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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2507635

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2507635

vendredi 11 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2507635
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantFAIVRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon rejette la requête de M. A, ressortissant finlandais, qui contestait une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et une assignation à résidence prises par la préfète du Rhône le 11 juin 2025. Le tribunal estime que les décisions sont suffisamment motivées et que le comportement de M. A, caractérisé par des faits récents d'agression sexuelle, de violences et d'outrages, constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public. La solution retenue est fondée sur le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juin 2025 et le 7 juillet 2025, M. B A, représenté par Me Faivre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 11 juin 2025 de la préfète du Rhône portant obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2025 de la préfète du Rhône l'assignant à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- outre ses conclusions présentées à fin d'annulation de la décision portant assignation à résidence, il doit également être regardé comme ayant eu l'intention, dans sa requête, de demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- les décisions sont entachées d'un défaut de motivation ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la mesure d'assignation à résidence est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée au but recherché.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Viallet, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relatives à des mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers et aux décisions accompagnant ces mesures.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Faivre, représentant M. A, absent à l'audience, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est un ressortissant finlandais né le 20 octobre 1987. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du 11 juin 2025 de la préfète du Rhône portant obligation de quitter le territoire français et d'annuler l'arrêté du 11 juin 2025 de la préfète du Rhône l'assignant à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, les décisions attaquées indiquent de manière détaillée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, permettant à M. A d'en comprendre la portée et le sens. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. "

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition produit en défense que M. A a été interpellé et placé en garde à vue le 9 juin 2025 pour des faits d'agression sexuelle en état d'ivresse, violences en état d'ivresse, usage de stupéfiants et refus de signalisation, affaire pour laquelle il est personnellement mis en cause, et est défavorablement connu des services de police pour des faits d'outrage sur une personne chargée d'une mission de service public, menaces de mort réitérées et insultes racistes commis le 16 avril 2025. Par ailleurs, M. A, célibataire et sans enfant, déclare être entré récemment en France en juin 2024 et ne justifie pas exercer en France une activité professionnelle stable et régulière. Dans ces conditions, et alors que M. A ne remet pas sérieusement en cause les griefs qui lui sont reprochés, les faits précités apparaissent suffisants pour établir que son comportement constituait, à la date de la décision attaquée, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, en faisant obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, la préfète du Rhône a fait une exacte application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-2 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ". Et aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

8. L'arrêté du 11 juin 2025 assigne M. A à résidence dans le département du Rhône, lui fait obligation de se présenter les lundis et jeudis entre 9h et 18h à la direction zonale de la police aux frontières à Lyon et lui interdit de sortir du département du Rhône sans autorisation, pour une durée de quarante-cinq jours. En se bornant à indiquer qu'aucun élément dans sa situation personnelle ne justifie une telle mesure, M. A, qui réside à Lyon, ne démontre pas ce quoi l'obligation de pointage bihebdomadaire qui lui est imposée serait inadaptée et ferait peser sur lui une contrainte disproportionnée par rapport à l'objectif poursuivi qui consiste à s'assurer qu'il respecte l'interdiction qui lui est faite de sortir du département du Rhône où il est assigné à résidence, dans la perspective de son éloignement. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 11 juin 2025 portant obligation de quitter le territoire français, que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative

DECIDE:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2025.

La magistrate désignée,

M-L. Viallet

La greffière

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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