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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2603047

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2603047

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2603047
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGALICHET

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lyon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement d'un certificat de résidence de dix ans. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas caractérisée, la requérante disposant d'une autorisation provisoire de séjour, et qu'aucun doute sérieux sur la légalité de la décision, fondée sur une menace pour l'ordre public, n'était établi. La demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle a en revanche été accordée. La décision s'appuie sur les articles L. 521-1 du code de justice administrative et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mars 2026, Mme B... A..., représentée par Me Galichet, demande au juge des référés :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative et jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité, d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 28 janvier 2026 par lequel la préfète de la Loire a refusé de renouveler son certificat de résidence de dix ans ;

3°) d’enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou tout autre document emportant les mêmes droits qu’une carte de résident, à renouveler sans discontinuité jusqu’à l’intervention du jugement au fond, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat le paiement d’une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ou, subsidiairement, à verser à son conseil au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à la part contributive de l’Etat.

Elle soutient que :
la condition d’urgence est présumée remplie dans l’hypothèse, comme en l’espèce, d’un refus de renouvellement de titre de séjour ; au surplus, son placement sous le régime de l’autorisation provisoire de séjour est extrêmement précaire ;
il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, en effet :
. cette décision est entachée d’un vice de procédure, à défaut de saisine de la commission du titre de séjour alors qu’elle remplit les conditions pour bénéficier d’un certificat de résidence en application du 5) de l’article 6 de l’accord franco-algérien et des e), f), g) et h) de l’article 7 bis de cet accord ;
. cette décision est insuffisamment motivée ;
. en considérant qu’elle constitue une menace pour l’ordre public, la préfète de la Loire a entaché sa décision d’une erreur d'appréciation ; en effet, l’unique condamnation inscrite à son casier judiciaire, entièrement assortie d’un sursis simple, pour des faits commis il y a plus de onze ans, est insuffisante pour caractériser une menace grave et actuelle pour l’ordre public ; quant aux mises en cause invoquées, qui ne figurent pas à son casier judiciaire, elles ne sauraient valoir déclaration de culpabilité et sont, en tout état de cause, anciennes et antérieures au dernier renouvellement de titre de séjour dont elle a bénéficié ;
. la décision en litige porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ; en effet, elle réside depuis trente-sept ans en France, où elle est entrée à l’âge d’un mois, et n’a aucune attache en Algérie ; toutes ses attaches familiales sont en France ; pays dans lequel elle a construit sa vie professionnelle ;
. en refusant de prononcer à son encontre une mesure d’expulsion et en décidant de la placer sous le régime défavorable et attentatoire à ses droits fondamentaux de l’autorisation provisoire de séjour, la préfète de la Loire a entaché sa décision d’un détournement de pouvoir.


Vu :
les autres pièces du dossier ;
la requête, enregistrée le 6 mars 2026 sous le n° 2603046, par laquelle Mme A... demande au tribunal d’annuler l’arrêté dont elle demande la suspension dans la présente requête.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné M. Chenevey, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme Bon- Mardion, greffière d’audience :
le rapport de M. Chenevey, juge des référés ;
- Me Galichet, pour Mme A..., qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans la requête.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Aux termes de l'article 20 de la loi visée ci-dessus du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / (…) ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’accorder, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de la requérante à l’aide juridictionnelle, sans préjuger de la décision finale qui sera prise par le bureau d’aide juridictionnelle.

Aux termes du 1er alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. »

Mme A..., ressortissante algérienne née le 15 avril 1988, demande au juge des référés, statuant en application de l’article L. 521-1 précité du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l’exécution de l’arrêté du 28 janvier 2026 par lequel la préfète de la Loire a refusé de renouveler sa carte de résident.

En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d’un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

Mme A... bénéficiait d’un certificat de résidence de dix ans, valable du 3 juillet 2015 au 2 juillet 2025, dont elle a demandé le renouvellement. La décision en litige constitue ainsi un refus de renouvellement. La préfète de la Loire ne fait état d’aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d’urgence applicable en l’espèce. Dans ces conditions, la condition d’urgence requise par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie.

En second lieu, en l’état de l’instruction, au moins le moyen visé ci-dessus invoqué par Mme A... tiré de ce qu’en estimant que sa présence en France constitue une menace grave pour l’ordre public, la préfète de la Loire a entaché sa décision d’une erreur d’appréciation, est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l’article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d’une décision administrative sont réunies. Il y a lieu, par suite, d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté contesté.

La présente ordonnance implique nécessairement que l’administration, en application de l’article L. 911-2 du code de justice administrative, édicte une décision expresse après le réexamen de la situation de Mme A... et, dans l’attente de cette nouvelle décision, la munisse d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler aussi longtemps que la présente mesure de suspension produit effet. Il y a donc lieu d’enjoindre à la préfète de procéder à ces mesures d’exécution et de lui assigner un délai de dix jours pour la délivrance de cette autorisation et un délai d’un mois pour l’édiction de cette nouvelle décision, et ce à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l’expiration de ces délais.

Mme A... ayant été admise à l’aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi visée ci-dessus du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Galichet, avocat de Mme A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission définitive de sa cliente à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Galichet de la somme de
1 000 euros. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A....



ORDONNE :



Article 1er : Mme A... est admise à l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L’exécution de l’arrêté du 28 janvier 2026 de la préfète de la Loire est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête tendant à l’annulation de cette décision.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Loire de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme A... dans un délai d’un mois suivant la notification de la présente ordonnance et de la munir d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de dix jours à compter de cette même date, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l’expiration de ces délais.

Article 4 : La préfète de la Loire communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter la présente ordonnance.

Article 5 : Sous réserve de l’admission définitive de Mme A... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Galichet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, ce dernier versera à Me Galichet, avocat de Mme A..., une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A....

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A..., au ministre de l’intérieur et à la préfète de la Loire.




Fait à Lyon le 26 mars 2026.


Le juge des référés

J.-P. Chenevey




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier


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