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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2502453

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2502453

mardi 15 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2502453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDEME

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, un ressortissant sénégalais, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a estimé que la préfète du Rhône avait procédé à un examen particulier de sa situation et n'avait pas fait une inexacte application de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995. Il a relevé que l'absence de progression dans son cursus universitaire, marquée par des échecs répétés et une inscription en formation à distance ne justifiant pas sa présence en France, justifiait légalement le refus de séjour. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant les demandes d'annulation, d'injonction et de frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 février 2025, M. A D B, représenté par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 janvier 2025 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui refusant un titre de séjour résulte d'un défaut d'examen particulier de sa situation, méconnaît l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui a produit des pièces enregistrées le 16 juin 2025.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 27 juin 2025.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal, relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu le rapport de Mme Lacroix au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant sénégalais né en 1993, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2025 par lequel la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 visée ci-dessus : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre État, doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de pré-inscription dans l'établissement d'enseignement choisi (). Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ".

3. Traduisant un examen de la situation particulière du requérant, l'arrêté attaqué fait état de façon circonstanciée du fondement de sa demande, des conditions de l'entrée de M. B sur le territoire français en qualité d'étudiant, de son parcours universitaire et de sa situation familiale. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation particulière de M. B doit être écarté.

4. Pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour formée par M. B en vue de la poursuite de ses études, la préfète du Rhône s'est fondée, d'une part, sur l'absence de progression de l'intéressé dans son cursus universitaire et, d'autre part, sur la circonstance que la formation à distance pour laquelle il était inscrit au titre de l'année universitaire 2024-2025 ne nécessitait pas sa présence sur le territoire français.

5. Si le requérant fait valoir les difficultés d'ordre personnel qu'il a rencontrées au cours de ses années d'études en France, en particulier son déménagement entre Montpellier et Toulouse, les examens en format digital pendant la période de confinement lors de la pandémie de Covid-19 ainsi que la découverte de sa vocation dans le domaine des ressources humaines conduisant à sa réorientation, il est toutefois constant que, comme le relève la décision en litige, M. B, titulaire d'une licence de droit obtenue au Sénégal, a échoué à trois reprises en licence de droit entre 2019 et 2022 et qu'étant inscrit à compter de l'année universitaire 2022-2023 dans une formation conduisant au diplôme de master de Manager des organisations au sein d'un établissement d'enseignement supérieur privé, il n'avait toutefois pas obtenu ce diplôme, étant inscrit à nouveau pour l'année universitaire 2024-2025 en deuxième année de ce cursus. Dans ces conditions, le moyen selon lequel la préfète du Rhône aurait fait une inexacte application des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise doit être écarté.

6. Si M. B fait valoir que le refus de titre de séjour qu'il conteste porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la décision en litige se borne toutefois à rejeter la demande que le requérant a présentée en qualité d'étudiant et le moyen doit en conséquence être écarté comme inopérant.

7. Les circonstances dont le requérant fait état, relatives à son expérience et à ses perspectives professionnelles, ne suffisent pas pour considérer que la préfète du Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

8. Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ().

9. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qui vise notamment l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité ci-dessus et qui fait notamment état du rejet de la demande de titre de séjour de l'intéressé ainsi que de sa situation personnelle et familiale, que la préfète du Rhône a examiné le droit au séjour de l'intéressé. Dans ces conditions, les moyens tirés par le requérant du défaut d'examen de sa situation et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 27 janvier 2025 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2025.

La rapporteure,

A. Lacroix

Le président,

A. Gille La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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