Le Tribunal Administratif de Lyon rejette la requête en annulation d'un arrêté d'assignation à résidence de 45 jours pris à l'encontre d'un ressortissant albanais. Le juge estime que la décision, fondée sur une obligation de quitter le territoire français antérieure, est régulière, suffisamment motivée et a été prise après audition de l'intéressé. La solution s'appuie sur les articles L. 731-1, L. 732-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mars 2026, M. B... A..., représenté par Me Julie Royon, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 10 mars 2026 par lequel la préfète de la Loire l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d’enjoindre à la préfète de la Loire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et, dans l’attente, lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant assignation à résidence a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d’être entendu ;
- elle méconnaît l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable ;
- les modalités de contrôle du respect de l’assignation à résidence sont entachées d’une erreur d’appréciation ;
- l’assignation à résidence est entachée d’un défaut de base légale en l’absence de production de la décision d’éloignement.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2026, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
La présidente du tribunal a désigné Mme Fullana Thevenet en application de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour statuer sur les litiges relevant des procédures à juge unique prévues au titre II du livre IX du même code.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Fullana Thevenet,
- et les observations de Me Gathelier substituant Me Royon, représentant M. A..., présent, qui a repris ses conclusions et moyens.
La préfète n’était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant albanais né le 20 novembre 1996, a fait l’objet, le 26 août 2024, d’un arrêté par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. M. A... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 10 mars 2026 par lequel la préfète de la Loire l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Aux termes de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (… ) ». Aux termes de l’article L. 732-1 de ce code : « Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ». Aux termes de l’article L. 732-3 : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ».
En premier lieu, l’arrêté du 10 mars 2026 a été signé pour la préfète de la Loire par M. C... D..., sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d’une délégation de signature consentie par un arrêté préfectoral du 2 septembre 2025, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture et accessible tant au juge qu’aux parties. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.
En deuxième lieu, l’arrêté du 10 mars 2026 comporte les considérations de droit et de fait qui le fondent et est, par suite, suffisamment motivé.
En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l’intéressé a été auditionné par les services de police préalablement à l’édiction de la décision en litige et qu’il a été invité à présenter ses observations sur ses conditions de séjour en France et sur la mise à exécution de la décision d’éloignement prise à son encontre. Il a ainsi été mis en mesure de porter à la connaissance de l’administration tout élément ou information qu’il estimait utile au regard de la mesure d’assignation à résidence qu’il conteste. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d’être entendu doit être, en tout état de cause, écarté.
En quatrième lieu, la préfète de la Loire a produit en défense l’arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a obligé M. A... à quitter le territoire français sans délai. Dès lors, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée portant assignation à résidence est dépourvue de base légale en l’absence de décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.
En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. A... aurait évolué depuis l’intervention de l’arrêté du 26 août 2024 et qu’il justifierait d’un motif de nature à faire obstacle à l’exécution de cette mesure d’éloignement. En outre, la circonstance que cette mesure n’a fait l’objet d’aucune tentative d’exécution forcée depuis le 26 août 2024 et que l’adresse de M. A... est demeurée inchangée depuis cette date ne sont pas de nature à faire regarder son éloignement comme ne constituant pas une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
En dernier lieu, si M. A... fait valoir que les modalités de contrôle du respect de son assignation à résidence sont disproportionnées en ce qu’elles sont de nature à faire obstacle à son activité professionnelle, il est constant que l’intéressé est dépourvu de tout titre de séjour et n’est pas autorisé à travailler sur le territoire français. Il ne peut, dès lors, pas se prévaloir utilement des conséquences des modalités de contrôle définies par la mesure d’assignation à résidence sur cette activité professionnelle.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation de M. A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte et celles tendant à la mise en œuvre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la préfète de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2026.
La magistrate désignée,
M. Fullana Thevenet
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,