lundi 28 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2504084 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | GOUY-PAILLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 4 et 24 avril 2025, M. A se disant Amar Haouche demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2025 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 733-1 du même code ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, les 11 et 24 avril 2025, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions des articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Bon-Mardion, greffière :
- le rapport de M. Gueguen ;
- les observations de Me Gouy-Pailler, avocat de permanence, représentant M. A se disant Haouche, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens mais déclare se désister du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il insiste en particulier sur le caractère disproportionné de la mesure d'assignation à résidence prononcée à l'encontre du requérant, dès lors qu'il lui est désormais difficile de se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis, y compris les jours chômés et fériés, entre 9 heures et 18 heures, auprès des services de la direction zonale de la police aux frontières de Lyon compte tenu de l'accident dont il a été victime le 13 avril 2025 et de l'accroissement de ses missions de bénévolat au sein d'une association qui prend en charge des personnes âgées ;
- et les observations de M. A se disant Haouche, assisté de Mme B, interprète en langue arabe, qui déclare ne pas avoir compris qu'il disposait de la faculté de contester la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 31 octobre 2024 et ne pas être en mesure d'assurer convenablement ses missions de bénévolat compte tenu de sa fatigue.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A se disant Haouche, ressortissant algérien né le 14 décembre 1998, déclare être entré en France au cours de l'année 2024, où il est connu de l'administration sous l'identité de Mohamed Slimane, ressortissant algérien né le 14 décembre 2004. Suite à son interpellation et à son placement en garde à vue pour des faits de " vol par escalade dans un local d'habitation ou un lien d'entrepôt ", par un arrêté du 31 octobre 2024, notifié le jour-même, le préfet de l'Isère a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée d'un an. Enfin, suite à son contrôle par les services de la police municipale dans le 8ème arrondissement de Lyon et à son placement en retenue administrative aux fins de non vérification de son droit au séjour le 2 avril 2025, par un arrêté du lendemain, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône, dont il a interdiction de sortir sans autorisation, pour une durée de quarante-cinq jours, en l'obligeant à se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis, y compris les jours chômés et fériés, entre 9 heures et 18 heures, auprès des services de la direction zonale de la police aux frontières de Lyon, afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet et les démarches entreprises pour l'obtention de son document de voyage.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A se disant Haouche au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, selon les termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, () sont motivées. ".
5. En l'espèce, M. A se disant Haouche, qui ne peut utilement se prévaloir de l'obligation de motivation instituée par les dispositions générales de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, doit être regardé comme soutenant que l'arrêté contesté est entaché d'un vice de forme au regard des dispositions spéciales de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, seules applicables à sa situation. Toutefois, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, en particulier les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de l'intéressé sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour décider, dans son principe et ses modalités, de l'assigner à résidence dans le département du Rhône. Contrairement à ce que semble soutenir le requérant, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle, mais seulement ceux sur lesquels elle a entendu se fonder. Au surplus, les circonstances alléguées que M. A se disant Haouche soit " en couple " et qu'il ait " entamé des démarches pour régulariser sa situation " sont, par elles-mêmes, sans incidence sur le principe et les modalités de l'assignation à résident dont il fait l'objet. Par suite, l'arrêté contesté, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et ont ainsi permis au requérant d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivé au regard des dispositions précitées de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En second lieu, d'une part, en vertu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. D'autre part, selon les termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire () qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. () ". À cet égard, l'article L. 731-1 du même code prévoit que : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire () n'a pas été accordé ; () ". Par ailleurs, selon les termes de l'article L. 732-3 de ce même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 733-1 dudit code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; () ".
8. Pour assigner M. A se disant Haouche à résidence dans le département du Rhône, dont il a interdiction de sortir sans autorisation, pour une durée de quarante-cinq jours, et l'astreindre à se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis, y compris les jours chômés et fériés, entre 9 heures et 18 heures, auprès des services de la direction zonale de la police aux frontières de Lyon, la préfète du Rhône s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'intéressé avait fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire n'avait pas été accordé, d'autre part, de ce qu'il ne pouvait quitter immédiatement le territoire national mais que son éloignement demeurait une perspective raisonnable compte tenu de ce qu'il pouvait solliciter la délivrance d'un laissez-passer ou d'un passeport auprès des autorités consulaires algériennes afin de permettre son retour dans son pays d'origine, et, enfin, de ce que les modalités de présentation aux fins de pointage précitées, dans l'attente de la délivrance d'un laissez-passer consulaire, était apparues nécessaires et appropriées.
9. En l'espèce, le requérant, qui ne conteste pas le principe de la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet, soutient que ses modalités portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale compte tenu de son état de santé et de ses missions de bénévolat au sein de l'association Activ'Fons. Toutefois, si l'intéressé se prévaut à cet égard de l'accident dont il a été victime en scooter le 13 avril 2025 et verse au débat des documents médicaux relatifs à son suivi au sein de l'hôpital Édouard Herriot le 24 avril suivant, ces circonstances, postérieures à l'arrêté contesté du 3 avril 2025, sont sans incidence sur sa légalité qui s'apprécie à la date de son édiction. Par ailleurs, en produisant une attestation rédigée le 11 septembre 2024 par la présidente de l'association Activ'Fons, laquelle fait de état de ce qu'il " participe activement " à des actions de " distributions alimentaires " sur le territoire de la commune de Saint-Fons " le lundi après-midi " ainsi qu'à des " vide(s)-grenier(s) " en qualité d' " agent (de) sécurité ", M. A se disant Haouche n'établit pas être dans l'impossibilité de se présenter auprès des services de la direction zonale de la police aux frontières de Lyon deux fois par semaine, les lundis et jeudis, y compris les jours chômés et fériés, entre 9 heures et 18 heures afin de faire constater qu'il respecte la mesure dont il fait l'objet et les démarches qu'il a entreprises pour l'obtention d'un document de voyage permettant son éloignement à destination du pays dont il est originaire. Par suite, et alors qu'une assignation à résidence ordonnée pour assurer l'exécution d'office d'une mesure d'éloignement, présente, par nature, un caractère contraignant affectant significativement la vie quotidienne de la personne intéressée, c'est sans faire une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations également précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que la préfète du Rhône a prononcé, dans son principe et ses modalités, son assignation à résidence dans le département du Rhône, laquelle ne présente pas, s'agissant de ses modalités, un caractère disproportionné.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A se disant Haouche doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. A se disant Haouche est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A se disant Haouche est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Amar Haouche et à la préfète du Rhône
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2025.
Le magistrat désigné,
C. Gueguen
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026