Le Tribunal Administratif de Lyon a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour pour raisons médicales présentée par une ressortissante congolaise. La juridiction a jugé que l'avis favorable du collège de médecins de l'OFII, constatant la nécessité d'une prise en charge médicale en France, rendait la décision préfectorale contraire aux dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai de deux mois et a condamné l'État à verser 1 000 euros à la requérante au titre des frais exposés.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 mars 2025, Mme D... C..., représentée par Me Drahy, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Loire sur sa demande de titre de séjour ;
2°) d’enjoindre à la préfète de la Loire à titre principal de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire et sans délai, de la munir d’un récépissé durant le réexamen de sa situation, lequel devant intervenir dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
– la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation, faute de réponse à sa demande de communication des motifs ;
– la décision attaquée méconnait les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et l’avis du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a été irrégulièrement rendu suivant la procédure prévue pour une protection contre l’éloignement et non suivant la procédure propre à une demande de titre de séjour.
La procédure a été communiquée au préfet de la Loire, qui n’a pas produit d’observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Dèche, présidente, a été entendu au cours de l’audience publique.
Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
Mme A... C..., ressortissante congolaise née le 2 mars 1952, entrée en France en octobre 2019 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d’un titre de séjour au titre des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par sa requête, elle demande au tribunal d’annuler la décision implicite de refus de titre de séjour née du silence gardé par le préfet de la Loire sur sa demande.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
Aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que, par un avis du 13 mars 2023, le collège des médecins de l'Office français de l’immigration et de l’intégration a considéré que l’état de santé de Mme A... C... nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d’une exceptionnelle gravité et qu’eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d’origine, elle ne peut y bénéficier effectivement d’un traitement approprié. Dans ces conditions, et dès lors qu’elle justifie remplir les conditions de délivrance d’un titre de séjour en raison de son état de santé, sur le fondement de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, Mme A... C... est fondée à soutenir que la décision en litige a été prise en méconnaissance de ces dispositions.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu’il y a lieu d’annuler la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Dès lors qu’il n’est pas contesté que les soins de Mme A... C... devaient se poursuivre pour une durée de 9 mois à compter du l’avis du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, le présent jugement, qui annule la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée par l’intéressée, implique seulement que sa demande de titre de séjour pour raisons de son état de santé fasse l’objet d’un réexamen. Il y a par suite lieu d’enjoindre à la préfète de la Loire d’y procéder et ce, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a toutefois pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 1 000 euros à Mme A... C... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite de refus de délivrance du titre de séjour du préfet de la Loire est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Loire de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par Mme A... C..., dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera à Mme A... C... une somme de 1 000 euros, en application de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... C... et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l’audience du 20 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Dèche, présidente,
Mme Monteiro, première conseillère,
Mme Lacroix, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2026.
La présidente - rapporteure,
P. Dèche
L’assesseure la plus ancienne,
M. Monteiro
La greffière,
N. Boumedienne
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,