vendredi 18 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2503942 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | BOYER |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 1er avril 2025, enregistrée le jour même au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A B.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Clermont-Ferrand le 18 mars 2025, et un mémoire complémentaire enregistré le 2 avril 2025 au greffe du tribunal administratif de Lyon, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de l'aéroport de Lyon-Saint-Exupéry 1, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2025 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;
- il est insuffisamment motivé, révélant en cela un défaut d'examen de sa situation particulière ;
En ce qui concerne la décision portant retrait de la carte de résident :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée, révélant en cela un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant retrait de son titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle illégale en l'absence d'examen de sa situation en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable, réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les dispositions de l'article l. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable, réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît des dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de l'absence de menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur son caractère disproportionné.
Des pièces ont été produites par le préfet du Puy-de-Dôme les 2 et 16 avril 2025.
La présidente du tribunal a désigné Mme Collomb en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Collomb, magistrate désignée ;
- les observations de Me Boyer, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens à l'exception des moyens tirés de l'incompétence du signataire qu'elle abandonne et soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- les observations de Me Coquelle, substituant Me Tomasi, représentant le préfet du Puy-de-Dôme qui conclut au rejet de la requête ;
- et les déclarations de M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience conformément aux dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant kosovare né le 24 août 1992, est entré en France le 8 juin 2005, selon ses déclarations, accompagné de ses parents qui se sont vus reconnaître le bénéfice du statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 13 avril 2007. Placé sous la protection de l'OFPRA pendant sa minorité, l'intéressé s'est vu reconnaître, par une décision du 29 janvier 2016, le statut de réfugié et une carte de résident lui a été délivré, en cette qualité, valide, en dernier lieu, du 6 janvier 2020 au 5 janvier 2030. Toutefois, par une décision du 27 juin 2024, l'OFPRA a mis fin à son statut. Enfin, par un arrêté du 11 mars 2025, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme lui a retiré sa carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décision attaquées :
4. D'une part, les décisions attaquées comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement et sont suffisamment motivées au regard des exigences qu'imposent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme aurait omis d'examiner la situation de M. B avant l'édiction des décisions en litige. A cet égard, contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité préfectorale a bien pris en compte les observations formulées par l'intéressé le 5 février 2025 dans le cadre de la procédure contradictoire en faisant état de son adresse alléguée au 28, boulevard de l'hôpital à Vichy, de son parcours ainsi que de sa situation administrative et de ses liens personnels et familiaux en France mais également dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen préalable, réel et sérieux doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant retrait de la carte de résident :
6. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Puy-de-Dôme a examiné l'ensemble des éléments de la situation du requérant. Dans ces conditions, le préfet du Puy-de-Dôme a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé et le moyen doit ainsi être écarté.
7. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 424-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin au statut de réfugié par décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou par décision de justice ou lorsque l'étranger renonce à ce statut, la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 et L. 424-3 est retirée. L'autorité administrative statue sur le droit au séjour des intéressés à un autre titre dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de menace grave à l'ordre public ou que l'intéressé ne soit pas retourné volontairement dans le pays qu'il a quitté ou hors duquel il est demeuré de crainte d'être persécuté, la carte de résident ne peut être retirée en application du premier alinéa quand l'étranger est en situation régulière depuis au moins cinq ans ". Il résulte tout d'abord du premier alinéa de ces dispositions, éclairé par les travaux préparatoires de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile et de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, que, dans le cas prévu par cet alinéa, l'autorité administrative compétente est tenue de procéder au retrait de la carte de résident. Il résulte ensuite du troisième alinéa de cet article que, lorsque l'étranger se trouvant dans le cas ainsi prévu réside en France régulièrement depuis au moins cinq ans, il ne peut en principe faire l'objet d'une telle mesure, sauf à ce que sa présence représente une menace grave pour l'ordre public.
8. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
9. Pour retirer le titre de résident de M. B, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 424-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, sur la circonstance que le directeur de l'OFPRA avait, par une décision du 27 juin 2024 notifiée le 7 juillet suivant, mis fin à son statut de réfugié. Il a, en outre, estimé et que la présence en France du requérant, qui est en situation régulière depuis plus de cinq ans, constitue une menace grave pour l'ordre public et que, compte tenu de sa situation personnelle et familiale la mesure de retrait de sa carte de résident ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. Il est constant que M. B a fait l'objet de dix-neuf condamnations pénales en France entre 2011 et 2023 auxquelles s'ajoutent une dernière condamnation par le tribunal correctionnel de Cusset en date du 9 juillet 2024. Il ressort des pièces du dossier que ces condamnations concernent des infractions routières (conduite d'un véhicule sans permis, sans assurance ou en ayant fait usage de substances ou de plantes classées comme stupéfiants), des agissements constitutifs d'atteintes aux biens mais également aux personnes (condamnation prononcée le 17 septembre 2013 par le tribunal correctionnel de Cusset à une peine d'emprisonnement de trois mois pour violence avec usage ou menace d'une arme). Ainsi, M. B a, depuis 2011, ancré son comportement dans la délinquance sans que les différents avertissements émis à son endroit par la justice française ne l'incitent à s'amender. Les infractions commises par le requérant atteignent, de surcroît, un certain niveau de gravité dès lors qu'elles ont été commises à de multiple reprises, en situation de récidive légale. Eu égard à leur persistance, à leur nombre et à leur actualité, les agissements du requérant caractérisent une menace grave pour l'ordre public. Toutefois, le requérant, qui est entré en France en 2005 à l'âge de douze ans, se prévaut de la durée de son séjour et de son ancrage familial sur le territoire national compte tenu de la présence de sa mère (son père est décédé en 2016) et ses frères alors qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Il ressort cependant des pièces du dossier que le requérant, qui a déclaré lors de son audition vivre en concubinage mais sans l'établir, est célibataire et sans charge de famille et qu'il ne justifie d'aucune perspective d'insertion socio-professionnelle sur le territoire national. Il n'établit pas davantage avoir noué en France des relations personnelles stables et intenses alors, au demeurant, que son comportement constitue une menace grave pour l'ordre public. Ainsi, c'est sans méconnaitre l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entacher sa décision d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle que le préfet a pu lui retirer son titre de résident.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant retrait de son titre de résident, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".
12. Il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que la décision attaquée aurait été édictée à l'issue d'un examen incomplet de la situation du requérant en particulier au regard de la durée de son séjour en France depuis 2005, de son parcours et de sa situation personnelle et familiale, le requérant, ne justifiant, au demeurant, d'aucune circonstance humanitaire. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.
13. En dernier lieu, en l'absence d'argumentaire spécifique, et en tenant compte des conséquences de la mesure d'éloignement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés doit être écarté par les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 9. Par les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de M. B doivent être écartés.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligatoire de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
15. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Puy-de-Dôme a examiné l'ensemble des éléments de la situation du requérant. Dans ces conditions, le préfet du Puy-de-Dôme a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé et le moyen doit ainsi être écarté.
16. En dernier lieu, selon les termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Cependant, l'article L. 612-2 du même code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " À cet égard, l'article L. 612-3 de ce même code énonce que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
17. Pour refuser à M. B un délai de départ volontaire, le préfet de la Loire s'est fondé sur les dispositions des articles L. L. 612-2 1° et 3°, et L. 612-3, 4° et 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant que l'intéressé avait explicitement déclaré, dans ses observations formulées le 5 février 2025, son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et que, démuni de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité et n'ayant produit aucun élément justifiant de sa résidence effective et permanente à l'adresse déclarée à Vichy, il ne présentait pas de garanties de représentation.
18. Le requérant, qui conteste ces motifs, soutient résider depuis plusieurs années au 28 boulevard de l'hôpital à Vichy et que cette adresse est nécessairement connue de l'administration dès lors qu'elle figure sur sa fiche pénale et qu'il ne peut lui être fait grief de ne pas être en possession d'un passeport en cours de validité compte tenu du statut de réfugié dont il a bénéficié depuis son arrivée en France. Toutefois, il ne conteste ni même n'allègue avoir explicitement déclaré ne pas vouloir se conformer à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Par suite, l'autorité préfectorale pouvait, en se fondant sur ce seul motif, retenir l'existence d'un risque de soustraction en application du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du même code qu'il a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
19. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
20. Si le requérant soutient qu'il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine, ils n'apportent aucun élément précis et circonstancié à l'appui de leurs allégations alors, au demeurant, que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a mis fin à son statut de réfugié par une décision du 27 juin 2024. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, par suite, être écartés.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix ans :
21. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligatoire de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
22. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Puy-de-Dôme a examiné l'ensemble des éléments de la situation du requérant. Dans ces conditions, le préfet du Puy-de-Dôme a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé et le moyen doit ainsi être écarté.
23. En troisième lieu, en l'absence d'argumentaire spécifique, et en tenant compte des conséquences de la mesure d'éloignement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 9. Par les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale doivent être écartés.
24. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
25. Eu égard à ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle de M. B, et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français, le préfet du Puy-de-Dôme, qui a pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas fait, en l'absence de circonstances humanitaires, une inexacte application des dispositions précitées en assortissant la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français, ni pris une mesure disproportionnée dans sa durée au regard de la situation de l'intéressé, en fixant la durée de celle-ci à dix ans.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E:
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2025.
La magistrate désignée,
C. COLLOMB
La greffière,
A. SENOUSSI
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
Un greffier
N°2503942
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026