Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juin 2025, M. A... B..., représenté par Me Naanai, demande au tribunal :
d’annuler la décision du 16 mai 2025 par laquelle la préfète de l’Ain a abrogé le visa qui lui avait été accordé ;
2°) « d’enjoindre à la préfète de l’Ain en application des dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative » ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant abrogation de son visa est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur de droit et d’appréciation dès lors qu’il ne représente pas de menace pour l’ordre public.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2025, la préfète de l’Ain, qui a également produit des pièces enregistrées le 16 février 2026, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience, à laquelle elles n’étaient ni présentes ni représentées.
A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Besse, président‑rapporteur.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant algérien, né en 2002, est entré en France sous couvert d’un visa court séjour valable du 10 avril 2025 au 7 octobre 2025 pour 90 jours. Par une décision du 16 mai 2025, la préfète de l’Ain a abrogé le visa qui lui avait été accordé, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d’office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans. M. B... demande l’annulation de cette décision en tant seulement qu’elle abroge son visa.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, la décision attaquée, qui vise l’article R. 312-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et fait état de ce qu’il constitue une menace à l’ordre public dès lors qu’il a été placé en garde à vue pour des faits de violences conjugales, comporte l’ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 312-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'un étranger est autorisé à séjourner en France sous couvert d'un titre de voyage revêtu d'un visa requis pour les séjours n'excédant pas trois mois, ce visa peut être abrogé par l'autorité préfectorale dans les cas suivants : / (…) / 4° Le comportement de l'étranger trouble l'ordre public ».
Il ressort de la décision attaquée que la préfète de l’Ain a abrogé le visa de M. B... au motif qu’il représente une menace pour l’ordre public, dès lors qu’il a été placé en garde à vue pour des faits de violences conjugales. Si le requérant conteste la matérialité de ces faits, il ressort des pièces du dossier qu’il a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse du 10 septembre 2025 à une peine d’emprisonnement de six mois pour des faits de violence sans incapacité, en présence d’un mineur, sur son épouse. Dans ces conditions, ces constatations de fait s’imposent au juge administratif. Eu égard à leur nature, la préfète de l’Ain a pu estimer, sans commettre d’erreur d’appréciation, que le comportement de M. B..., entré très récemment en France, troublait l’ordre public et abroger pour ce motif son visa de long séjour.
En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »
Si le requérant se prévaut de son intégration, en produisant à ce titre une promesse d’embauche, et fait valoir être hébergé chez son cousin, ces seuls éléments ne permettent pas de caractériser des attaches personnelles ou familiales particulières sur le territoire alors qu’il ressort des pièces du dossier que M. B... est arrivé récemment en France et qu’il est constant qu’il est séparé de son épouse. Dans ces conditions, et eu égard à son comportement sur le territoire français, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de M. B... doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation, n’appelant aucune mesure d’exécution, les conclusions aux fins d’injonction présentées par M. B... ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il soit fait droit aux conclusions du requérant présentées sur leur fondement et dirigées contre l’Etat, qui n’est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de l’Ain.
Délibéré après l’audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Besse, président-rapporteur,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,
Mme Marie Chapard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.
Le président, rapporteur,
T. Besse
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
F.-M. Jeannot
La greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne au préfet de l’Ain en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier