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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501862

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501862

lundi 17 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantNAILI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2025, M. A se disant Oussama Baygi, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

3°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée d'un an ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble de l'arrêté contesté :

- il est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du même code et revêt un caractère disproportionné.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 16 février 2025, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions des articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète de l'Isère n'était pas présente.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Gaillard, greffière :

- le rapport de M. Gueguen ;

- les observations de Me Naili, avocat de permanence, représentant M. A se disant Baygi, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en précisant maintenir le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté dès lors que la délégation de signature produite en défense ne concerne pas son signataire ; il insiste en particulier, d'une part, sur le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre du requérant porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et, d'autre part, sur le caractère disproportionné de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire national dont l'intéressé fait l'objet, dès lors que sa durée d'un an va perturber son équilibre familial et faire obstacle à ce qu'il puisse contribuer à l'éducation de son enfant à naître alors que sa présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- les observations de M. A se disant Baygi, assisté de Mme E, interprète en langue arabe, qui déclare, en réponse aux différentes questions qui lui ont été posées, être arrivé en France à l'âge de quinze ans, avoir résidé à Lyon, puis à Clermont-Ferrand, Bordeaux et Rennes avant de rejoindre Grenoble, et ne pas vouloir être éloigné de sa compagne qui s'apprête à accoucher ;

- et les observations de Me Tomasi, représentant la préfète de l'Isère, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A se disant Baygi ne sont pas fondés et qui insiste, d'une part, sur les déclarations contradictoires de l'intéressé s'agissant de sa situation personnelle et familiale, et, d'autre part, sur la menace pour l'ordre public que représente sa présence en France compte tenu de son implication dans des trafics de stupéfiants.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée par la préfète de l'Isère a été enregistrée le 17 février 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant Baygi, ressortissant marocain né le 20 décembre 2006, déclare être entré en France à l'âge de quinze ans, où il est connu des services du ministère de l'intérieur sous l'identité d'Oussama Bayji. Après avoir été interpellé par les services de la police nationale le 11 février 2025 sur le territoire de la commune de Grenoble, l'intéressé a été placé en retenue administrative aux fins de vérification de son droit au séjour et de circulation. Enfin, par un arrêté du 12 février 2025, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée d'un an.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A se disant Baygi au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur la demande de communication du dossier par l'administration :

4. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander () au magistrat désigné () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

5. La préfète de l'Isère ayant produit, le 16 février 2025, les pièces relatives à la situation administrative de M. A se disant Baygi, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble de l'arrêté contesté :

6. En premier lieu, par un arrêté du 25 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Isère le jour-même et accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de cette préfecture, la préfète de l'Isère a donné délégation de signature à M. B D, attaché, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C F, directrice de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer toutes les correspondances et décisions relevant des attribution de la direction de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, et notamment " les arrêtés d'obligation de quitter le territoire français assortis ou non d'une interdiction de retour sur le territoire français et fixant le pays de destination d'un ressortissant étranger ". En l'espèce, M. A se disant Baygi, qui se borne à soutenir que M. D ne justifie pas d'une délégation de signature régulière, n'établit ni même n'allègue que Mme F n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, et alors même que l'autorité préfectorale n'a pas produit la délégation de signature consentie à M. D préalablement à la clôture de l'instruction, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code prévoit à cet égard que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Enfin, selon les termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

8. En l'espèce, l'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, en particulier les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A se disant Baygi sur lesquelles la préfète de l'Isère s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et prononcer à son encontre, tant dans son principe que dans sa durée, une interdiction de retour sur le territoire national. Si le requérant fait grief à l'autorité préfectorale de ne pas avoir fait état de son arrivée en France à l'âge allégué de quinze ans, il n'établit ni même n'allègue avoir porté cette information à la connaissance des services préfectoraux préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige, alors au demeurant que la préfète de l'Isère n'aurait pas été tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle. Par suite, cet arrêté, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et ont ainsi permis à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivé au regard des dispositions citées au point précédent.

9. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A se disant Baygi, notamment au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. À cet égard, si le requérant fait grief à l'autorité préfectorale de ne pas avoir tenu compte de sa relation et de son mariage religieux à la date déclarée du 25 octobre 2024 avec une ressortissante française qui serait désormais enceinte de ses œuvres, il n'établit ni même n'allègue avoir davantage porté ces informations à la connaissance des services préfectoraux préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit, tel qu'il est articulé, est infondé et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En vertu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Par ailleurs, selon les termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français () est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".

11. En l'espèce, M. A se disant Baygi soutient que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il réside habituellement en France depuis deux ans où il a noué une relation avec une ressortissante française qu'il a épousée religieusement le 25 octobre 2024 et qui est enceinte depuis quatre mois. Toutefois, il ressort des termes non contestés de l'arrêté en litige que le requérant se maintient sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, alors qu'il n'a pas été en mesure de justifier à quelle date et dans quelles conditions il y était entré. À cet égard, si l'intéressé, né le 20 décembre 2006, soutient être arrivé sur le territoire national à l'âge de quinze ans, en qualité de mineur isolé, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de la police nationale le 12 février 2025 qu'il a déclaré avoir quitté son pays d'origine " il y a (deux) ans ", soit postérieurement à ses quinze ans, et il précise également dans ses écritures être " entré " en France " il y a deux ans ", soit postérieurement à sa majorité. Par ailleurs, si M. A se disant Baygi, qui ne serait ainsi présent sur le territoire français que depuis deux ans à la date de l'arrêté contesté, se prévaut de sa relation puis de son mariage religieux avec une ressortissante française qu'il aurait rencontrée à Rennes et qui serait désormais enceinte de ses œuvres, les éléments qu'il verse au débat, essentiellement composés de quatre attestations respectivement rédigées les 13 et 15 février 2025 par l'intéressée et la mère de cette dernière, de six photographies non datées ainsi que de deux documents médicaux relatifs au suivi de sa grossesse, ne suffisent pas à démontrer l'ancienneté, la stabilité et l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut sur le territoire national. À cet égard, s'il soutient avoir déménagé avec sa compagne sur le territoire de la commune de Grenoble, où ils seraient hébergés par la mère de cette dernière selon les attestations précitées, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de la police nationale le 12 février 2025 qu'il a déclaré être " sans domicile fixe " à Grenoble, où il serait hébergé par plusieurs amis. En outre, si M. A se disant Baygi se prévaut, dans le cadre de la présente instance, d'une promesse d'embauche en qualité de peintre en bâtiment sous contrat à durée indéterminée (CDI) rédigée le 11 février 2025, il ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français, où il a déclaré faire " le chouf " (guetteur) au sein du quartier Mistral de Grenoble, lorsqu'il n'est pas en mesurer de trouver du " travail ailleurs ", et où il est défavorablement connu des services de la police nationale pour avoir fait l'objet, le 5 décembre 2023 et sous une autre identité, d'un signalement au sein du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) pour des faits d' " offre ou cession non autorisée de stupéfiants ", de " détention non autorisée de stupéfiants " et de " transport non autorisé de stupéfiants " qui auraient été commis à Rennes le 4 décembre 2023. Enfin, l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge, n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence et où réside, selon ses propres déclarations, l'ensemble des membres de sa famille, à l'exception d'un cousin qui résiderait en Espagne. Dans ces circonstances, compte tenu de ses conditions de séjour en France et alors qu'il ne justifie d'aucune considération humanitaire, la préfète de l'Isère n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A se disant Baygi ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. Selon les termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Cependant, l'article L. 612-2 du même code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". À cet égard, l'article L. 612-3 de ce même code énonce que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

13. Pour refuser un délai de départ volontaire à M. A se disant Baygi, la préfète de l'Isère s'est fondée sur les dispositions des articles L. 612-2, 3° et L. 612-3, 1° et 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en considérant qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, dès lors, d'une part, qu'il n'avait effectué aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative en France alors qu'il y séjournait irrégulièrement, et, d'autre part, qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes puisqu'il était démuni de tout document transfrontière en cours de validité, ne pouvait justifier d'une adresse permanente ou effective et ne disposait d'aucune ressource légale permettant son retour dans son pays d'origine.

14. En l'espèce, si le requérant soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne s'est jamais soustrait à une précédente mesure d'éloignement, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision contestée dès lors que l'autorité préfectorale ne s'est pas fondée sur les dispositions des articles L. 612-2, 1° et L. 612-3, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par ailleurs, si l'intéressé soutient qu'il n'a " pas manqué de communiquer (s)on identité " et qu'il " dispose d'une adresse où (il) réside avec (s)a compagne et (l)a mère " de cette dernière, il ne conteste pas le motif tiré de ce qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'y a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Au surplus, M. A se disant Baygi ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes par la seule production d'attestations d'hébergement rédigées par la mère de sa compagne et de justificatifs de domicile au nom de cette dernière, dès lors qu'il est constant qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il résulte de ce qui a été dit au point 11 qu'il s'est déclaré " sans domicile fixe " lors de son audition par les services de la police nationale. Par suite, et dès qu'il résulte en tout état de cause de l'instruction que la préfète de l'Isère aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur le seul motif tiré de ce qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet au sens et pour l'application des articles L. 612-2, 3° et L. 612-3, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel motif était, à lui-seul, de nature à justifier légalement la décision en litige, c'est sans faire une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du même code qu'elle a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

15. Selon les termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

16. Pour prononcer à l'encontre de M. A se disant Baygi une interdiction de retour sur le territoire français, la préfète de l'Isère s'est fondée sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en considérant que l'intéressé, auquel aucun délai de départ n'avait été accordé, ne justifiait pas de circonstances humanitaires particulières. Par ailleurs, pour fixer la durée de cette interdiction à un an sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-10 du même code, l'autorité préfectorale a relevé, d'une part, que l'intéressé ne pouvait se prévaloir que d'une brève durée de présence sur le territoire national, d'autre part, qu'il n'y justifiait pas de liens intenses, stables et anciens et, enfin, que sa présence y représentait une menace pour l'ordre public puisqu'il y était défavorablement connu des forces de l'ordre pour des faits d'acquisition non autorisée de stupéfiants, d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants, de détention non autorisée de stupéfiants, de transport non autorisé de stupéfiants et d'usage illicite de stupéfiants à deux reprises.

17. En l'espèce, le requérant ne conteste pas le principe même de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet, mais soutient que sa durée est disproportionnée compte tenu de sa situation personnelle et familiale et de l'absence de menace pour l'ordre public que représente sa présence en France. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que l'intéressé n'allègue être présent sur le territoire national que depuis deux ans à la date de la décision contestée, et qu'il n'y justifie pas de liens suffisamment anciens, intenses et stables, en particulier vis-à-vis de sa compagne de nationalité française qui serait enceinte de ses œuvres. Par ailleurs, s'il ne ressort pas des pièces produites en défense que M. A se disant Baygi ait été mis en cause à deux reprises pour des faits d'" usage illicite de stupéfiants ", ni même qu'il ait été mis en cause pour des faits " d'acquisition non autorisée de stupéfiants ", et si l'intéressé soutient, sans être utilement contredit, que les seuls faits pour lesquels il a été mis en cause n'ont donné lieu à aucune poursuite ni aucune condamnation pénale, il n'en demeure pas moins qu'il a reconnu faire " le chouf " (guetteur) au sein du quartier Mistral de Grenoble lors de son audition par les services de la police nationale le 12 février 2025, alors qu'il avait fait l'objet d'un signalement au sein du FAED pour des faits d' " offre ou cession non autorisée de stupéfiants ", de " détention non autorisée de stupéfiants " et de " transport non autorisé de stupéfiants " qui auraient été commis à Rennes le 4 décembre 2023. Enfin, l'autorité préfectorale s'est limitée à édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à cinq ans. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du même code que la préfète de l'Isère a prononcé cette interdiction de retour à l'encontre de M. A se disant Baygi, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A se disant Baygi doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A se disant Baygi est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A se disant Baygi est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M.X se disant Oussama Baygi et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2025.

Le magistrat désigné,

C. Gueguen

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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