiner de manière individualisée ou complète la situation de M. C, qui lui était alors soumise. En particulier, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, que l'autorité préfectorale a pris en considération les éléments invoqués par le requérant relatifs à son mariage avec une ressortissante française en 2023, avec laquelle il a déclaré résider. Par suite, c'est à tort que le requérant soutient que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé et serait entaché d'un défaut d'examen préalable, réel et sérieux de sa situation, notamment au regarde de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ".
7. En l'espèce, si M. C justifie s'être marié avec une ressortissante française le 20 mai 2023, il est constant qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il n'a jamais cherché à régulariser sa situation depuis son entrée sur le territoire français. De plus, par la seule production de factures d'eau et d'électricité datées de 2025, ainsi que d'avis d'imposition établis en 2024 au titre des années 2022 et 2023, et alors que l'attestation d'hébergement produite par son épouse ne précise pas depuis combien de temps il réside à son domicile, il n'atteste pas suffisamment du caractère continu et ancien de leur communauté de vie, et il ne produit aucun autre document permettant d'établir l'intensité et la stabilité de leur relation. Dans ces conditions, en l'absence de respect des dispositions précitées du 1° de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, c'est à tort que M. C soutient pouvoir prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en tant que conjoint d'une ressortissante française, de nature à faire obstacle à l'adoption d'une décision portant obligation de quitter le territoire français à son égard. Par ailleurs, si M. C soutient résider sur le territoire français depuis 2020, les pièces qu'il produit, dont la plus ancienne est datée de 2023, ne permettent pas d'établir de telles allégations. Enfin, il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de la majeure partie de son existence, et alors qu'il ressort de son procès-verbal d'audition du 7 février 2025, qu'il a déclaré n'avoir aucune autre famille que son épouse sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision par laquelle la préfète de l'Isère a obligé M. C à quitter le territoire français n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de celui-ci au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de M. C, de sorte que ce moyen doit également être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
10. D'une part, contrairement à ce que soutient M. C dans sa requête, si la décision attaquée indique qu'il a été interpellé pour des faits d'agression sexuelle sur mineur, il ne ressort pas des termes de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, qui est fondée sur la circonstance qu'il existe un risque que M. C se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français adoptée à son encontre et sur les dispositions du 1°, du 4° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la préfète de l'Isère se serait fondée sur la circonstance qu'il représenterait une menace pour l'ordre public français. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir qu'elle aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation pour ce motif. D'autre part, concernant l'absence de garanties de représentation suffisantes, la seule circonstance qu'il soit hébergé par son épouse, qui ne constitue pas un des motifs retenus par la préfète dans sa décision, ne saurait faire obstacle à l'adoption de la décision attaquée, dès lors qu'il ne contredit pas les termes de la décision litigieuse, selon lesquels il ne justifie pas être entré régulièrement en France, il n'a effectué aucune démarche depuis cette date en vue de régulariser sa situation administrative, il est démuni de tout document transfrontière en cours de validité, son nom ne figure pas sur le bail de son hébergement et il ne dispose d'aucune ressource légale propre pour pourvoir à son retour dans son pays d'origine. Il ressort également de son procès-verbal d'audition du 7 février 2025, qu'il a déclaré ne pas compter exécuter une éventuelle mesure d'éloignement adoptée à son encontre. Par ailleurs, il ne fait état d'aucune circonstance particulière au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, en estimant que le comportement de M. C présente un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, la préfète de l'Isère n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.
12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement, et en l'absence d'argumentation distincte sur ce point, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En troisième, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ".
14. M. C a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Il entre ainsi dans les cas prévus au L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour lesquels le préfet doit assortir son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Si l'intéressé se prévaut de sa relation maritale avec une ressortissante française, ces circonstances ne peuvent pas être regardées comme justifiant d'une circonstance humanitaire pour les motifs précédemment exposés. C'est, dès lors, sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet du Rhône a prononcé à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français.
15. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
16. D'une part, il ressort des termes de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, qu'elle se fonde notamment sur la circonstance que le comportement de M. C constituerait une menace pour l'ordre public français, dès lors qu'il a été interpellé par les gendarmes le 7 février 2025 pour des faits d'agression sexuelle sur une mineure de plus de quinze ans par une personne ayant autorité sur elle, à savoir la fille de sa conjointe. S'il ressort du procès-verbal d'audition en garde à vue du 7 février 2025, que M. C a notamment reconnu avoir embrassé la fille de sa compagne dans le cou, il n'a toutefois pas admis les autres faits qui lui étaient reprochés dans le cadre de cette garde à vue. Dans ces conditions, en l'état de l'enquête pénale menée à son encontre et en l'absence de tout antécédent relatif au comportement du requérant, et malgré la gravité des faits reprochés au requérant, la seule circonstance qu'il ait été entendu en garde à vue au stade d'une enquête préliminaire, ne saurait suffire à caractériser son comportement de menace certaine pour l'ordre public français. Par suite en retenant que la présence en France de M. C présenterait une la menace pour l'ordre public, la préfète de l'Isère a entaché la décision portant interdiction de quitter le territoire français d'une durée de deux ans d'une erreur d'appréciation. Toutefois, la préfète a également fondé la décision litigieuse sur deux autres motifs tirés du maintien irrégulier du requérant sur le territoire français depuis son arrivée et de l'absence de liens intenses, stables et anciens qui justifieraient son admission au séjour, ce qui résulte de ce qui a été exposé ci-dessus au point 7. Dans ces conditions, le requérant ne faisant état d'aucune circonstance humanitaire justifiant qu'une interdiction de retour sur le territoire français ne soit pas prononcée à son encontre, la préfète de l'Isère n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, laquelle n'est pas disproportionnée, la durée maximale d'une telle mesure étant fixée à cinq ans. Enfin, dès lors qu'il résulte de l'instruction que la préfète de l'Isère aurait pris la même décision si elle s'était seulement fondée sur ces deux motifs, ou sur l'un ou l'autre d'entre eux, il n'y a pas lieu d'annuler la décision portant interdiction de quitter le territoire français pour une durée de deux ans, prononcée à l'encontre du requérant.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Gouy-Paillier et à la préfète de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.
La magistrate désignée,
J. Le Roux
La greffière
L. Bon-MardionLa République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026