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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2504793

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2504793

mercredi 7 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2504793
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLULÉ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a été saisi en référé suspension par M. et Mme B, occupants sans droit ni titre d’un logement à Lyon, visant à contester un arrêté préfectoral du 8 avril 2025 leur ordonnant de quitter les lieux sous sept jours. Les requérants invoquaient notamment l’urgence, l’incompétence de l’auteur de l’acte, un défaut de motivation et une méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. En cours d’instance, les intéressés ont indiqué ne plus occuper le logement, la serrure ayant été changée, ce qui a conduit le juge à constater un non-lieu à statuer sur la demande de suspension. La décision se fonde sur les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative et de la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 avril 2025, et un mémoire en réplique enregistré le 6 mai 2025, M. E B et Mme D A épouse B, représentés par Me Lulé, demandent au juge des référés, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de faire injonction, avant-dire-droit, à la préfecture du Rhône de justifier de la date de notification de l'arrêté du 8 avril 2025 et de la date d'exécution de cet arrêté ;

3°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 8 avril 2025 par lequel la préfète du Rhône les a mis en demeure de quitter le logement qu'ils occupent sans droit ni titre au 8, rue Grataloup, 5ème étage porte 103 à Lyon, dans un délai de sept jours et les a informés de l'évacuation forcée du bien à l'expiration de ce délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à leur conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de non admission à l'aide juridictionnelle, de leur verser cette somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision a été exécutée en cours d'instance, sans respect du caractère suspensif de la procédure ;

- la condition d'urgence doit être présumée s'agissant d'une procédure d'expulsion fondée sur l'article 38 de la loi du 5 mars 2007, aux fins de garantir le respect des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; en tout état de cause, ils justifient de l'urgence de leur situation, dès lors que l'exécution de la décision les contraindrait à vivre à la rue à bref délai, malgré leur situation de vulnérabilité ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :

* la décision a été prise par une autorité incompétente ;

* la décision est insuffisamment motivée et a été prise sans réel examen de leur situation, qu'il s'agisse de leur situation personnelle ou des conditions dans lesquelles ils ont occupé le logement ;

* la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas justifié de la qualité de propriétaire du demandeur, d'une plainte préalable à la demande d'évacuation forcée, d'un constat d'occupation illicite ;

* la préfète ne pouvait mettre en œuvre les dispositions de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007, dès lors qu'ils ne se sont rendus coupables d'aucune voie de fait et que leur situation personnelle et familiale n'a pas été prise en compte ; ils se sont installés dans le logement en février 2025 par le biais d'un tiers se présentant comme le propriétaire, à qui ils ont payé un loyer en espèces ;

* la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ; il n'est pas justifié de la nécessité pour les occupants de résider à cette adresse ; l'irréversibilité et la dangerosité de la procédure d'évacuation forcée sur la santé des enfants ne sont pas davantage établies ;

- aucun des moyens de la requête n'est propre à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

Par un mémoire enregistré le 6 mai 2025, M. et Mme B persistent dans leurs conclusions, en demandant à titre subsidiaire que soit constaté un non-lieu à statuer sur la requête, et en indiquant ne plus occuper ce logement, la serrure ayant été changée en cours d'instance.

Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée sous le n° 2504790 par laquelle M. et Mme B demandent l'annulation de l'arrêté en litige.

Vu :

- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 ;

- la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lecas, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de :

- Me Lulé, représentant M. et Mme B, qui a précisé que les serrures de l'appartement avaient été changées le 23 avril 2025, de sorte que les intéressés n'ont plus pu pénétrer dans les lieux depuis cette date, qu'ils avaient auparavant récupéré l'essentiel de leurs affaires, et qu'ils sont désormais hébergés chez des amis ;

- M. C, représentant la préfète du Rhône, représentant la préfète du Rhône, qui a indiqué que les services de l'Etat ne sont pas à l'origine du changement de serrure.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 8 avril 2025, la préfète du Rhône a mis en demeure les occupants sans droit du logement situé au 8, rue Grataloup, 5ème étage porte 103 à Lyon de quitter les lieux dans le délai de sept jours. M. et Mme B demandent à titre principal au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

4. Il résulte de l'instruction et des informations apportées lors de l'audience que, les serrures de l'appartement ayant été changées le 23 avril 2025, M. et Mme B ne peuvent plus pénétrer depuis cette date dans le bien qu'ils occupaient sans droit ni titre, rue Grataloup à Lyon, logement qu'ils avaient préalablement vidé de l'essentiel de leurs affaires. Dans ces conditions, la mesure de suspension qu'ils sollicitent, qui tend à ce qu'ils puissent se maintenir dans ce logement, est devenue sans objet en cours d'instance. Par suite, et sans qu'il soit utile de solliciter avant-dire-droit des pièces complémentaires, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension de la requête.

Sur les frais d'instance :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présentent M. et Mme B au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : M. et Mme B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 8 avril 2025 de la préfète du Rhône.

Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E B et Mme D A épouse B, ainsi qu'à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 7 mai 2025.

Le juge des référés,

T. Besse

La greffière,

S. Lecas La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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