vendredi 28 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2502279 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | ROSSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 février 2025, M. C A, actuellement retenu au centre de rétention de l'aéroport Lyon Saint-Exupéry, représenté par Me Rossi, avocate, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 22 février 2025 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant 2 ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées et illégales en l'absence d'examen particulier de sa situation en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui interdisant le retour en France est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Des pièces, enregistrées le 27 février 2025, ont été présentées par la préfète de l'Ain.
Des pièces, enregistrées le 27 février 2025, ont été présentées pour M. A.
La présidente du tribunal a désigné M. Borges-Pinto, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu la prestation de serment de Mme D, interprète en langue arabe.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Rossi, avocate d'astreinte, pour le requérant qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant les mêmes moyens.
- les déclarations de M. A, assisté de Mme D, interprète en langue arabe ;
- et les observations de Me Goirand, substituant Me Tomasi, représentant la préfète de l'Ain qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 26 mai 2003 à Oran (Algérie) demande l'annulation de l'arrêté du 22 février 2025 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. B E, sous-préfet de l'arrondissement de Belley et investi à cet effet d'une délégation de signature de la préfète de l'Ain du 27 octobre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige doit ainsi être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".
4. L'arrêté attaqué indique les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celui-ci permet d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Les décisions comprises dans cet arrêté sont ainsi suffisamment motivées en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, ces décisions ne doivent pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, mais uniquement ceux qui la fondent. Il ne ressort donc pas de cette motivation, ni des autres pièces du dossier que les décisions attaquées auraient été édictées à l'issue d'un examen incomplet de sa situation, en particulier au regard des exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant de la mesure d'éloignement. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire () à la sûreté publique, () à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance à compter du 10 janvier 2019 par l'ADSEA 01 et qu'il a suivi la formation d'accueil remotivation des non francophones au cours de années 2019 et 2020 puis a été inscrit en 1e année de CAP opérateur en industries agro-alimentaires pour l'année scolaire 2020/2021. Toutefois, il ne justifie pas avoir conclu ces années de formation par la délivrance d'un diplôme ou l'obtention d'un emploi ni avoir entamé des démarches pour régulariser sa situation. En outre, il ressort des mêmes pièces qu'il est retourné en Algérie le 7 novembre 2022, à la suite d'une demande d'aide au retour, d'où il n'est revenu qu'en ce début d'année 2025 selon ses déclarations à l'audience. Auparavant, il a fait l'objet, entre 2019 et 2022, de huit signalisations au fichier des antécédents judiciaires pour des faits de détention et usage de stupéfiants, qu'il reconnaît à l'audience, ainsi que pour des faits de violation de domicile, violences avec usage ou menace d'une arme et menaces de mort, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et violence sur une personne chargée de mission de service public suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, Enfin, il ressort de son audition par les services de police, à la suite de son interpellation, que ses parents ainsi que ses sœurs et frères résident en Algérie où il y a vécu 18 ans. En conséquence, compte tenu des conditions et de la durée de son séjour en France, la mesure d'éloignement ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale eu égard aux buts poursuivis par une telle décision.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision refusant le délai de départ volontaire doit être écarté.
8. En second lieu, le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que l'autorité administrative peut refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire lorsque le comportement de l'étranger présente un risque de soustraire à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Selon les dispositions des 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, une telle situation peut résulter, sauf circonstance particulière, de l'absence de toute demande de titre de séjour après être entré sur le territoire de manière irrégulière, de la soustraction à une précédente mesure d'éloignement et de l'absence de garanties suffisantes de représentation, notamment parce que l'étranger ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité ou encore s'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts.
9. M. A soutient qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, qu'il ne s'est jamais soustrait à une mesure d'éloignement et qu'il dispose de garanties suffisantes. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, il a fait l'objet de huit signalisations en l'espace de trois ans et qu'il ne justifie pas de domicile, reconnaissant dans ses écritures ne bénéficier que d'un hébergement d'urgence par recours au 115. Par ailleurs, il a déclaré lors de son audition par les services de police qu'il ne souhaitait pas retourner en Algérie et qu'il ne dispose d'aucun moyen de subsistance. Au vu de ces circonstances, la préfète de l'Ain a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il se maintient en situation irrégulière sans avoir effectué de démarches pour régulariser sa situation et qu'il ne justifie d'aucun lien privé et familial en France où il est, de surcroît, défavorablement connu des services de police. Dans ces conditions, la préfète de l'Ain a pu, sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 2 février 2025. Par suite, sa requête doit être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, et à la préfète de l'Ain.
Copie en sera adressée à Me Rossi.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2025.
Le magistrat désigné,
P. Borges-Pinto
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026