mercredi 28 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2505606 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | LEFEVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 mai 2025 et le 26 mai 2025, Mme C A, représentée par Me Lefevre, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2025 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités luxembourgeoises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée, cette insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen de sa situation, notamment au regard de l'article 16 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle est intervenue en méconnaissance de l'article 16 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés ;
- les délais de transfert de Mme A seront étendues de 6 mois en considération de son accouchement à venir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Boulay, première conseillère.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 26 mai 2025, Mme Boulay a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Lefevre, avocate de Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et soutient au surplus que la décision méconnait le droit de mener une vie familiale normale de Mme A, dès lors qu'elle réside en France avec le père de son enfant à naître et où elle est suivie médicalement dans le cadre de sa grossesse, alors qu'elle sera isolée en cas de retour au Luxembourg, et indique que cet état de grossesse n'a pas été pris en compte par la préfecture alors que Mme A en a fait état mais n'a pas été interrogée en vue d'apporter des précisions sur sa situation et que la décision comporte une erreur de fait ;
- les observations de Mme A ;
- la préfète du Rhône n'était, ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante burkinabée née le 14 décembre 1996, a déclaré être entrée en France le 10 septembre 2024. Par un arrêté du 5 mai 2025 dont elle demande l'annulation, la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités luxembourgeoises, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme B D, adjointe à la cheffe du pôle régional Dublin, titulaire d'une délégation de signature à cet effet, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des affaires juridiques et de l'administration locale, donnée par un arrêté du 7 février 2025, publié le 11 février 2025 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, en application des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre État membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
5. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.
6. La décision de transfert en litige vise le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Elle indique que Mme A était titulaire d'un visa expirant le 20 septembre 2024 délivré par les autorités luxembourgeoises et que les autorités de ce pays, saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont donné leur accord expresse par une décision du 7 janvier 2025. Ces énonciations ont mis l'intéressée à même de comprendre les motifs de la décision pour lui permettre d'exercer utilement un recours. Dès lors, la décision attaquée est suffisamment motivée au regard des exigences qu'imposent les dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte la base légale sur laquelle elle est fondée. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des motifs de la décision en litige que la préfète du Rhône, qui n'était pas tenu de reprendre dans celui-ci l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressée, n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de la requérante avant de décider son transfert aux autorités luxembourgeoises, son état de grossesse était notamment mentionné dans cette décision.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit ".
9. Mme A soutient qu'en prononçant son transfert aux autorités luxembourgeoises, la préfète du Rhône a méconnu les dispositions précitées de l'article 16 du règlement n° 604/2013. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A, qui était enceinte à la date de la décision attaquée, serait dans une situation de dépendance à l'égard d'un enfant, d'un frère ou d'une sœur, ou de l'un de ses parents et dont la résidence serait légalement établie en France ou dans un Etat membre autre que l'Espagne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 16 du règlement n° 604/2013 doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 2. () / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / () ", et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Mme A soutient que son transfert aux autorités luxembourgeoises serait contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'à celles de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 en ce que les autorités portugaises ne traitent pas les demandeurs d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect des droits fondamentaux et du droit d'asile. Toutefois, il n'est pas établi qu'elle ne pourrait pas bénéficier de soins adaptés à son état de santé au Luxembourg, notamment ceux nécessités par son état de grossesse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Si Mme A soutient que l'arrêté prononçant son transfert aux autorités luxembourgeoises entrainera une rupture de l'unité familiale, elle ne justifie, par les pièces qu'elle produit qu'elle résiderait avec son compagnon et père de son enfant à naître, ayant notamment déclarée être domiciliée auprès d'une structure d'accueil pour demandeurs d'asile et n'ayant fourni à la préfecture aucune information sur sa relation avec M. A, ni que leur relation serait antérieure à son arrivée sur le territoire français, le 10 septembre 2024. Dans ces conditions, Mme A, dont la présence sur le territoire français est très récente, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".
15. Mme A indique être enceinte et précise que le père de son enfant à naître, qui l'a reconnu par anticipation le 4 avril 2025, réside régulièrement en France. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il existerait une relation stable et ancienne entre les futurs parents, ni qu'ils résideraient ensemble, les documents produits étant au seul nom de son compagnon, alors que Mme A est entrée seule et récemment en France, au mois de septembre 2024, et qu'elle n'a pas informée la préfète du Rhône de sa relation avec son compagnon, que ce soit lors de sa demande qu'à l'occasion de ses différents rendez-vous au pôle régional Dublin. La requérante est d'ailleurs domiciliée par une association d'aide aux demandeurs d'asile. En outre, elle ne produit aucun élément indiquant que sa grossesse nécessite des soins que le système de santé du Luxembourg ne serait pas en mesure de lui prodiguer, ni qu'elle ne pourrait pas être accompagnée dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile par les autorités luxembourgeoises. Enfin, la circonstance qu'elle sera isolée en cas de transfert au Luxembourg ne permet pas de considérer que la France devrait de déclarer, à titre dérogatoire, responsable de l'examen de sa demande d'asile. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et n'a ainsi méconnu ni les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 en adoptant la décision attaquée.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 5 mai 2025 de la préfète du Rhône est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2025.
La magistrate désignée,
P. Boulay
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026