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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2504328

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2504328

mardi 7 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2504328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantJOURDAIN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lyon a rejeté la requête de M. D..., ressortissant arménien, qui contestait les décisions du 10 mars 2025 par lesquelles la préfète du Rhône lui avait fait obligation de quitter le territoire français, avait fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour de six mois. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence, la signataire disposant d'une délégation régulière. Il a également jugé que le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme n'était pas fondé, faute pour le requérant d'apporter des éléments probants établissant des risques personnels en cas de retour en Arménie. En l'absence d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, l'exception d'illégalité soulevée contre l'interdiction de retour a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 avril 2025, M. B... D..., représenté par Me Jourdain, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler les décisions du 10 mars 2025 par lesquelles la préfète du Rhône l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

les décisions sont entachées d’incompétence de leur auteur ;

elles méconnaissent l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation ;

l’interdiction de retour sur le territoire est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La préfète du Rhône a produit des pièces enregistrées le 25 juillet 2025.

M. D... a été admis à l’aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

 

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

 

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Pin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B... D..., ressortissant arménien né le 21 septembre 1990, déclare être entré sur le territoire français le 22 juin 2024 où il a sollicité le bénéfice de la reconnaissance du statut de réfugié. Le directeur général de l’Office français de la protection des réfugiés et des apatrides, statuant selon la procédure accélérée prévue par les dispositions de l’article L. 531-24 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, a rejeté sa demande d’asile le 22 novembre 2024. Par des décisions 10 mars 2025, la préfète du Rhône a fait obligation à M. D... de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois.

2. En premier lieu, les décisions attaquées sont signées par Mme A... C..., directrice adjointe des migrations et de l’intégration, qui disposait d’une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète du Rhône du 13 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire des décisions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

4. Le requérant soutient qu’il encourt des risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d’origine dès lors qu’il a été le témoin du meurtre d’un criminel notoire et qu’il a été agressé par des individus liés à ce criminel. Toutefois, M. D..., dont la demande d’asile a d’ailleurs été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides le 22 novembre 2024, ne produit aucun élément probant de nature à établir l’existence de risques sérieux auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour en Arménie. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination aurait été prise en violation de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l’autorité administrative n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

5. En dernier lieu, en l’absence d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d’exception, à l’encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. D... n’est pas fondé à demander l’annulation des décisions attaquées.

D E C I D E :

 

 

Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.

 

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D... et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

 

M. Pin, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2025.

Le président-rapporteur,

F.-X. Pin

L’assesseure la plus ancienne,

N. Bardad

La greffière,

E. Seytre

 

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. 

 

Pour expédition,

Une greffière,

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