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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2504975

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2504975

lundi 19 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2504975
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantRAHMANI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme B, ressortissante congolaise, qui contestait la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil pour refus d'une proposition d'hébergement. Le tribunal a estimé que la décision était suffisamment motivée, que l'OFII avait procédé à un examen particulier de sa situation et respecté la procédure contradictoire. Il a jugé que le refus d'hébergement, même motivé par la volonté de rester auprès du père de son enfant, justifiait légalement la fin des conditions matérielles d'accueil en application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans erreur manifeste d'appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 avril et 15 mai 2025, Mme A B, représentée par Me Rahmani, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 9 avril 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui accorder les conditions matérielles d'accueil à compter du 13 novembre 2024, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de son dossier dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L 761-1 du code de justice administrative à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- elle a trouvé un hébergement après du père de son enfant, sa grossesse implique qu'elle soit auprès de lui ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été informée du fait que sa demande pouvait faire l'objet d'une décision de refus ;

- elle est entachée d'erreur de droit, la substitution de base légale demandée ne présente pas les mêmes garanties que celles prévues les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle présente un état de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés et sollicite, le cas échéant, une substitution de base légale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Bardad en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les observations de Me Rahmani, avocate de Mme B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et précise d'une part, que la décision attaquée doit respecter le principe de proportionnalité et d'autre part, que les conclusions relatives aux frais du litige sont dirigées contre l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- en présence de M. D, interprète en langue lingala.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante congolaise née le 24 août 1992, a présenté une demande d'asile, le 13 novembre 2024. Par une décision du 9 avril 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dès lors qu'elle avait refusé une proposition d'hébergement, le 6 mars 2025. Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle est fondée, l'autorité administrative n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de la requérante ni apprécié son état de vulnérabilité.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié, le 10 mars 2025, à Mme B, son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil et l'a invitée à présenter ses observations avant de prononcer une telle décision. A la suite des observations de l'intéressée, présentées le 1er avril 2025, l'administration a pris la décision attaquée, le 9 avril 2025. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".

7. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ses conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.

8. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin, par la décision 9 avril 2025, aux conditions matérielles d'accueil de Mme B, sur le fondement de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que la requérante avait refusé une proposition d'hébergement, le 6 mars 2025. Ce motif, qui constitue un refus d'accepter une offre d'hébergement, n'entrait pas dans le champ des dispositions de l'article L. 551-16 précité, mais dans celui de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que la décision en litige pouvait être prise sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et demande que cette base légale soit substituée au fondement initial. Dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration , qui a entendu mettre fin aux conditions matérielles d'accueil en raison du refus de la requérante d'accepter l'offre de logement qui lui a été proposée, dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces fondements et que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie, les dispositions de l'article L. 551-15 peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 551-16. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige entachée d'erreur de droit et que la substitution de base légale demandée ne présente pas les mêmes garanties que celles prévues les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d doit être écarté.

10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité, le 13 novembre 2024. Cette évaluation n'a pas révélé d'éléments de vulnérabilité. La requérante n'a pas fait état d'une grossesse ni de problème de santé particulier. Si elle se prévaut désormais du fait qu'elle est hébergée par le père de son enfant, que sa grossesse implique qu'elle soit présente auprès de lui et qu'elle fait l'objet d'une prise en charge médicale à la suite d'un stress post-traumatique auprès du Centre Hospitalier Le Vinatier, ces éléments ne permettent pas d'établir qu'elle était vulnérable à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, les documents médicaux relatifs à la grossesse de Mme B produits dans le cadre de la présente instance, alors même qu'ils ne sont pas entièrement lisibles, mentionnent des conditions d'examen satisfaisantes. En outre, la requérante ne produit aucun élément relatif à l'hébergement dont elle dispose, à la situation du père de l'enfant ni davantage au fait qu'elle ne pouvait faire l'objet d'une prise en charge médicale en dehors du département du Rhône au regard du stress post-traumatique allégué. Dans ces conditions, la requérante ne se trouve pas dans une situation de vulnérabilité, au sens des dispositions précitées. Par suite, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur de droit. Pour les mêmes motifs, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ni, en tout état de cause, porté atteinte au principe de proportionnalité.

11. Il résulte de tout de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 avril 2025. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Rahmani.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mai 2025.

La magistrate désignée,

N. Bardad

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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