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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2504353

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2504353

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2504353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Résumé IA

Cette décision du Tribunal administratif de Lyon, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, concerne le refus implicite de la préfète du Rhône de fixer un rendez-vous à une ressortissante algérienne pour le dépôt d’une demande de titre de séjour. Le juge constate l’urgence et l’utilité de la mesure, compte tenu de l’attente infructueuse de plus de trois ans et demi et de la situation familiale de la requérante (mariée à un résident de longue durée, mère de quatre enfants nés en France). Il enjoint à la préfecture de lui communiquer un rendez-vous sous quinze jours, sans astreinte, et condamne l’État à lui verser 500 euros au titre des frais de justice. La demande d’enregistrement immédiat du dossier et de délivrance d’un récépissé est rejetée en l’état.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2025, Mme A B épouse C, représentée par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés (Me Sabatier), demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui fixer un rendez-vous lui permettant de déposer une demande de titre de séjour à la première date utile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans le cas où le dossier serait complet, d'enregistrer sa demande lors de ce rendez-vous et de lui délivrer un récépissé constatant le dépôt de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle tente en vain d'obtenir un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour depuis le 7 octobre 2021 ; elle a relancé les services de la préfecture à six reprises ; elle réside en France depuis le 7 mars 2015, est mariée avec un compatriote titulaire d'une carte de résident valable dix ans avec lequel elle a quatre enfants nés en France en 2017, 2018, 2020 et 2024 ; elle est exposée à une mesure d'éloignement ;

- la mesure sollicitée est utile.

La préfète du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 16 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

3. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir la mesure sollicitée. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

4. En l'espèce, Mme C, ressortissante algérienne née le 3 octobre 1994 et entrée en France le 7 mars 2015, a déposé le 7 octobre 2021 son dossier de demande de titre de séjour sur la plateforme " Démarches simplifiées " et reste depuis cette date, soit environ trois ans et demi, en attente d'un rendez-vous malgré plusieurs relances adressées à la préfecture entre octobre 2021 et avril 2025. En outre, l'intéressée fait valoir qu'elle est mariée avec un compatriote titulaire d'une carte de résident valable dix ans avec lequel elle a quatre enfants, nés en France en 2017, 2018, 2020 et 2024. Ainsi, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de considérer que les conditions d'urgence et d'utilité prévues par l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont remplies.

5. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de convoquer Mme C dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, afin qu'elle puisse déposer sa demande de titre de séjour. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Par ailleurs, il n'y a pas lieu en l'état, et avant le dépôt de cette demande et de la vérification de son caractère complet, d'enjoindre à l'autorité préfectorale d'enregistrer cette demande et de délivrer un récépissé à Mme C.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros à verser à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Rhône de communiquer à Mme C dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour.

Article 2 : L'Etat versera à Mme C la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse C, au ministre de l'intérieur et à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon le 29 avril 2025.

La juge des référés,

V. Vaccaro-Planchet

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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