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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2603625

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2603625

lundi 30 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2603625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantJBL AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la demande de suspension en référé d'une mise en demeure d'expulsion. La requérante, occupant sans titre, invoquait l'urgence et un doute sérieux sur la légalité de la décision préfectorale. Le juge a estimé que les conditions cumulatives de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étaient pas remplies, notamment en l'absence de doute sérieux sur la légalité de la procédure engagée sur le fondement de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 20 mars 2026, Mme B..., représentée par Me Lulé, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l’exécution de la décision du 6 mars 2026 par laquelle la préfète du Rhône a mis en demeure les occupants sans droit ni titre de quitter l’appartement situé au 1er étage (local gauche) d’un immeuble au 70, rue des Charmettes à Villeurbanne, dans un délai de 7 jours ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle doit être présumée compte tenu du caractère dérogatoire des dispositions de l’article 38 de la loi du 5 mars 2007 et des exigences résultants des stipulations de l’article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; subsidiairement, l’urgence est établie dès lors qu’elle se retrouvera sans abri ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée les moyens tirés de l’insuffisante motivation, du défaut d’examen particulier, un vice de procédure en raison de l’absence de justification de la qualité du propriétaire demandeur, d’une plainte préalable régulière et d’un constat d’occupation illicite par une autorité habilitée, de la méconnaissance des dispositions de l’article 38 de la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 dès lors que son introduction dans les lieux n’est pas constitutive d’une voie de fait qui lui est imputable et que l’exécution de la décision est incompatible avec sa situation personnelle, ainsi que de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention précitée, et de l’erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 26 mars 2026, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie dès lors que la situation résulte du fait de la requérante, que sa fille ne réside plus chez elle et qu’elle n’a pas effectué toutes les démarches lui permettant d’être relogée ;
- aucun des moyens soulevés n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, en l’état de l’instruction.

Par un mémoire, enregistré le 26 mars 2026, la société Jembruxalor, représentée par la société Fortem (Me Le Jariel), conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie, aucune présomption n’étant reconnue en la matière et la requérante n’ayant pas d’enfant mineur dans le logement ; la dégradation avancée de l’immeuble menace la sécurité des occupants ;
- aucun des moyens soulevés n’est propre à créer un doute sérieux en l’état de l’instruction.

Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée sous le n° 2603624 par laquelle Mme B... demande l’annulation de la décision en litige.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Après avoir, au cours de l’audience publique tenue en présence de Mme A... en qualité de greffière, présenté son rapport et entendu les observations :

- de Me Lulé pour la requérante ;

- de Me Le Jariel pour la société Jembruxalor ;

- et de M. D... représentant la préfète du Rhône.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

Par décision du 6 mars 2026, la préfète du Rhône a mis en demeure les occupants sans droit ni titre de quitter l’appartement situé au 1er étage (local gauche) d’un immeuble au 70, rue des Charmettes à Villeurbanne, dans un délai de 7 jours. Mme B... demande au juge des référés d’ordonner la suspension de l’exécution de cette décision.

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de provisoirement admettre la requérante au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Aux termes l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».

Aux termes de l’article 38 de la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, dans sa rédaction résultant de la loi du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l’occupation illicite : « En cas d’introduction et de maintien dans le domicile d’autrui, qu’il s’agisse ou non de sa résidence principale ou dans un local à usage d’habitation, à l’aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou de contrainte, la personne dont le domicile est ainsi occupé, toute personne agissant dans l’intérêt et pour le compte de celle-ci ou le propriétaire du local occupé peut demander au représentant de l’Etat dans le département de mettre en demeure l’occupant de quitter les lieux, après avoir déposé plainte, fait la preuve que le logement constitue son domicile ou sa propriété et fait constater l’occupation illicite par un officier de police judiciaire, par le maire ou par un commissaire de justice. / (…) / La décision de mise en demeure est prise, après considération de la situation personnelle et familiale de l’occupant, par le représentant de l’Etat dans le département dans un délai de quarante-huit heures à compter de la réception de la demande. Seule la méconnaissance des conditions prévues au premier alinéa ou l’existence d’un motif impérieux d’intérêt général peuvent amener le représentant de l’Etat dans le département à ne pas engager la mise en demeure. En cas de refus, les motifs de la décision sont, le cas échéant, communiqués sans délai au demandeur. / La mise en demeure est assortie d’un délai d’exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Lorsque le local occupé ne constitue pas le domicile du demandeur, ce délai est porté à sept jours et l’introduction d’une requête en référé sur le fondement des articles L. 521-1 à L. 521-3 du code de justice administrative suspend l’exécution de la décision du représentant de l’Etat. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d’affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée à l’auteur de la demande. / Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n’a pas été suivie d’effet dans le délai fixé, le représentant de l’Etat dans le département doit procéder sans délai à l’évacuation forcée du logement, sauf opposition de l’auteur de la demande dans le délai fixé pour l’exécution de la mise en demeure ».

Par une décision QPC n° 2023-1038 du 24 mars 2023, le Conseil constitutionnel a déclaré conforme à la Constitution les dispositions de l’article 38 de la loi du 5 mars 2007 dans sa rédaction résultant de la loi n° 2020-1525 du 7 décembre 2020 d’accélération et de simplification de l’action publique, sous la réserve énoncée à son paragraphe 12 aux termes de laquelle : « ces dispositions prévoient que le préfet peut ne pas engager de mise en demeure dans le cas où existe, pour cela, un motif impérieux d’intérêt général. Toutefois, elles ne sauraient, sans porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et au principe de l’inviolabilité du domicile, être interprétées comme autorisant le préfet à procéder à la mise en demeure sans prendre en compte la situation personnelle ou familiale de l’occupant dont l’évacuation est demandée ».

En l’état de l’instruction, aucun des moyens susvisés invoqués par la requérante n’est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de Mme B... doit être rejeté sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’urgence.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B... est provisoirement admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B..., à la préfète du Rhône et à la société Jembruxalor.

Fait à Lyon, le 30 mars 2026




Le juge des référés,




R. Reymond-Kellal




La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier

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