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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2505336

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2505336

lundi 5 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2505336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantVRAY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, qui contestait les décisions du 24 avril 2025 de la préfète du Rhône lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour de trente-six mois et le signalant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Le tribunal a examiné les moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur, le défaut de motivation, la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes, le juge estimant que les moyens n'étaient pas fondés. Les textes appliqués incluent le CESEDA, la Convention européenne des droits de l'homme et la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2025, M. D B, retenu au centre de rétention administrative de l'aéroport Lyon Saint-Exupery 1, doit être regardé comme demandant au tribunal doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

2°) de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'annuler les décisions 24 avril 2025 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trente-six mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

- les décisions en litige sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen préalable, réel et sérieux de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie, le privant ainsi d'une garantie, dès lors qu'il remplissait les conditions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-22, L. 422-1, l. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux et son droit à être entendu ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il se trouve dans l'hypothèse de délivrance de plein droit d'un titre de séjour temporaire d'une année portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 de ce même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'absence de délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux et son droit à être entendu ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour pour une durée de trente-six mois :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux et son droit à être entendu ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle est entachée d'une erreur d'appréciation et présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 30 avril 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Duca pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duca, magistrate désignée ;

- les observations de Me Vray représentant M. B conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et précise d'une part que M. B a vainement fait des démarches en vue de l'obtention d'un titre de séjour et du renouvellement des récépissés, ce qui l'a empêché d'obtenir des emplois, et d'autre part, que cette absence d'emploi l'avait placé dans une situation financière précaire, l'amenant à commettre des vols mais uniquement pour subsister et continuer à envoyer de l'argent à sa famille et qu'en tout état de cause il ne représente pas une menace pour l'ordre public ; elle insiste enfin sur le fait que M. B a réussi son parcours professionnel en obtenant un diplôme de maçon en voirie et réseaux divers et qu'il a cherché à obtenir un emploi en lien avec sa qualification ;

- et les observations de M. B qui fait part de son souhait de voir sa situation régularisée afin de continuer à travailler pour aider financièrement sa famille restée au Cameroun.

La préfète du Rhône n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant camerounais né le 15 novembre 2002, est entré en France au cours de l'année 2017 selon ses déclarations. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance de la Métropole de Lyon jusqu'à sa majorité par une ordonnance du 16 juillet 2018. Le 10 novembre 2020, par l'intermédiaire des services de la Métropole de Lyon, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-22, L. 422-1, L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a été écroué en dernier à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas à compter du 20 juillet 2024, en exécution de la peine de 12 mois d'emprisonnement assortie d'une interdiction de détenir ou porter une arme pendant 5 ans et une interdiction de séjourner dans le département du Rhône pendant 3 ans, pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et évasion par un condamné en semi-liberté, prononcée par le tribunal correctionnel de Lyon le 22 juillet 2024. A sa levée d'écrou le 28 avril 2025, il a été placé en rétention administrative. Par des décisions du 24 avril 2025, dont M. B demande l'annulation, la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de trente-six mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS).

Sur la communication au requérant de son entier dossier :

2. Aux termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander () au magistrat désigné () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

3. La préfète du Rhône ayant produit, le 30 avril 2025, les pièces relatives à la situation administrative de M. B, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

5. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

6 En premier lieu, les décisions en litige sont signées par Mme A C, directrice adjointe des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, qui disposait d'une délégation de signature donnée par arrêté de la préfète du Rhône du 7 février 2025, régulièrement publié le 11 février 2025 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à l'effet de signer de manière permanente tous actes administratifs établis par sa direction, à l'exception de certains actes précisément énumérés au nombre desquels ne figurent pas lesdites décisions. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.

7. En second lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent. Elles rappellent le parcours personnel et la situation administrative du requérant, en particulier, la circonstance qu'il a été confié à l'aide sociale de la Métropole de Lyon jusqu'à sa majorité, ainsi que son parcours de formation et ses expériences professionnelles, et sont, par suite, suffisamment motivées. Le moyen doit par suite être écarté.

8. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes des décisions ni des pièces du dossier que la préfète du Rhône, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, n'aurait pas procédé à un examen préalable, réel et sérieux de sa situation préalablement à leur édiction. Le moyen doit par suite être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

9. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. " D'autre part, aux termes de l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Enfin, aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

10. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423 14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, si M. B a préparé et obtenu le 28 décembre 2020 un titre professionnel de maçon en voirie et réseaux divers, il ne justifie pas avoir exercé d'activité professionnelle en lien avec le diplôme obtenu, en outre, les attestations d'emploi qu'il produit, concernant de très courtes missions d'intérim effectuées aux mois d'août et septembre 2021 et au mois d'octobre 2022, dans les secteurs de la manutention et de la préparation de commandes, ne suffisent pas à établir son insertion dans la société française. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné à une peine de 4 mois d'emprisonnement effectuée sous le régime de la semi-liberté, par le tribunal correctionnel de Lyon pour des faits de vol et de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, qu'il a été condamné à une peine de 5 mois d'emprisonnement pour des faits de vol en récidive, port sans motif légitime d'arme blanche, refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques par une personne soupçonnée de crime ou délit et vol avec destruction ou dégradation par le tribunal correctionnel de Lyon le 31 janvier 2024 et qu'il a encore été condamné par le tribunal correctionnel de Lyon le 22 juillet 2024 à une peine de 12 mois d'emprisonnement assortie d'une interdiction de détenir ou porter une arme pendant 5 ans et une interdiction de séjourner dans le département du Rhône pendant 3 ans, pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et évasion par un condamné en semi-liberté, qu'il a été écroué en dernier à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas à compter du 20 juillet 2024 et que sa levée d'écrou a eu lieu le 28 avril 2025. Ainsi, M. B ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète du Rhône n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour avant de prendre le refus de titre de séjour en litige.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ". Et aux termes de l'article L. 435-1 de ce même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

12. D'une part, au vu des circonstances exposées au point 10, la préfète du Rhône a pu estimer que la présence de M. B en France représentait une menace pour l'ordre public et refuser, pour ce motif, et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, de lui délivrer le titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, l'intéressé, qui ne fait état d'aucune considération humanitaire, qui, malgré l'obtention d'un diplôme de maçon en voirie et réseaux divers et la conclusion d'un contrat à durée indéterminée avec la société SET environnement le 23 novembre 2022 pour un emploi d'opérateur amiante débutant, ne produit aucun bulletin de paie afférent à cet emploi et qui ne fait état que de missions ponctuelles d'intérim pour des durées courtes effectuées dans des domaines variés, en août et septembre 2021 puis en avril, mai, juillet et août, septembre octobre et décembre 2022, ne fait en définitive pas état d'une insertion sociale ou professionnelle en France, qui est célibataire et sans enfant et ne justifie d'aucune attache privée et familiale d'une particulière intensité en France, et dont la présence en France, contrairement à ce qu'il soutient, est inférieure à dix années dès lors que son entrée en France date de 2018, ne justifiait d'aucune circonstance particulière justifiant la régularisation de sa situation. Par suite, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en entachant à cet égard sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France au plus tard en mars 2018, à l'âge de quinze ans et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance de la Métropole de Lyon par ordonnance du juge des enfants au tribunal de grande instance de Lyon en date du 16 juillet 2018. Toutefois, ainsi que cela a été dit, sa présence est constitutive d'une menace pour l'ordre public et l'intéressé ne justifie, en outre, pas des perspectives d'insertion professionnelle qu'il évoque. Enfin, il ne justifie d'aucune attache privée et familiale d'une particulière intensité en France et n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où sa mère et son jeune demi-frère et des cousins résident et avec qui il est toujours en lien dès lors qu'il a indiqué à la barre soutenir financièrement sa mère en lui envoyant régulièrement de l'argent pour l'aider dans sa vie quotidienne et participer aux évènements familiaux. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et méconnaîtrait, ainsi, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée obligeant l'intéressé à quitter le territoire français serait illégale par exception de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

16. En deuxième lieu, M. B, qui ne saurait utilement invoquer le droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un titre de séjour, qui n'entre pas dans le champ du droit de l'Union européenne, a pu présenter toute observation utile sur sa situation dans le cadre de l'examen de sa demande de titre de séjour. Lorsque, comme c'est le cas en l'espèce, la mesure d'éloignement est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative n'est pas tenue de mettre à même les intéressés de réitérer leurs observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour, ainsi que sur la décision fixant le pays de destination et les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

18. Ainsi que cela a été dit au point précédent, la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour et il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

19. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14, la décision en litige faisant obligation à M. B de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel qu'il est protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. B ou de ses conséquences sur cette situation. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

22. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivant : ()4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

23. Il résulte des termes de la décision litigieuse, que celle-ci est motivée par les circonstances que le comportement du requérant constitue une menace à l'ordre public et qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement dès lors qu'il a indiqué lors de son audition du 17 avril 2025 ne pas vouloir quitter la France, avoir quitté le Cameroun il y a plus de dix ans et ne plus rien avoir à faire dans ce pays où il estime ne pas avoir d'avenir et ne pas vouloir aller en centre de rétention, qu'il ne présente ainsi pas de garanties de représentation suffisantes. Au vu de ces éléments, l'intéressé, qui ne justifie d'aucune circonstance particulière au sens du premier alinéa de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône a méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

24. En premier lieu, M. B ne démontrant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de retour.

25. En deuxième lieu, et pour les mêmes raisons que celles exposées au point 14, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel qu'il est protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.

26. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit les décisions portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

27. M. B s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre. Dès lors, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que la préfète du Rhône a fixé la durée de l'interdiction de retour au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Or l'intéressé ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, de liens intenses, stables et anciens en France. Par ailleurs sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et en tout état de cause, il n'est pas établi que des circonstances humanitaires justifieraient que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. La préfète du Rhône n'a ainsi pas méconnu les dispositions précitées et n'a pas davantage entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. Alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à cinq ans, la durée fixée à trois ans n'est pas disproportionnée.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2025.

La magistrate désignée,

A. DucaLa greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2505336

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