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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501943

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501943

mercredi 26 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPARAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2025, et un mémoire enregistré le 25 février 2025, M. B A, représenté par Me Paras, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 4 février 2025 par lequel le préfet de la Loire a mis en demeure les occupants sans droit ni titre de l'appartement situé 17, rue Saint-Ennemond à Saint-Etienne de quitter les lieux dans le délai de vingt-quatre heures à compter de la publication de la décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; il est susceptible, avec sa famille, dont trois enfants nés en 2012, 2017 et 2023, de relever du dispositif de veille sociale prévue aux articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles ; aucun intérêt général ne nécessite l'exécution immédiate de l'arrêté ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :

* la décision est insuffisamment motivée et a été prise sans réel examen de la situation des occupants ;

* il ne s'est pas introduit dans les lieux à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contraintes ; en effet, le logement qu'il occupe était vide de tout occupant ou meuble et la porte était ouverte ;

* la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* la décision viole le principe légal d'hébergement inconditionnel, consacré par les articles L. 345-2-3 et suivants du code de l'action sociale et des familles, dans la mesure où ils restent sans solution d'hébergement depuis la fin de leur prise en charge en tant que demandeurs d'asile, ce qui les a contraints à occuper le logement en cause

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2025, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; en effet, l'enquête effectuée par les services compétents n'a pas permis d'identifier les personnes occupant le bien ; le fait pour le requérant et sa famille de s'être introduits dans le bien sans y avoir été autorisés, fût-ce sans effraction, caractérise une voie de fait ; le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est inopérant ; M. A et sa famille ne disposent d'aucune droit au séjour en France et peuvent disposer d'une aide au retour ou d'un dispositif de préparation au retour.

Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée le 16 février 2025 sous le n° 2501942 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté du 4 février 2025 en litige.

Vu :

- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 ;

- la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 4 février 2025, le préfet de la Loire a mis en demeure les occupants sans droit ni titre de l'appartement situé 17, rue Saint-Ennemond à Saint-Etienne de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures. M. A, ressortissant mongol en situation irrégulière en France, qui occupe ce logement avec son épouse et enfants, nés en 2012, 2017 et 2023, demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

4. Aux termes de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, dans sa version applicable à la date de la décision en litige : " En cas d'introduction et de maintien dans le domicile d'autrui, qu'il s'agisse ou non de sa résidence principale ou dans un local à usage d'habitation, à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou de contrainte, la personne dont le domicile est ainsi occupé, toute personne agissant dans l'intérêt et pour le compte de celle-ci ou le propriétaire du local occupé peut demander au représentant de l'Etat dans le département de mettre en demeure l'occupant de quitter les lieux, après avoir déposé plainte, fait la preuve que le logement constitue son domicile ou sa propriété et fait constater l'occupation illicite par un officier de police judiciaire, par le maire ou par un commissaire de justice. () La décision de mise en demeure est prise, après considération de la situation personnelle et familiale de l'occupant, par le représentant de l'Etat dans le département dans un délai de quarante-huit heures à compter de la réception de la demande. Seule la méconnaissance des conditions prévues au premier alinéa ou l'existence d'un motif impérieux d'intérêt général peuvent amener le représentant de l'Etat dans le département à ne pas engager la mise en demeure. () La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Lorsque le local occupé ne constitue pas le domicile du demandeur, ce délai est porté à sept jours et l'introduction d'une requête en référé sur le fondement des articles L. 521-1 à L. 521-3 du code de justice administrative suspend l'exécution de la décision du représentant de l'Etat. () Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effet dans le délai fixé, le représentant de l'Etat dans le département doit procéder sans délai à l'évacuation forcée du logement, sauf opposition de l'auteur de la demande dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure () ".

5. Par une décision n° 2023-1038 du 24 mars 2023, le Conseil constitutionnel a déclaré conforme à la Constitution les dispositions de l'article 38 de la loi du loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale dans sa rédaction résultant de la loi n°2020-1525 du 7 décembre 2020 d'accélération et de simplification de l'action publique, sous la réserve énoncée à son paragraphe 12 aux termes de laquelle : " ces dispositions prévoient que le préfet peut ne pas engager de mise en demeure dans le cas où existe, pour cela, un motif impérieux d'intérêt général. Toutefois, elles ne sauraient, sans porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et au principe de l'inviolabilité du domicile, être interprétées comme autorisant le préfet à procéder à la mise en demeure sans prendre en compte la situation personnelle ou familiale de l'occupant dont l'évacuation est demandée ".

6. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par le requérant, tels qu'analysés précédemment, n'apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Loire.

Fait à Lyon, le 26 février 2025.

Le juge des référés,

T. Besse

La greffière,

F. Gaillard La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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