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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2504941

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2504941

jeudi 24 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2504941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMATRICON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A, ressortissant camerounais, qui contestait la décision de la préfète du Rhône fixant le pays de destination de son éloignement, pris en exécution d’une interdiction judiciaire du territoire. Le tribunal a écarté l’ensemble des moyens soulevés, notamment l’incompétence de l’auteur de l’acte, l’insuffisance de motivation et le défaut d’examen sérieux. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le requérant n’établissait pas être exposé à des traitements contraires à l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme ou à l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2025, M. B A, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, représenté par Me Matricon, demande au tribunal :

1°) d'ordonner avant-dire droit la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

3°) d'annuler la décision du 18 avril 2025 par laquelle la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné en exécution de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de cinq ans prononcée à son encontre ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée à la préfète du Rhône qui a produit des pièces enregistrées le 23 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Viallet, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relatives à des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers et aux décisions accompagnant ces mesures.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Viallet, magistrate désignée ;

-les observations de Me Matricon, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme C, représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête ;

- et les observations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. A, ressortissant camerounais né le 10 novembre 1990, demande au tribunal d'annuler la décision du 18 avril 2025 par laquelle la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné en exécution de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de cinq ans prononcée à son encontre.

Sur la communication au requérant de son entier dossier :

2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la préfète a communiqué au tribunal l'ensemble des pièces sur la base desquelles a été prise la décision contestée et que ces productions ont été communiquées au requérant. Dans ces conditions, les conclusions de ce dernier tendant à obtenir son dossier ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

5. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme E D, cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture du Rhône, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du 7 février 2025 de la préfète du Rhône, régulièrement publié le 11 février 2025 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de la décision attaquée doit être écarté.

7. En deuxième lieu, la décision attaquée indique de manière détaillée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise en particulier le jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 7 mars 2024 confirmé par l'arrêt de la cour d'appel de Lyon du 14 octobre 2024 prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de territoire français d'une durée de cinq ans, ainsi que des éléments tenant à son parcours de demandeur d'asile en France, en Autriche et en Italie. Dans ces conditions, la préfète a suffisamment exposé les motifs fondant sa décision et le moyen doit par suite être écarté.

8. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. A. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ".

10. Si M. A déclare être en danger dans son pays d'origine en raison d'un problème de succession, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de ses dires. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'Autriche et l'Italie, pays dans lesquels il a sollicité l'asile, ont refusé de le réadmettre par des décisions des 24 février et 6 mars 2023, puis ont rejeté les demandes de réexamen qui leur ont été adressées par les autorités françaises le 6 mars 2023. Par ailleurs, la préfète du Rhône fait valoir à l'audience sans être contestée que M. A a indiqué le 23 avril 2025 vouloir renoncer à une demande d'asile. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnaître les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète du Rhône a pris la décision attaquée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète du Rhône et à Me Matricon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2025.

La magistrate désignée,

M-L. Viallet

Le greffier

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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