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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2603407

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2603407

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2603407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantEKINCI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la demande de suspension en référé du refus de renouvellement d'une carte professionnelle d'agent de sécurité privée. Le juge a estimé que le requérant n'apportait pas la preuve d'une urgence suffisante justifiant la suspension, et qu'aucun des moyens soulevés ne créait un doute sérieux sur la légalité de la décision du CNAPS. La décision s'appuie sur les conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et sur l'appréciation du comportement du requérant au regard de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Ekinci, demande au juge des référés :

de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 26 janvier 2026 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé le renouvellement de sa carte professionnelle ;

d’enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle provisoire l’autorisant à exercer ses fonctions d’agent de sécurité privé dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;

de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors que la décision a pour effet de le priver de son emploi et de ses ressources, alors qu’il doit faire face à des charges courantes ; il risque de faire l’objet prochainement d’une décision de licenciement ; il ne dispose d’aucune qualification professionnelle en dehors de ce secteur ; les faits retenus à son encontre sont anciens et ont fait l’objet d’un classement sans suite par le procureur de la République ;
- sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :
* la décision est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’il n’est pas établi que l’agent instructeur du CNAPS disposait d’une habilitation préfectorale pour consulter le fichier des antécédents judiciaires ;
* la décision est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’application du 2° de l’article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : les faits de violence sur conjoint du 11 juin 2019, qui sont intervenus dans le cadre d’une rupture conflictuelle, et qui sont anciens, ont fait l’objet d’un classement sans suite pour absence d’éléments matériels ; ils étaient au demeurant connus du CNAPS lors de la délivrance de sa carte professionnelle en mars 2021 ; les faits de conduite d’un véhicule en état d’ivresse le 23 octobre 2022 sont anciens et isolés, et ont fait l’objet d’une sanction réduite ; le CNAPS n’a pas envisagé le retrait ou l’abrogation de sa carte du fait de cette condamnation ; ses qualités professionnelles dans le cadre de son activité sont soulignées.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2026, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- la condition d’urgence, qui n’est pas présumée, n’est en l’espèce pas remplie, le requérant ne pouvant pas se prévaloir des éventuelles conséquences du refus de renouvellement de sa carte professionnelle, résultant de son propre comportement ; en tout état de cause, il pourra bénéficier d’allocations chômage dans l’hypothèse d’une rupture de son contrat de travail ;
- aucun des moyens invoqués n’est de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de la décision : l’agent instructeur était régulièrement habilitée ; les faits retenus par la décision sont manifestement incompatibles avec l’exercice d’une activité privée de sécurité ; l’administration aurait pris la même décision si elle s’était fondée uniquement sur les faits de conduite sous l’emprise d’un état alcoolique.


Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n°2603381 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision en litige.

Vu :
- le code de la sécurité intérieur ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique tenue en présence de Mme Amato, greffière d’audience, M. Bertolo a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Ekinci, représentant M. B..., qui a repris ses moyens et conclusions.

Le directeur du CNAPS n’était ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :


M. B..., ressortissant algérien né le 4 mars 1980, demande au juge des référés d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 26 janvier 2026 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé le renouvellement de sa carte professionnelle.
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’admettre M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».

Aux termes de l’article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité privée de sécurité « (…) / 2° S’il résulte de l’enquête administrative (…) que son comportement ou ses agissements sont contraires à l’honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l’Etat et sont incompatibles avec l’exercice des fonctions susmentionnées ; / (…) ».

En l’état de l’instruction, aucun des moyens soulevés par M. B... n’est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Il résulte de ce qui précède que le surplus de la requête de M. B... doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




O R D O N N E :


Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au Conseil national des activités privées de sécurité.


Fait à Lyon, le 26 mars 2026.


Le juge des référés,





C. Bertolo


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier,





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