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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2506203

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2506203

mardi 16 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2506203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantPRUDHON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A B, ressortissant tunisien, qui contestait un arrêté préfectoral du 25 avril 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français avec une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte et a jugé que la décision d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de son entrée très récente en France et de la présence de sa famille en Tunisie. Par conséquent, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevée contre l'interdiction de retour a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2025, un mémoire enregistré le 30 mai 2025 et des pièces complémentaires enregistrées le 5 juin 2025, M. E A B représenté par Me Prudhon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2025 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire assortie d'une astreinte de 75 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen un récépissé de demande de titre de séjour assortie d'une astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble de l'arrêté :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa vie personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui a produit des pièces complémentaires enregistrées le 8 août 2025.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du ** septembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément, président,

- et les observations de M. A B.

Considérant ce qui suit :

1 M. E A B est un ressortissant tunisien né le 26 janvier 2007 entré en France en octobre 2024. Par l'arrêté attaqué du 25 avril 2025, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays a destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, attachée principale, cheffe du bureau de l'éloignement, en vertu de la délégation consentie à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 7 février 2025, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 11 février suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / ( ) ".

4. M. A B se prévaut de son entrée en France en 2024, où il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance en tant que mineur isolé, de son accompagnement sous contrat jeune majeur depuis le janvier 2025 et de son inscription dans une formation professionnelle en coiffure pour la rentrée 2025 et de ce que la structure qui l'accompagne fait valoir ses qualités humaines. La préfète du Rhône fait toutefois valoir sans être contredite, qu'entré en France très récemment, il a vécu jusqu'à ses 17 ans en Tunisie où réside encore sa famille. Compte tenu de ces éléments, la décision lui refusant le séjour en France ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. En premier lieu, M. A B ne démontrant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision prononçant son interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

7. M. A B est entré en France très récemment, il est célibataire et sans enfants et ne justifie d'aucune attache sur le territoire national. Dans ces conditions, en dépit de l'absence de comportement troublant l'ordre public, la préfète du Rhône a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Viallet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2025.

Le président,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

A. Duca

Le greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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