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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2503428

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2503428

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2503428
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantDRAHY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour pour motif médical (article L. 425-9 du CESEDA) formée par un ressortissant congolais. Le juge a retenu l'illégalité de cette décision pour défaut de communication des motifs, malgré une demande régulière de l'intéressé, en application des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint à la préfète de réexaminer la situation du requérant, sans accorder l'injonction spécifique de délivrance du titre de séjour sollicitée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2025, M. A... B..., représenté par Me Drahy, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Loire sur sa demande de titre de séjour ;

2°) d’enjoindre à la préfète de la Loire à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire et sans délai, de le munir d’un récépissé durant le réexamen de sa situation, lequel devant intervenir dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
– la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation, faute de réponse à sa demande de communication des motifs ;
– la décision attaquée méconnait les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et l’avis du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a été irrégulièrement rendu suivant la procédure prévue pour une protection contre l’éloignement et non suivant la procédure propre à une demande de titre de séjour.

La procédure a été communiquée au préfet de la Loire, qui n’a pas produit d’observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– le code des relations entre le public et l’administration ;
– le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Dèche, présidente, a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant congolais, né le 12 avril 1946, entré en France en octobre 2019 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d’un titre de séjour au titre des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par sa requête, il demande au tribunal d’annuler la décision implicite de refus de titre de séjour née du silence gardé par le préfet de la Loire sur sa demande.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

Aux termes de l’article R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l’administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». L’article R. 432-2 du même code dispose que : « La décision implicite mentionnée à l’article R. 432-1 naît au terme d’un délai de quatre mois. (…) ». Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (…) ». Aux termes de l’article L. 232-4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ».

En vertu de ces dispositions, la décision refusant la délivrance d’une carte de séjour temporaire constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées. Par suite, il est loisible à l’intéressé de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de la décision implicite ayant le même objet. En l’absence de communication de ces motifs dans le délai d’un mois, la décision implicite se trouve alors entachée d’illégalité pour défaut de motivation.

Du silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet de la Loire sur la demande de titre de séjour présentée par l’intéressé en janvier 2023 est née une décision implicite de rejet. Alors qu’une décision portant refus de titre de séjour est au nombre de celles qui doivent être motivées, en application des dispositions de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration, l’intéressé a sollicité, dans les délais de recours contentieux, la communication des motifs de la décision implicite de rejet ainsi opposée à sa demande de titre de séjour, par courrier reçu le 19 septembre 2024 par le préfet de la Loire. En l’absence de communication de ces motifs dans le mois suivant cette demande, l’intéressé est fondé à soutenir que la décision implicite refusant de lui délivrer ce titre de séjour est illégale et à en demander l’annulation, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

Le présent jugement, qui accueille les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B..., implique seulement, eu égard au motif d’annulation retenu et après examen de l’ensemble des autres moyens de la requête, que la préfète de la Loire procède au réexamen de sa demande. Il y a donc lieu, sur le fondement de l’article L. 911-2 du code de justice administrative, d’enjoindre à la préfète de procéder à cette mesure d’exécution, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 1 000 euros à M. B... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D É C I D E :


Article 1er : La décision implicite de refus de délivrance du titre de séjour du préfet de la Loire est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Loire de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par M. B..., dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : l’Etat versera à M. B... une somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l’article L. 761 1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la préfète de la Loire.


Délibéré après l’audience du 20 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,
Mme Monteiro, première conseillère,
Mme Lacroix, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2026.


La présidente - rapporteure,

P. Dèche
L’assesseure la plus ancienne,

M. Monteiro



La greffière,






N. Boumedienne



La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,
La greffière,




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