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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2508755

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2508755

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2508755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGODDET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a statué sur un recours en excès de pouvoir contre une obligation de quitter le territoire français (OQTF), une décision fixant le pays de renvoi et une interdiction de retour, prises à l'encontre d'un ressortissant afghan. La juridiction a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Elle a relevé d'office un moyen de non-lieu à statuer, considérant que la remise d'une attestation de prolongation d'instruction avait nécessairement abrogé la décision d'OQTF contestée, rendant la demande d'annulation sans objet.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 3 juillet 2025 et 23 février 2026, M. A... B..., représenté par Me Goddet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

d’annuler les décisions du 15 mai 2025 par lesquelles le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d’office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois ;

d’enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer une carte de résident en qualité de réfugié et de procéder à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;

de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S’agissant de la décision l’obligeant à quitter le territoire français :

- l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d’être entendu ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle méconnaît les dispositions du 4° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des articles L. 542-1 et L. 542-2 du même code ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dans ses conséquences sur sa vie privée ;

S’agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale, étant fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

S’agissant de la décision d’interdiction de retour sur le territoire :

- l’interdiction de retour est entachée d’incompétence du signataire ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d’être entendu ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier ;
- elle est illégale, étant fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


La requête a été communiquée à la préfète de la Loire qui a produit une pièce enregistrée le 18 février 2026.


Par lettre du 6 mars 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré du non-lieu à statuer, la remise au requérant, le 6 novembre 2025, d’une attestation de prolongation d’instruction ayant nécessairement eu pour effet d’abroger la décision portant obligation de quitter le territoire français.

M. B... a présenté ses observations en réponse au moyen, par un mémoire enregistré le 6 mars 2026.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience, à laquelle elles n’étaient ni présentes ni représentées.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Besse, président‑rapporteur.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant afghan, né en 1996, a présenté le 23 octobre 2024 une demande l’asile, d’abord rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides, 6 janvier 2025, annulée, le 3 novembre 2025, par la Cour nationale du droit d’asile, qui lui a reconnu la qualité de réfugié. Par des décisions du 15 mai 2025 dont M. B... demande l’annulation, la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d’office et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois.

Aux termes de l’article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridictionnelle : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’application des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président (…) ». Aux termes de l’article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l’application de ces dispositions : « L’admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie (…) / L’admission provisoire peut être prononcée d’office si l’intéressé a formé une demande d’aide juridictionnelle sur laquelle il n’a pas encore été définitivement statué. » Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’admettre M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Il ressort des pièces du dossier que, la Cour nationale du droit d’asile ayant reconnu à M. B... la qualité de réfugié par décision du 3 novembre 2025, la préfète de la Loire lui a délivré le 6 novembre 2025 une attestation de prolongation d’instruction de sa demande de titre de séjour valable jusqu’au 5 mai 2026, dans l’attente de la remise de son titre de séjour. Cette décision doit être regardée comme abrogeant, implicitement mais nécessairement, les décisions attaquées du 15 mai 2025. Dès lors, les conclusions de la requête de M. B... à fin d’annulation de ces décisions et d’injonction sont devenues sans objet et il n’y a plus lieu d’y statuer.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que son conseil, Me Goddet, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Goddet de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.



D E C I D E :


Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction de la requête de M. B....

Article 3 : Sous réserve que Me Goddet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle, l’Etat versera à Me Goddet une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l’audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Besse, président-rapporteur,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,
Mme Marie Chapard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.

Le président, rapporteur,

T. Besse
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
F.-M. Jeannot

La greffière,

G. Reynaud




La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier



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