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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2506371

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2506371

mardi 14 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2506371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL AD JUSTITIAM

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A..., ressortissant angolais, qui contestait les décisions du préfet de la Loire l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence, la décision ayant été signée par une autorité bénéficiant d'une délégation régulière. Il a jugé que la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de son arrivée récente et de la possibilité de reconstituer sa cellule familiale en Angola. Le tribunal a également estimé que les risques invoqués en cas de retour n'étaient pas établis, rejetant le moyen tiré de l'article 3 de la Convention, et a validé l'interdiction de retour d'un an comme proportionnée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 22 mai 2025, M. B... A..., représenté par Me Thinon, avocate, demande au tribunal d’annuler pour excès de pouvoir les décisions du 18 avril 2025 par lesquelles le préfet de la Loire l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.

Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d’incompétence de leur auteur ;
- l’obligation de quitter le territoire français contestée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle, dès-lors qu’il vit en France depuis plus de trois ans avec sa compagne et ses trois enfants qui y sont scolarisés, et qu’il suit des cours de langue française, exerce un emploi et participe à des activités associatives ;
- elle méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors que lui et sa famille encourent des risques très importants en cas de retour dans leur pays d’origine ;
- l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an est disproportionnée, dès lors qu’il n’a jamais troublé l’ordre public.


Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2025, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.


M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.


Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Drouet, président,
- et les observations de M. A....




Considérant ce qui suit :



En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d’une délégation de signature consentie par un arrêté du 1er octobre 2024 du préfet de la Loire, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu’aux parties. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur des décisions contestées doit être écarté.


En deuxième lieu, M. A..., ressortissant angolais né le 3 mai 1981, est entré en France le 17 août 2022 à l’âge de quarante-deux ans. Il est constant que la demande d’asile présentée au nom de M. A... a été rejetée le 22 mars 2024 par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis le 31 octobre 2024 par la Cour nationale du droit d’asile. Si le requérant fait valoir qu’il vit en France avec sa compagne et leurs trois enfants mineurs nés respectivement le 18 août 2012, le 16 avril 2017 et le 8 septembre 2020 et qui y sont scolarisés, et qu’il suit des cours de langue française, exerce un emploi et participe à des activités associatives, il ne justifie pas d’une intégration professionnelle particulièrement forte en France. Rien ne s’oppose à ce que la vie familiale de l’intéressé et de sa compagne, qui a la même nationalité que lui et qui fait également l’objet d’une mesure d’éloignement, accompagnés de leurs trois enfants mineurs, se poursuive ailleurs qu’en France et notamment en Angola, où le requérant a vécu jusqu’à l’âge de quarante-deux ans, et où leurs enfants pourront poursuivre leur scolarité. Par suite, compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce, la décision contestée du 18 avril 2025 obligeant M. A... à quitter le territoire français n’a pas porté au droit de l’intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette décision et n’a, ainsi, pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n’est pas entachée d’erreur manifeste d’appréciation de la situation personnelle du requérant.


En troisième lieu, M. A... n’établit pas, par les pièces qu’il produit, l’existence de risques pour sa sécurité et pour sa vie en cas de retour dans son pays d’origine, alors que sa demande d’asile a été rejetée le 22 mars 2024 par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis le 31 octobre 2024 par la Cour nationale du droit d’asile. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


En dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. » Selon l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. »

Eu égard aux éléments mentionnés au point 2, caractérisant la situation de M. A..., le préfet de la Loire n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du premier alinéa de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l’encontre de l’intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.


Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation des décisions du 18 avril 2025 par lesquelles le préfet de la Loire l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.




DÉCIDE :


Article 1er : La requête n° 2506371 est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la préfète de la Loire.




Délibéré après l’audience du 30 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Drouet, président,
- Mme Viotti, première conseillère,
- Mme Lahmar, conseillère.




Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2025.




Le président rapporteur,




H. DrouetL’assesseure la plus ancienne,




O. Viotti

La greffière,




G. Reynaud





La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Une greffière,

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