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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501976

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501976

jeudi 20 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 février 2025, M. B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

3°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la préfète de l'Isère n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande ;

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation dès lors qu'il ne représente pas une menace réelle actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;

En ce qui concerne la décision refusant tout délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'aucune urgence ne justifie le refus de lui octroyer un délai de départ volontaire ;

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Des pièces enregistrées, le 18 février 2025, présentées en défense par la préfète de l'Isère ont été communiquées.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jorda, première conseillère, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesures d'éloignement, d'assignation, de rétention ou de remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda, première conseillère ;

- les observations de Me Manzoni, représentant M. A, qui se désiste du moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué, qui soulève deux nouveaux moyens, le premier, en ce qui concerne la décision refusant tout délai de départ volontaire, tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et le second, en ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français, tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision refusant tout délai de départ volontaire et qui, pour le reste, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. A, qui répond aux questions de la magistrate ;

- les observations de Me Goirand, représentant la préfète de l'Isère qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant belge né le 7 juin 1976, a déclaré être entré en France au cours de l'année 2023. Par un arrêté du 15 février 2025, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans. Elle l'a par ailleurs placé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". D'autre part, aux termes de l'article L.251-4 du même code, " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

4. La motivation prévue par les dispositions précitées impose à l'autorité administrative de justifier la mesure qu'elle prend par des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, ayant pour finalité de mettre l'intéressé à même d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. L'arrêté attaqué vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il applique notamment les articles L.251-1 2°, L.251-3 et L.251-4. Il mentionne les éléments de fait relatifs à la situation du requérant notamment sa situation personnelle et familiale, ses liens avec son pays d'origine, les faits reprochés au titre de la menace à l'ordre public et l'absence d'élément probant démontrant qu'il serait soumis à un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par ailleurs pour décider de ne pas octroyer de délai de départ volontaire et interdire au requérant de circuler sur le territoire français, la préfète de l'Isère s'est fondée sur la circonstance qu'il y a urgence à éloigner le requérant du territoire national et que l'obligation de quitter le territoire français a pour fondement la menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société que constitue le comportement de l'intéressé. Ainsi, la préfète de l'Isère, qui n'était pas tenue d'indiquer l'ensemble des éléments se rapportant à la situation personnelle du requérant mais seulement ceux qui fondent sa décision, a énoncé les éléments propres à la situation de M. A lui permettant de comprendre les considérations de fait l'ayant conduit à prendre les différentes décisions attaquées. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient insuffisamment motivées.

5. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation et des pièces du dossier que la préfète de l'Isère, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est père de trois enfants résidant en Belgique, pour lesquels il ne justifie pas au demeurant supporter effectivement la prise en charge financière et éducative, a fait l'objet d'une arrestation par les autorités belges dans le cadre d'une enquête menée par les autorités françaises et que, dans le cadre de la coopération policière, il a été remis aux autorités françaises. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 13 février 2025, le tribunal correctionnel de Lyon l'a condamné à deux ans d'emprisonnement pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, peine qu'il a effectuée au titre de la détention provisoire. La circonstance non établie qu'il envisage d'interjeter appel de cette condamnation est sans incidence, dès lors que la légalité de la décision attaquée s'apprécie à la date de son édiction. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment de sa fiche pénale qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime, transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants, importation non autorisée de stupéfiants, commise en bande organisée et trafic. A ce titre, en se bornant à faire valoir qu'il n'a fait l'objet que d'une seule condamnation pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, il ne conteste pas la réalité des mentions figurant sur sa fiche pénale. Dans ces conditions, la préfète de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, en estimant que le comportement de l'intéressé est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, eu égard à sa situation individuelle appréciée notamment compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du requérant doit être écarté et ce d'autant que le requérant déclare vouloir retourner dans son pays d'origine.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, ayant fait l'objet d'une remise aux autorités françaises, M. A est arrivé sur le territoire national dans le cadre de la coopération policière avec son pays d'origine, la Belgique, et que, libéré à la suite de l'exécution de sa peine d'emprisonnement d'une durée de deux ans, il est actuellement sans activité professionnelle et dépourvu de logement propre sur le territoire national. Par ailleurs et comme il a été indiqué précédemment, son comportement est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. Dans ces circonstances, la préfète de l'Isère a pu légalement estimer qu'il relève d'une situation d'urgence justifiant qu'aucun délai de départ volontaire ne lui soit accordé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L.251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :

9. Compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'illégalité des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai à l'encontre de la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner avant-dire droit la communication du dossier de l'intéressé, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Manzoni et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2025.

La magistrate désignée,

V. JordaLe greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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