mardi 6 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2504273 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | SENE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 avril et 5 mai 2025, M. A C, représenté par Me Sène, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2025 par lequel la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de déclarer l'État français responsable de sa demande d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient, dans le dernier état de ses moyens, que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnait l'article 16 du règlement n° 604/2013 compte tenu de la situation de dépendance ;
- elle méconnait l'article 17 du règlement n° 604/2013 compte tenu de son état de santé ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 30 avril et 5 mai 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- les règlements (UE) n° 604/2013 et n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme de Tonnac en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Tonnac ;
- les observations de Me Sène, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que dans la requête par les mêmes moyens ;
-les observations de M. C, assisté de M. B, interprète en langue portugaise, qui déclare vouloir rester en France auprès de ses enfants et indique qu'il voit ses trois enfants mineurs toutes les semaines même s'il ne vit pas avec eux.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant angolais né le 2 juillet 1972, déclare être entré en France le 15 octobre 2024. Il a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile auprès des services de la préfecture du Rhône le 22 novembre 2024. La consultation du fichier européen VIS a révélé qu'il était titulaire d'un visa délivré par le Portugal, valide jusqu'au 15 janvier 2025, apposé sur son passeport, qu'il n'a pas présenté lors de l'enregistrement de sa demande d'asile. Les autorités portugaises, saisie d'une demande en ce sens par l'autorité préfectorale le 9 décembre 2024, ont fait connaître leur accord explicite le 31 janvier 2025 pour la réadmission de M. C. Par un arrêté du 9 avril 2025 dont M. C demande l'annulation, la préfète de Rhône a ordonné son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur le surplus des conclusions :
3. En premier lieu, selon les termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ".
4. En l'espèce, l'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, en particulier les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions utiles du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ainsi que celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de l'intéressé sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour ordonner son transfert aux autorités portugaises. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité préfectorale a pris en compte la situation médicale de l'intéressé le compte-rendu de radiographie du rachis lombaire daté du 28 février 2025 produit à ce titre par l'intéressé. La seule circonstance que la préfète du Rhône, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, n'ait pas mentionné que M. C avait un rendez-vous médical déjà fixé pour le suivi de sa pathologie ne suffit pas à établir que la motivation de l'arrêté litigieux serait insuffisante. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant avant de décider de son transfert aux autorités portugaises, considérées comme responsables de sa demande d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes du 2 de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, sauf si ce visa a été délivré au nom d'un autre État membre en vertu d'un accord de représentation prévu à l'article 8 du règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas (1). Dans ce cas, l'État membre représenté est responsable de l'examen de la demande de protection internationale ". Aux termes de l'article 16 du règlement n° 604/2013 : " 1. Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit ".
7. Si le requérant produit un compte-rendu de radiographies du rachis lombaire, préconisant la réalisation d'une imagerie par résonance magnétique (IRM) lombaire pour préciser le diagnostic, daté du 28 février 2025, ainsi qu'un certificat médical d'un médecin du CHU de Saint-Etienne daté du 22 avril 2025 faisant état d'une pathologie douloureuse chronique nécessitant repos, limitation des déplacements et prise en charge spécialisée, qu'un " déplacement forcé aggraverait ", il ne ressort pas de ces éléments ni d'aucune autre pièce du dossier que M. C serait affecté d'une maladie grave, au sens des dispositions précitées, le plaçant dans la dépendance de l'assistance de la fille de son épouse qui l'héberge et de sa fille, alors au demeurant qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles résident légalement en France à la date de la décision attaquée. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation que la préfète du Rhône n'a pas fait application des dispositions de l'article 16 du règlement européen du 26 juin 2013.
8. En quatrième lieu, selon les termes de l'article 17 de ce règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". La faculté laissée à chaque État membre, par l'article 17 de ce règlement, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
9. Le requérant soutient qu'il est hébergé par la fille aînée de son épouse, qu'il a " adopté de fait ", que ses enfants mineurs, nés le 5 juin 2015 et le 12 mars 2011, sont scolarisés en France et vivent avec son épouse et que ses deux enfants majeurs, nés le 7 août 2022 et le 21 juin 2005 résident également sur le territoire français. Toutefois, ainsi que le requérant l'a indiqué au cours de l'audience publique, son épouse fait également l'objet d'un arrêté de transfert exécutoire aux autorités portugaises. En outre, il ressort des pièces du dossier que si la fille aînée de son épouse a sollicité le renouvellement de son titre de séjour expiré le 12 juin 2024, M. C n'établit pas qu'elle aurait obtenu ce renouvellement, ni que ses deux enfants majeurs sont en situation régulière sur le territoire français, en produisant un récépissé de demande d'un premier titre de séjour pour son fils et un titre de séjour expiré depuis le 13 février 2025 pour sa fille, alors qu'ils sont entrés sur le territoire français six années avant lui et que M. C n'établit ni même n'allègue avoir maintenu de liens particuliers avec ses enfants majeurs durant les années où ils étaient séparés. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 7, le requérant ne justifie pas de la gravité de sa pathologie et de sa situation de dépendance. En tout état de cause, en l'absence de défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile, en ce qui concerne en particulier l'accès aux soins de santé, M. C pourra bénéficier au Portugal des traitements que son état de santé serait susceptible de requérir à l'avenir. Dans ces conditions, la situation du requérant ne peut être regardée comme justifiant la mise en œuvre de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17, paragraphe 1, du règlement du 26 juin 2013 précité. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la préfète du Rhône en ne faisant pas application de ces dispositions doit, par suite, être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Si M. C se prévaut de la présence en France de ses enfants majeurs et mineurs et de son épouse, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 9, qu'ils ne sont pas en situation régulière sur le sol français et que son épouse a également fait l'objet d'un arrêté de transfert exécutoire à la date de la décision contestée. Ainsi, la décision contestée n'a pas pour effet de séparer M. C de son épouse et de leurs enfants mineurs. En outre, M. C n'est présent sur le territoire français que depuis six mois à la date de l'arrêté contesté. Par ailleurs, M. C ne produit aucun élément justifiant des liens qu'il a entretenu avec ses enfants majeurs, entrés sur le territoire national six années avant lui, durant son absence. Dans ces circonstances, eu égard à la durée et à ses conditions de séjour sur le territoire national, l'autorité préfectorale n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en ordonnant son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est infondé et doit être écarté.
12. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. Si le requérant se prévaut de la scolarisation de ses enfants mineurs, il n'établit pas que leur scolarisation ne pourrait se poursuivre au Portugal, qui a donné son accord explicite le 9 décembre 2024 pour la réadmission de M. C. Par suite, alors que l'exécution de la décision de transfert n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de M. C et de son épouse de leurs parents, transférés ensemble vers le Portugal, l'autorité préfectorale n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant en édictant l'arrêté contesté et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit ainsi être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Sène et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2025.
La magistrate désignée,
A. de Tonnac Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026