mercredi 19 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2501930 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 février 2025, M. C B, représenté par Me Cuche, demande au tribunal :
1°) d'ordonner au préfet de l'Isère de produire l'entier dossier au vu duquel il s'est prononcé ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige doit être regardé comme entaché d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé et l'intégralité de sa situation personnelle n'a pas été examinée ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le risque de fuite n'est pas caractérisé ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la mesure où son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de disproportion.
Le préfet de l'Isère a produit des pièces, enregistrées le 18 février 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Viotti en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 19 février 2025 à 10 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, première conseillère,
- les observations de Me Pinhel, représentant M. B, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête,
- celles de M. B, assisté de Mme D, interprète en langue arabe,
- et celles de Me Morisson-Cardinaud, représentant le préfet de l'Isère, qui a conclu au rejet de la requête, en faisant valoir que l'arrêté en litige est suffisamment motivé ; que la décision refusant un délai de départ volontaire au requérant n'est pas fondée sur la menace à l'ordre public, qu'il ne présente pas de garanties de représentation et qu'il lui appartenait d'exécuter les deux obligations de quitter le territoire française prises à son encontre par ses propres moyens ; que l'interdiction de retour sur le territoire français est proportionnée au regard de la menace pour l'ordre public que représente son comportement et de l'absence de vie privée et familiale en France.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A se disant M. B, ressortissant algérien né le 9 septembre 1996 à Alger, déclare être entré sur le territoire français au cours de l'année 2021. Par un arrêté du 18 février 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, mesure qu'il a renouvelée le 29 septembre 2023. Par l'arrêté du 13 février 2025 dont il est demandé l'annulation, le préfet de l'Isère a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :
4. Par un arrêté du 25 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de l'Isère a donné délégation à M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de l'Isère, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives à l'éloignement des étrangers. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
5. Il ne ressort pas des mentions de l'arrêté attaqué, ni davantage des autres pièces du dossier que le préfet de l'Isère aurait négligé de procéder à un examen complet de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
7. La décision attaquée mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'occurrence le 1° de son article L. 611-1. Elle indique que M. B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". L'article L. 612-2 de ce code dispose : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 () ".
9. La décision refusant à M. B un délai de départ volontaire comporte, de manière détaillée, les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
10. Il est constant que M. B n'a pas déféré aux deux mesures d'éloignement précédemment prononcées à son encontre en 2022 et 2023. Contrairement à ce qu'il affirme, il lui appartenait d'exécuter ces mesures par ses propres moyens. De surcroît, il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est même allégué qu'il aurait été inéligible à l'aide au retour, laquelle lui aurait permis de regagner son pays d'origine en dépit des difficultés financières dont il se prévaut. Par suite, le préfet de l'Isère pouvait, pour ce seul motif, considérer qu'il existe un risque que M. B se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, conformément au 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'irrégularité alléguée des autres motifs étant sans incidence sur la légalité de cette mesure.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
12. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
13. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet de l'Isère a interdit à M. B de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans mentionne les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose les motifs de fait sur lesquels elle se fonde et atteste de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées.
14. En deuxième lieu, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté en litige que M. B a fait l'objet d'une interpellation le 18 février 2022 pour des faits de violences sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, le 12 mai 2022 pour vol à l'étalage et le 6 juin 2022 pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D. L'intéressé ne conteste pas la matérialité des faits qui lui sont reprochés. Il a, en outre, été condamné le 30 septembre 2022 par le tribunal correctionnel de Marseille à dix-huit mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravés par deux circonstances et vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail. Ainsi, au regard de la nature des infractions qui lui sont reprochées et du caractère récent de sa condamnation par le juge pénal, le préfet pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que le comportement de M. B représente une menace pour l'ordre public.
15. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare être entré en France en 2021, a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans dans son pays d'origine, où résident son épouse et ses deux enfants. Il ne se prévaut d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière en France, tandis qu'il s'est maintenu sur le territoire national en dépit de deux mesures d'éloignement prises à son encontre en 2022 et 2023. Enfin, son comportement représente, ainsi qu'il a été dit au point précédent, une menace pour l'ordre public. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans n'apparaît pas disproportionnée et le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure sur la situation personnelle de M. B.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 février 2025.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. A, se disant M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A, se disant M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, se disant M. C B, au préfet de de l'Isère, et à Me Pinhel.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2025.
La magistrate désignée,
O. VIOTTILa greffière,
S. LECAS
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2501930
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026