Le Tribunal administratif de Lyon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 25 septembre 2025 par lequel la préfète de la Loire avait suspendu pour trois mois l'agrément de dépanneur-remorqueur de poids lourds de M. A... et de la société Sodif. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, les requérants n'ayant pas démontré que la suspension, qui ne devait plus produire ses effets que pendant deux mois, entraînerait des difficultés financières suffisamment graves et immédiates pour justifier une mesure de suspension. En conséquence, la requête a été rejetée, y compris les conclusions relatives aux frais de justice.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2025, M. B... A... et la société Sodif, représentés par l’AARPI Urban conseil avocats associés, demandent au juge des référés :
1°) sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative et jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité, d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 25 septembre 2025 par lequel la préfète de la Loire a suspendu, pour une durée de trois mois, l’agrément dont ils bénéficient en qualité de dépanneur-remorqueur de poids lourds sur les autoroutes non concédées et les routes express du département (2ème et 3ème secteurs) ;
2°) de mettre à la charge de l’État le paiement d’une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l’urgence est constituée ; en effet, le maintien de l’arrêté litigieux entraînerait la liquidation judiciaire de la société ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté attaqué.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête, enregistrée le 20 octobre 2025 sous le n° 2513201, par laquelle M. B... A... et la société Sodif demandent au tribunal d’annuler la décision dont ils demandent la suspension dans la présente requête.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Chenevey, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Aux termes du 1er alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. » Le premier alinéa de l’article R. 522-1 du même code précise que : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire. » En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L’urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l’ensemble des circonstances de l’affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.
Par un arrêté du 20 décembre 2024, le préfet de la Loire a agréé M. B... A... et la société Sodif en qualité de dépanneur-remorqueur de poids lourds sur les autoroutes non concédées et les routes express du département, sur les 2ème et 3ème secteurs définis par cet arrêté. Par l’arrêté contesté du 25 septembre 2025, la préfète de la Loire a suspendu cet agrément, pendant une durée de trois mois. Si les requérants soutiennent que l’exécution de cet arrêté aurait pour conséquence d’entraîner la liquidation judiciaire de la société Sodif, aucun des éléments qu’ils produisent ne permet d’apprécier la proportion que représente le chiffre d’affaires généré par l’intervention de cette société sur lesdits secteurs, en application de cet agrément, au regard du chiffre d’affaires total de la société, de 237 935 euros pour la période du 1er octobre 2023 au 30 septembre 2024. En tout état de cause, à supposer même que, comme l’indique une attestation comptable du 30 septembre 2025, l’arrêté attaqué entraînerait un manque à gagner d’environ 11 000 euros, il ne ressort d’aucun élément qu’un tel manque à gagner, relativement limité, serait susceptible d’entraîner d’importantes difficultés financières pour la société, voire même sa liquidation judiciaire, comme allégué. Dans ces circonstances, alors au surplus que la mesure de suspension en litige ne doit encore produire ses effets que pendant une durée de deux mois à la date de la présente ordonnance, à laquelle s’apprécie la condition d'urgence, cette condition, requise par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie.
Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B... A... et de la société Sodif doit être rejetée par application de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du même code.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B... A... et de la société Sodif est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et à la société Sodif.
Copie en sera adressée pour information à la préfète de la Loire.
Fait à Lyon le 22 octobre 2025.
Le juge des référés
J.-P. Chenevey
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier