vendredi 18 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2503744 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | HMAIDA |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 27 mars 2025 sous le n° 2503744, et un mémoire, enregistré le 12 avril 2025, Mme B G D, représentée par Mme A, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2025 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une attestation de demande d'asile et le dossier lui permettant de saisir l'OFPRA, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas été informée dans une langue qu'elle comprend, des informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle n'a pas obtenu copie du compte-rendu d'entretien, en méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- les autorités allemandes n'ont pas été saisies dans le délai prévu par les dispositions de l'article 21 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Une noté en délibéré produite par la préfète du Rhône a été enregistrée le 17 avril 2025.
II. Par une requête, enregistrée le 27 mars 2025 sous le n° 2503745, et un mémoire, enregistré le 12 avril 2025, M. F E, représenté par Mme A, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2025 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une attestation de demande d'asile et le dossier lui permettant de saisir l'OFPRA, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas été informé dans une langue qu'il comprend, des informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il n'a pas obtenu copie du compte-rendu d'entretien, en méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- les autorités allemandes n'ont pas été saisies dans le délai prévu par les dispositions de l'article 21 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Une noté en délibéré produite par la préfète du Rhône a été enregistrée le 17 avril 2025.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Boulay, première conseillère.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 17 avril 2025, Mme Boulay a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me A, avocate de Mme D et M. E, qui a repris le moyen soulevé dans les requêtes, et indiqué que les requérants souffrent de problèmes de santé et qu'il convient d'éviter l'interruption de leurs soins et qu'ils sont à la recherche de leur fille, qui pourrait se trouver en France ;
- les observations de Mme D et M. E, requérants, assistés de M. C interprète en langue portugaise, ils ont indiqué souhaiter rester en France, dont ils connaissent la culture ;
- la préfète du Rhône n'était, ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D et M. E, ressortissants angolais nés respectivement le 20 octobre 1959 et le 24 novembre 1954, sont entrés en France le 15 novembre 2024. Ils ont sollicité l'enregistrement de leur demande d'asile le 27 février 2025. Le relevé de leurs empreintes décadactylaires a révélé qu'ils étaient titulaires d'un visa, délivré par les autorités allemandes, qui leur a permis de pénétrer sur le territoire des Etats-membres de l'Union européenne. Les autorités allemandes ont été saisies le 10 mars 2025 d'une demande de reprise en charge en application des dispositions de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, qu'elles ont accepté le 12 mars 2025. Par deux arrêtés du 24 mars 2025, dont Mme D et M. E demandent l'annulation, la préfète du Rhône a décidé leur remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de leur demande d'asile.
2. Les requêtes susvisées, sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers et présentent à juger des mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
3. En premier lieu, il résulte de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement, en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par l'article 5 de ce règlement, lequel doit notamment permettre de s'assurer que l'intéressé a compris correctement ces informations. Eu égard à la nature des informations ainsi requises, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue au paragraphe 2 de l'article 4 du règlement constitue une garantie pour le demandeur d'asile.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D et M. E se sont vus remettre, lors de l'entretien individuel tenu dans les locaux de la préfecture du Rhône le 27 février 2025, le " Guide du demandeur d'asile" les deux fascicules constituant la brochure commune mentionnée au paragraphe 2 de l'article 4 du règlement précité, à savoir le fascicule A intitulé " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et le fascicule B intitulé " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", rédigés en langue portugaise, qu'ils ont déclaré comprendre. Les requérants ont signé l'attestation de remise de l'ensemble de ces brochures et le résumé de l'entretien individuel. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'Etat membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien. / 5. L'entretien a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien rédigé un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D et M. E ont bénéficié le 27 février 2025 ainsi qu'il vient d'être dit, jour de l'enregistrement de leur demande d'asile, de l'entretien individuel prévu par l'article 5 précité du règlement du 26 juin 2013. Il ressort du résumé produit par la préfète du Rhône que cet entretien s'est déroulé dans les locaux de la préfecture en langue portugaise, comprise par les requérants, avec l'assistance d'un interprète dans cette langue. Il ressort également de ce résumé qu'ils ont pu s'exprimer sur leur situation personnelle et leur parcours migratoire et qu'ils ont été mis à même de présenter leurs observations sur la perspective d'un transfert aux autorités allemandes. S'ils soutiennent ne pas avoir eu copie du compte-rendu de cet entretien, il est constant, d'une part, qu'ils l'ont signé, et d'autre part, ils ne justifient pas en avoir vainement sollicité une copie en temps utile avant l'intervention de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 21 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date d'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. () ". Il ressort des pièces du dossier que les demandes de prise en charge de Mme D et de M. E ont été transmises aux autorités allemandes le 10 mars 2025, dans le délai prévu par les dispositions de l'article 21 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, et que ces mêmes autorités ont donné leur accord le 12 mars 2025, en application de l'article 22 du même règlement. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par suite, être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".
9. Par un arrêt du 16 février 2017, C. K., H. F. et A. S. contre Republika Slovenija (C-578/16 PPU), la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit que même en l'absence de raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques dans l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile, le transfert d'un demandeur d'asile ne peut être opéré que dans des conditions excluant que ce transfert entraîne un risque réel et avéré que l'intéressé subisse des traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Lorsque le transfert d'un demandeur présentant une affection mentale ou physique particulièrement grave entraîne le risque réel et avéré d'une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé, ce transfert constitue un tel traitement inhumain et dégradant. Il incombe aux autorités de l'Etat devant procéder au transfert et, le cas échéant, à ses juridictions, d'éliminer tout doute sérieux concernant l'impact du transfert sur l'état de santé, en prenant les précautions nécessaires pour que le transfert ait lieu dans des conditions permettant de sauvegarder l'état de santé de manière appropriée et suffisante. Lorsque, compte tenu de la particulière gravité de l'affection, la prise de ces précautions ne suffit pas à assurer que le transfert n'entraînera pas de risque réel d'une aggravation significative et irrémédiable de l'état de santé, il incombe à l'Etat concerné de suspendre l'exécution du transfert, et ce aussi longtemps que son état ne rend pas l'intéressé apte à un tel transfert. S'il s'aperçoit que l'état de santé ne devrait pas s'améliorer à court terme, ou que la suspension pendant une longue durée de la procédure risquerait d'aggraver l'état de santé, l'Etat requérant peut choisir d'examiner lui-même la demande d'asile en faisant usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. E présente de l'hypertension, des problèmes de vue liés à une cataracte, un diabète non insulino-traité pour lequel il a été admis aux urgences des hospices civils de Lyon le 16 mars 2025, et qu'il s'est vu prescrire un traitement adapté au traitement de son diabète, renouvelé le 15 avril 2025, et que Mme D, admise aux urgences le 3 février 2025, s'est vue prescrire un traitement contre l'hypertension, le prurit et les douleurs lombaires. Ces seuls éléments, alors notamment que les requérants bénéficient désormais d'un traitement médical, ne permettent pas de considérer que leur transfert serait susceptible d'entraîner une dégradation significative et irrémédiable de leur état de santé. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants se trouveraient dans l'impossibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié à leurs pathologies en Allemagne. Ainsi, ni ces éléments médicaux, ni la circonstance que les requérants souhaitent demeurer en France, où leurs perspectives d'intégration seraient meilleures qu'en Allemagne, ne permettent pas de considérer que la préfète du Rhône aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs situations en s'abstenant de mettre en œuvre la clause dérogatoire prévue par les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. E et Mme D doivent être rejetées, y compris leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme D et M. E sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G D, à M. F E et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2025.
La magistrate désignée,
P. Boulay
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
N°s 2503744 ; 2503745
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026