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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2507357

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2507357

vendredi 21 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2507357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. C..., ressortissant guinéen, contestant le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de renvoi et l'interdiction de retour d'un an pris par le préfet de la Loire. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire et a jugé que la décision de refus de titre de séjour était suffisamment motivée en droit et en fait, notamment au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de l'intéressé garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Par conséquent, les conclusions à fin d'annulation et les demandes accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2025, M. C..., représenté par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 7 mars 2025 par lesquelles le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre à la préfète de la Loire à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale », ou à défaut « salarié » ou « travailleur temporaire » et de lui remettre, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail sous huit jours ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à venir et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour sous huit jours, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Il soutient que :

– les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
– les décisions portant refus de titre de séjour, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français sont insuffisamment motivées ;
– la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée en fait et en droit notamment au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l’illégalité du refus de titre de séjour ;
– la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle de refus de titre de séjour ;
– l’interdiction de retourner sur le territoire français est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
– la décision portant interdiction de retourner sur le territoire est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire, qui a produit des pièces complémentaires enregistrées le 25 aout 2025.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
– la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
– le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dèche, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.


Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant guinéen, né le 25 octobre 1990 est entré irrégulièrement sur le territoire français, le 18 juin 2019. Le 26 septembre 2023, il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et au titre de son admission exceptionnelle au séjour en application des dispositions de l’article L. 435-1 du même code. Par les décisions attaquées du 7 mars 2025, le préfet de la Loire lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée d’un an.

Sur l’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale, par décision du 9 octobre 2025. Par suite, il n’y a plus lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne l’ensemble des décisions attaquées :

Les décisions attaquées ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la Loire, sous-préfet de Saint-Etienne, qui dispose d’une délégation de signature à cet effet du préfet de la Loire, en vertu d’un arrêté du 1er octobre 2024, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Ainsi, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres au refus de titre de séjour :

En premier lieu, la décision attaquée vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et notamment son article L. 435-1. Elle mentionne les éléments de fait relatifs à la situation du requérant, notamment la durée de sa présence en France et sa situation familiale et professionnelle, propres à permettre à M. A... de comprendre les circonstances de fait ayant conduit le préfet de la Loire à prendre la décision attaquée. La décision portant refus de titre de séjour est par suite suffisamment motivée.

En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

M. A... se prévaut de ce qu’il réside habituellement en France depuis six ans, de sa maîtrise du français et de sa volonté d’insertion sur le territoire français. Il se prévaut également d’une attestation de son ancien employeur au titre de son activité professionnelle du 1er octobre 2020 au 14 octobre 2023, dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu’il ne justifie plus d’une activité professionnelle depuis la fin de son contrat de travail, qu’il est célibataire, sans charge de famille, qu’il n’est entré sur le territoire que très récemment, qu’il ne démontre pas d’intégration sociale ou professionnelle et qu’il ne fait pas état de circonstances humanitaires ou exceptionnelles. Par ailleurs, il n’établit l’existence d’aucun obstacle à la reconstruction de sa vie privée et familiale dans son pays d’origine. Ainsi la décision de refus de titre de séjour en litige n’a pas porté au droit de l’intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dans ces conditions, et compte tenu notamment des conditions de séjour de l’intéressé en France, le préfet de la Loire, en prenant le refus de titre de séjour en litige, n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens propres à l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour n’est fondé. Par suite, le moyen tiré de l’illégalité de cette décision, soulevé à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écartés.

En second lieu, eu égard aux circonstances exposées au point 6, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :

En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, en précisant notamment qu’elle ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

En second lieu, aucun des moyens invoqués à l’appui des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français n’est fondé. Par suite, les moyens tirés de l’illégalité de ces décisions, soulevés à l’appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour pour une durée d’un an :

En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n’est fondé. Par suite, le moyen tiré de l’illégalité de cette décision, soulevé à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (…). ».

Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l’autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l’encontre de l’étranger soumis à l’obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux. La décision d’interdiction de retour doit comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l’autorité compétente, au vu de la situation de l’intéressé, de l’ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n’impose que le principe et la durée de l’interdiction de retour fassent l’objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l’importance accordée à chaque critère.

Il incombe ainsi à l’autorité compétente qui prend une décision d’interdiction de retour d’indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l’étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l’intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d’éloignement dont il a fait l’objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l’ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l’intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n’est pas tenue, à peine d’irrégularité, de le préciser expressément.

Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour décider de lui interdire le retour en France pendant un an, le préfet a pris en considération la durée de séjour en France de M. A..., le fait qu’il s’est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, son entrée irrégulière et récente sur le territoire français, le fait qu’il ne justifie pas de liens personnels et familiaux ni d’une quelconque intégration sociale ou professionnelle et le fait qu’il ne représente pas de menace à l’ordre public en France. Ainsi, le préfet de la Loire a pris en compte, dans l’examen de la situation de l’intéressé, l’ensemble des critères prévus par l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a suffisamment motivé la décision contestée.

En dernier lieu, eu égard à la faible durée de présence de l’intéressé sur le territoire français et compte tenu de ce qu’il n’y dispose pas de liens stables et anciens, qu’il est entré irrégulièrement et s’est maintenu en situation irrégulière, le préfet de la Loire a pu légalement assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à l’encontre de l’intéressé d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’an, alors même qu’il ne démontre pas la réalité, ni la notification de la précédente mesure d’éloignement et que le requérant n’a jamais troublé l’ordre public. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d’erreur d’appréciation doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions du préfet de la Loire du 7 mars 2025 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. A..., à fin d’annulation, n’appelle aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions à fin d’injonction sous astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.


D É C I D E :

Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d’admission de M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la préfète de la Loire.


Délibéré après l'audience du 24 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,
Mme Lacroix, première conseillère,
Mme Gros, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2025.


La présidente - rapporteure,

P. Dèche
L’assesseure la plus ancienne,

A. Lacroix


La greffière,




J. Porsan

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Une greffière,


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